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Caligr décrypté, entre deux virgules

       

Par Chrixcel |  Publié le Mercredi 1 Avril 2015.

Alliant la puissance des lettrages à une maîtrise du décor certaine, Caligr révèle son parcours de graffeur et artiste tout en nous présentant ses crews.

FatCap : Caligr, avec pareil blaze, tu dois être accro à la calligraphie non ?

Caligr : Effectivement j’ai eu un prof, Laurent Pflughaupt qui est un maître en calligraphie latine et qui m’a initié au travail de la plume, mais j’ai mis ça de côté depuis un petit moment.


FC : Quelles études ou formations as-tu suivies  ?

C : J’ai commencé par une prépa d’art où j’ai eu la chance de rencontrer trois profs d’excellence en perspective, graphisme illustratif et composition graphique. Ensuite j’ai intégré l’EPSAA en architecture pour 3 ans à défaut d’avoir été accepté en graphisme.


© Caligr


Puis après 2 ans au Danemark à poncer du marbre et du bois j’ai fait une formation de peintre-décorateur à laquelle tu rajoutes une petite quinzaine d’années à peindre avec passion et acharnement.


© Caligr


FC : Raconte-nous tes débuts dans le graff et comment tu as trouvé ton style ? 

C : J’ai commencé par m’en prendre plein les yeux en arrivant à Paris en 96 puis j’ai commencé à dessiner sur les murs de ma chambre, au posca dans le métro et finalement à la bombe dans la rue à en devenir accro. 


Paris, avec Dja'louz fin 2009


Vers 2000 ça a été les graffs sur les voies ferrées, les axes routiers puis rapidement on a réussi à se dégoter un gros mur légal en bord de VF sur lequel on a pu découvrir les plaisirs de la fresque. Le style est venu avec le temps, le travail et surtout ce que m’avaient légué ces 3 professeurs.



FC : Pour toi, qu’est-ce qu’un beau lettrage, est-il abstrait, lisible, coulant, old school ?

C : Une belle pièce a du flow, sinon de belles lettres équilibrées qui se marient, lisibles, techniques à lire si on parle de wild style ou de old school ; avec une belle lumière et du contraste si c’est une 3D. Après tu mets de la coulure, des bubbles, du chrome ou de la couleur tant que c’est bien fait et que c’est propre je vote pour.



FC : Tu es né sous le signe de la balance, cela influence sans doute ton sens de l’équilibre dans tes compos  ! Comment procèdes-tu en général, tu sketches ou tu improvises ?

C : Peut-être mais ça vient surtout de ce qui m’a été enseigné et de mon observation. À vrai dire je dessine très rarement sur papier, je suis plus du genre free styler, soit ça part d’une photo et je cale une ambiance autour, soit je conçois un plan de fresque furtif pour intégrer 2D, 3D et persos dans une unité commune ou sinon c’est du tracé direct au feeling.


Avec Luner (PSH) pix © Caligr


FC : Parle-nous de tes crew francais, quelles sont tes activités avec ses membres ?

C : PSH est mon premier crew légal que je forme depuis 2002 avec Luner, partenaire de toujours et ami ainsi que Bronze (plus trop actif malheureusement) avec qui j’ai commencé à peindre dans le 78 puis découvert la fresque, la couleur, la 3D, réalisé quelques décos, expositions et peint un paquet de murs.


Puces de Saint-Ouen avec Dja'louz & Pesca (2AC) en 2012 © Caligr


Le 2AC est mon crew parisien composé de Dja’louz, Pesca mes compères, Doudou, Rash, Kryz, Toux et Hakik. J’ai intégré ce groupe suite à ma rencontre avec Dja’louz avec qui j’ai découvert le terrain vierge, son ambiance et ses BBQ.


Avec Dja'louz à Five Pointz (USA) en 2011 © Caligr


Puis on a enchaîné toutes sortes de prestations, body painting, performances, initiations graff, jams, battles, décos, expositions et bien sur des voyages toujours à la recherche de ce lieu abandonné qui fera des envieux, sac de bombes à la main.


Avec Debs et Dix © Caligr - TPN crew


FC : Pourquoi avoir choisi le Danemark comme destination, avais-tu l’intention de te connecter avec des graffeurs locaux ou c’est le hasard qui t'y a amené ?

