Interviews

Philippe Baudelocque

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Lundi 15 Novembre 2010.

Interview de Philippe Baudelocque l'artiste qui manie la craie et les motifs géométriques pour nous faire découvrir le règne animal sous un autre angle.

 

Baudelocque street art craie

Photo par Sophia Aït Kaci

 

Interview de Philippe Baudelocque par Sophia Aït Kaci pour FatCap

 

Philipppe Baudelocque est un artiste francilien issu du graffiti. Depuis quelques mois, son truc c'est de dessiner des animaux à la craie blanche sur les murs de la capitale et ailleurs. Mais ne lui dites pas que c'est un street-artiste, il ne se reconnaît pas la dedans. Il nous explique pourquoi - ça et d'autres choses - à la galerie Since, où nous l'avons rencontré pour sa première exposition personnelle.

 

 

Est-ce que tu peux te présenter ?

 

Philippe Baudelocque, 36 ans.

 

 

Est-ce que tu dessines depuis tout petit ?

 

Alors là pas du tout. Mon père est artiste. Quand il peignait le WE, il posait toutes ses peintures à l'huile et il me laissait jouer avec. Et je ne dessinais rien. Je faisais des petits bâtonnets de couleur. Je n'étais pas trop intéressé par le dessin, plus par l'harmonie des couleurs, les formes géométriques. Le dessin est venu assez tard, avec le graffiti. Mon premier travail artistique, c'était du graff. Comme beaucoup de jeunes de mon âge et de banlieue – je viens de l'Essonne – je taguais et je graffais. Tout le monde graffait à l’époque. Il n'y avait pas que des banlieusards, il y avait aussi des mecs de Paris. Je signais DECIM, TITAN, NOVA et après ça a été FUSION. Je me souviens d'ailleurs très précisément du jour où j'ai décidé de prendre le pseudo FUSION. Il y avait un reportage sur Kid Frost sur M6. A un moment du reportage on voit un gros tag au fatcap marron : FUSION. Et là je me suis dit « c'est pour moi! ». Je me suis rendu compte ensuite que le mot Fusion a une vraie valeur pour moi.


Après le lycée, j'ai fait une école d'art. Mon travail tournait toujours autour du graff. Je voulais être designer à la base; mais dans les cours on nous expliquait par exemple comment Starck était influencé par Brancusi. Et c'est clair que quand tu vois un objet de Starck, tu fais tout de suite le lien avec Brancusi. Alors j'ai demandé à changer de section. En cours d'année, j'ai rejoint la section art. Je voulais parler directement aux patrons!

 

 

street art craie

Photo par Greg Corsaro

 

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Photo par Greg Corsaro

 

Comment s'est passé le passage au « street art »?

 

Je ne me sens pas concerné par le « street art ». Et ceci pour plusieurs raisons. Déjà je mets environ  deux jours pour faire un dessin. Je demande donc toujours l'autorisation parce qu'en deux jours tu as mille occasions de te faire griller. Et puis, je n'ai aucun discours autour de l'urbanité. Enfin, je signe Philippe Baudelocque. Je n'ai pas de pseudonyme. Je me définis comme un artiste tout simplement. Définir les gens par rapport à leur technique, ça me rappelle des mauvais souvenirs d'école: « Lui il fait de la peinture ». Dès qu'on te met dans une case, c'est fini. Moi je préfère qu'on dise de moi « il dessine, il fait des animaux ». Ça emmène ailleurs, quand même...

 

 

Comment t’es venue l'idée d'utiliser de la craie ?


Par hasard. Je suis passé devant le mur de la rue du pont aux choux. Un mur peint en noir. Je me suis dit que ça serait pas mal d'y faire un dessin à la craie. J'ai pris des photos, fait une simulation et j'ai présenté un dossier aux propriétaires du mur. Depuis, je le fais et je l'efface régulièrement.

La craie c'est à la fois sophistiqué et simple. Et je dessine des animaux. Donc la fragilité de la craie représente bien le pouvoir de l'homme sur la nature.

Philippe Baudelocque

Photo par Vito


craie

Photo par Vito

 

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Photo par Vito

 

Vu de près le dessin de tes œuvres semble très spontané, presque enfantin. Puis la sophistication apparaît lorsqu'on prend de la distance. Cela t'a-t-il pris beaucoup de temps pour maîtriser cette technique ?

