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Reclame ta rue

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Lundi 3 Juin 2013.

Le street art permet de redonner vie à l'espace public, de se le réapproprier. Il est temps de reclamer sa rue et de donner un vrai pouvoir aux artistes.

Obey


Article rédigé par Soumaya Khayat pour FatCap

L’art dans l’espace public: une extension de la citoyenneté ?

« Le lieu, avant d’être un objet, un édifice, peut être une action. Quelle méconnaissance de la réalité d’un grand ensemble que de promouvoir l’édifice avant l’action qui devrait lui donner vie. »

Jean Hurstel, 1984

C’est un constat que l’on fait quotidiennement, nos rues nous sont devenues étrangères. Espaces de passage et non de vie, que colorent uniquement les publicités. A croire que l’espace « public » n’est réservé qu’au profit privé. La rue n’est plus qu’un vecteur de mobilité utilitaire. En effet, ce qui était anciennement l’archétype de l’espace public est devenu un lieu de contravention et d’espace toujours à évacuer, qui ne permet plus que la transhumance, voire la consommation.

C’est pourtant dans ce contexte de totale dépossession des lieux de vie communs que se manifeste une recrudescence de diverses formes d’arts urbains spontanées ou organisées : graffitis, happennings, stickers, distribution d’imprimés...Le plus souvent non autorisées ou illégales, ces créations urbaines peuvent être interprétées comme le symptôme d’une contestation grandissante d'une conception de la rue comme seul espace de transhumance. Que cela soit souhaité ou non, le street art  transforme la masse de passeurs pressés en public, par interpellation et représente une prise de pouvoir sur des lieux au sein desquels on ne se sent bien souvent que tolérés. Car qu’il provoque le sourire ou la désapprobation, l’art urbain suscite la formation d’un jugement et la création d’une perception collective.


Le street art et l'espace public

How, Nosm, Dabs and Myla


Graffiti et espace public

Valdi


Art urbain et espace public

Jef Aerosol


Outre cette réappropriation matérielle des espaces communs, la multiplication de ces manifestations constitue surtout leur retransformation en un véritable espace public entendu au sens de lieu de débat. En effet, l’abandon de nos rues par ses habitants n’a pas eu que des conséquences sociales. Les principales répercussions sont politiques dans la mesure où l’espace public n’est pas un donné intangible : il n’existe que par la possibilité d’action qu’il permet. Et donc par sa re-création constante. La désertion des lieux communs emporte de facto une atomisation des lieux de discussion, et par définition une disparition de ceux-ci. Ce n’est sans doute pas par hasard si à mesure que disparaissent les agoras, croit le succès des espaces de militantisme virtuel.

Dans cette optique, peindre sur les murs ne se limite pas à une interpellation créatrice de cohésion ou à un refus de leur privatisation. Ce type d'action représente plus largement une participation hors cadre conventionnel qui interroge la compréhension des espaces communs et de ce qui les relie, c'est-à-dire la ville. Le parallèle avec d’autres formes de participations hors institutions que sont les manifestations du type Occupy Wall Street mérite d’être fait.


Réclame ta rue

Boke


Zone publique et street art

Broken Fingaz


Robert proch

Robert Proch


L'art et l'espace public

Seth

Sur une échelle plus modeste, le street art comme moyen unique d’expression des besoins locaux peut représenter une remise en question des pratiques dominantes déconnectées de la volonté des individus. A long terme, il est possible que ces velléités de réappropriation de l’espace commun viseront l’obtention d’un pouvoir de décision sur son agencement même.  Il est clair que la rue comme zone d’intervention publique, destinée à raccourcir la distance parfois immense entre les citoyens et les institutions, pourrait constituer un renforcement des mécanismes démocratiques et permettre l’expression des besoins locaux.

Enfin, de manière générale c’est dans un contexte de reconquête des pavés que s’inscrit le renouveau du street art : de la revendication la plus modeste (Picnic The Street) à la plus vaste (Occupy wall street, le mouvement des indignés, le symbole que représente l’occupation de la place Tahrir dans l’imaginaire collectif), les réclamations politiques semblent toujours davantage passer par la réappropriation de la rue… par l’homme de la rue. C’est ce contexte global qui devrait nous pousser à ré-envisager le rôle laissé à nos espaces publics dans la vie politique.

Initialement, l’espace public se trouvait en tout lieu investi par la société civile. Comment est-il devenu un lieu monofonctionnel voué à la consommation et à la mobilité efficace, d’une case à l’autre ? Pourquoi y trouve –t-on des espaces réservés à des publicités et aucun à la créativité des habitants ? Quel est l’avenir d’une cité dont les places publiques sont structurellement absentes ? Il est temps de réinventer le rapport à la ville, il est temps de réclamer sa rue.


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