C : J’ai rencontré en 2005 un ancien graffeur danois au terrain de Bir Hakeim (RIP), on a accroché et il m’a invité à Copenhague en vacances. De retour j’en avais marre de l’archi, je suis parti vivre là-bas, à l’attaque de cette petite scène ; je ne connaissais personne d’actif mais rapidement les connections se sont enchainées et j’ai rencontré Debs, on a peint quelques gros murs, fait quelques soirées posées puis j’ai rejoint le crew en 2007.


Avec Debs © Caligr


FC : Le crew TPN semble assez actif au Danemark, peux-tu nous le présenter ?

C : Les TPN (voir notre article sur la session TPN à la piscine Molitor en 2011) ont été fondés en 91 par Debs, le partenaire idéal, un graffeur polyvalent (2D, 3D, wildstyle, perso, décor, aérographe, pinceaux…) en gros un haut technicien, Haks, le gelly style 2D 3D par excellence accompagné de ses persos inqualifiables, Dixone, l'ancien, avec ses B-boyz sauce 80’s, son style 2D psychédélique, mais apte à te claquer une belle 3D et te coller des milliers de stickers.


Avec Debs en 2011 © TPN


Ensemble ils furent l’époque vandale du crew alliant coups de fatcap, belles pièces vandales couleur sur tous supports et fresques élaborées. L’esprit du crew à ce moment c’était le style ; sketch et peinture toutes les nuits, à remplir le black book du crew traditionnellement mais surtout progresser et se démarquer des autres. Il firent leur route ensemble jusqu’en 2007 où je rejoins le crew, redonnant un nouveau coup de boost.


Dépôt RATP des Pyrénées (Paris), autoportraits avec Dix, Mester, Debs et Toms (2010)


Très peu de temps après, une ancienne connection du crew des années 90 débarqua de la province pour nous rejoindre : 88 Ball, aka Mester le maître en persos du pays, réaliste, cartoon, b-boys, il domine aussi bien la 3D que le lettrage old school. Puis le dernier, le seul de ma génération, Toms le vandal, lettreur 2D de grande qualité et d’une propreté implacable.


Roskilde Festival, avec Debs, Dix et Mester © TPN


Notre kif, c’est les grosses fresques de batard, les gros blocs pour le crew mais aussi les soirées avec cette même ambiance qu’il y avait il y a 20 ans et que je n’avais pas connu.


Rue des Pyrénées, avec Dix, Mester, Debs et Toms, Rash, Dja'louz et Pesca (2010)


Un vrai plaisir et une vraie motivation pour progresser et se challenger. Maintenant le crew se professionnalise et propose des décos avec Murkunst.dk, réalise son expo pour le 20ème anniversaire et n’est pas près d’arrêter !


Roskilde avec Debs, Mester et Dix © TPN


FC : Y a t-il d’autres pays où tu es allé, quels sont ceux qui te font rêver et pourquoi ?

C : J’ai pas mal bougé (Espagne, Italie, UK, Suède, Norvège, Allemagne, Azerbaidjan, Australie, US, Tanzanie, République Dominicaine), toujours une bombe dans le sac et pour ceux où je veux aller, la liste est longue parce que j’ai envie de peindre partout.

FC : Tes supports / terrains de prédilection ?

C : J’adore les gros murs des HAF, les friches en tous genres avec cette ambiance d’abandon, d’une vie passée, ses documents, ses meubles, ses vêtements, sa rouille, ses murs patinés par l’humidité, la pollution et le temps.


© Caligr 


Après je dirai pas non à un ptit béton lisse de VF ou à un chrome sur mur brique. Mon kif c’est de peindre quel que soit le support, il y a toujours moyen de s’adapter et de se faire plaisir.


© Caligr


FC : Les sons que tu écoutes quand tu peins ?

C : En général ça sera Dance hall Reggae ou hip hop sinon avec les TPN c’est du break beat.

FC : Quelles sont tes influences, les artistes que tu admires le plus ?

C : Mes influences sont très variées, depuis le début je me suis intéressé au mouvement, à ses fondateurs ainsi qu'a la sène française et ses pionniers puis à la scène européenne ; j’ai donc vu un paquet de styles mais j’avais pas envie de copier et puis je n’y arrivais pas de toute façon.



En ce qui concerne ma 3D je pense qu’elle est influencée par Aztek et Insa pour le côte piquant ; les formes c’est la calligraphie, Pryme et Daddy Cool pour la compréhension de la lumière, pour les décors, il y a des influences d’archi, de peinture classique, de mon environnement, de la campagne et de mes voyages. J’admire Banksy pour sa créativité et sa réussite, Tasso pour sa perfection, Seen pour sa longévité, « homme des cavernes » pour son audace et tout ceux qui l’on suivi pour leur persévérance, tout ceux qui m’ont fait kiffer le graff, CTK, PCP, BBC, MAC, 90 DBC, P19, SDK, Mode2, Nascio, Alex, O’clock, Frez, Cobra, Sena... mais la liste est tellement longue…


© Caligr


FC : Comment décrirais-tu ton travail sur toile ?