 

La technique en elle-même n'est pas très compliquée. J'ai commencé par dessiner des animaux avec de grands aplats. Puis petit à petit j'ai ajouté des motifs. De plus en plus. Mon premier dessin, Akari, m'a pris 4h. Maintenant j'en suis à  2 ou 3 jours. J'utilise un carnet dans lequel je répertorie des motifs et je pioche dedans quand je dessine.

 

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Photo par Greg Corsaro


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Photo par Greg Corsaro

 


Qu'est-ce que tu as gardé de ta période graffiti ? Et que t'a apporté l'école d'art ?


Le graff pour moi, c'est l'énergie et la monumentalité. Quand tu dessines sur une toile, tu sens le support. C'est quelques bouts de bois et un morceau de tissu. Tu le ressens ça. Quand tu fais un dessin sur un mur, c'est plus balaise, tu sens l'épaisseur du mur derrière. C'est la totalité du bâtiment que tu te prends. Et puis l'énergie parce que c'est physique le graff. Il faut y aller pour monter sur les voies, escalader les murs, etc... on ressent cette énergie dans le résultat. Aprés ce que j'en garde, c'est l'attrait des grandes surfaces. Dans le graff, on n'a pas peur de la masse. Moi j'adore les flops, les gros blocs.

 


L'école d'art m'a apporté une certaine ouverture d'esprit, une connaissance des techniques (vidéo, multimédia, peintures, fresques, …). Et une réflexion sur le travail artistique. Si tu veux travailler en tant qu'artiste, il faut que tu te poses la question « qu'est-ce qui me différencie du mec à côté ? ». Il s'agit d'être soi-même et de ne pas se mentir. Le graff, par exemple. C'était une nouvelle forme artistique à l'époque. Ce genre-là, les mecs de New York, ils l'ont inventé! C'était parfait pour eux. Mais moi j'habite dans la banlieue parisienne.

 

 

Quelles sont  tes influences, alors ?

 

La nature. Quand j'étais petit, mes parents m'offraient des livres sur la nature. Mes cadeaux, ce n'était que ça. Comment fonctionne le règne animal, les étoiles, etc...

 

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Photo par Greg Corsaro

 

Et la ville ?

 

La ville, on vit dedans déjà. Ce qui m'intéresse dans la ville, ce sont les rythmes, les proportions – la structure du vivant – les lois de la nature. Je pourrais faire mes dessins dans la forêt, ce serait pareil.

 

 

Fusion, c'est plus qu'un blaze ?

 

Comme je disais, le mot fusion a une valeur pour moi. Je m'intéresse à la physique quantique, aux mathématiques. Ce mot « fusion » représente la traduction dans un langage artistique des lois régissant la nature. Il y a une expression en architecture que j'ai repris à mon compte « Form follows function », à laquelle j'ai ajouté « form follows function follows fusion ». J'essaie de remonter la chaîne des causes.

 

Que peux-tu nous dire sur l'exposition ?

 

L'exposition se compose de toiles grand format d'animaux réalisés à la craie et d'une sérigraphie tirée à 40 exemplaires. Ce sont tous des inédits réalisés cet été. Pour le vernissage, j'ai aussi réalisé un dessin sur un mur en face de la galerie, à la craie grasse cette fois. Les artistes qui exposent ici (galerie since) ont la possibilité de dessiner sur ce mur, en accord avec la mairie de Paris.

 

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Photo par Greg Corsaro


Quels sont tes projets futurs?

 

J'ai un projet en préparation avec l'Hopital Trousseau, pour lequel j'ai déjà travaillé. C'est pour refaire une cage d'escalier dans le service oncologie. A l'occasion de l'exposition, on a aussi travaillé avec plusieurs écoles du quartier. Je vais dessiner un mur dans la cour de l'école. Les élèves ont fait un travail préparatoire ces dernières semaines et ils devront s'inspirer de mon dessin pour faire le leur.

 

Le site officiel de Philippe Baudelocque

 

Plus d'info sur l'exposition de Philippe Baudelocque à la galerie Since

 

Plus d'images des pièces exposées

 

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Photo Sylvain Gouraud

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