C : À vrai dire mon travail actuel sur toile n’est pas vraiment abouti, il n'y a pas de fil conducteur, c’est free style une fois de plus mais je travaille dessus. Mon travail tourne toujours autour de la lumière, le volume, la profondeur, toujours dans une volonté de propreté et de réalisme, à la bombe, au pinceau ou à l’aérographe.


© Caligr, St-Ouen


FC : Dirais-tu que le graff est de l’art ?

C : Difficile de trancher mais bon c’est clair que certains sont plus là pour barbouiller qu’autre chose.

FC : Tes passions hors du graffiti ?

C : Le basket, les arts martiaux, la découverte, la compréhension du monde et de l'espace.


Avec Name © Caligr


FC : À ton avis, les artistes ont-ils un rôle spécifique à jouer dans notre société ?

C : Pour ma part, les artistes sont très importants dans notre société, il ont fait notre monde, nos écritures, retranscrivent les moments de vie, dessinent, ornent les édifices qui traversent les époques ; ce sont des historiens, des génies, des aventuriers, des visionnaires, des vandals mais maintenant c’est sûr que 3 gouttes de noir sur du blanc ça sert pas à grand chose à part spéculer.



FC : As-tu eu des démêlés avec la police pendant ta pratique ?

C : J’ai pratiqué plusieurs fois la petite course poursuite, le banc, la menotte de l’accueil et la GAV de quelques comicos et dernièrement une amende de 100€ pour un mur déjà cartonné sous l’autoroute en pleine journée.


Au squat "Le Bloc", Paris


FC : Aujourd’hui, arrives-tu à vivre de ta peinture, en quoi consistent tes commandes  ?

C : À vrai dire plus ou moins vu que je suis également peintre en bâtiments, mais j’ai davantage de commandes de déco. Je fais de tout, des paysages, des repros, des chambres d’enfants, camions, professionnels ou particuliers ainsi que des toiles sur commandes et des expositions.


Dépôt RATP des Pyrénées (Paris) en 2011


FC : Quels sont tes futurs projets artistiques et tes souhaits de carrière ?

C : J’ai quelques expos collectives en perspective, des collaborations avec de nouveaux artistes, des déco, un site internet et des voyages. J’aimerais également m’atteler à une expo personnelle, puis trouver de nouveaux partenaires de qualité, réaliser des fresques plus grandes, plus techniques, mais surtout progresser et vivre pleinement de mon art.



FC : Un dernier mot, une question que tu voudrais que je te pose et à laquelle tu voudrais répondre ?

C : FUCK TOYS !!! Garde le respect du travail d’autrui, si la pièce est plus vieille, plus grosse, plus technique que la tienne trouve-toi un mur vierge c’est pas ce qui manque !


Avec Name et Pesca au squat "Le Bloc", Paris


FC : À bon entendeur…

FC : Des dédicaces ?

C : Bien sûr ! À tous les gars et meufs de mes crews, toutes les bonnes gueules avec qui j’ai passé de purs instants graffiti mais surtout à Raphe, Reverse, Name, Defone, Neaz, SPC, Esper, HEC, BCVN, Monark, Keumar, Swiz, 16T, Yearz, Spot, Mémoire Industrielle, Easy, Storm, Abmote, Slice (Melbourne), Faki, 319, FLM, Papy, Morne, TSF, Team, GB, ODV, OneTeas, Mouarf, HVA, Sips, Kimar, Sovaj, Rees, Deo, Djuk, MCT, Five, Vinie, Ken 20, Tiws, Reks, Damn, Bonzaï, Tizer, Dep, Thies, More, Meres, Sen 2, Manyak, Seyb, Alex MAC, Popof et Patron, Earl, Odeg, Rooble, See, Feek 2, HG, Mask, Onsept, Espion, MrPee, Ema, Anti, Marty Mc Fly, TPK, ER, Rezine, Seeho (RIP), Chrix, Thamud, les PGC, PH92, les Artistes du BLOC (squat à Paris, NDLR) et tout ceux qui représentent avec respect et conviction !!!

All pix by Caligr & TPN crew sauf signalées (Chrixcel).

Le site de Caligr 

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