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Etat des lieux des murs parisiens

       

Par Chrixcel |  Publié le Mercredi 15 Avril 2015.

Tour d'horizon des murs, terrains vagues et autres spots à graffs parisiens aujourd'hui : c'est la crise !

Pardonnez-nous cette entrée en matière éculée, mais « l’heure est graff » à Paname! La situation des spots a toujours évolué dans la capitale, depuis le premier "ter-ter" mythique de Stalingrad-La Chapelle (1982†93). Même intra-muros, dans une ville où le prix du mètre carré frise l’hystérie, les graffeurs ont toujours trouvé des espaces inoccupés ou abandonnés.


L'un des plus vieux terrains : "Les Frigos". Construits en 1920, ces anciens entrepôts frigorifiques appartenant à la SNCF sont abandonnés dans les années 60. Toujours debout au beau milieu des immeubles modernes rutilant de verre fumé, il n'en reste plus grand-chose aujourd’hui, mais les membres de l'APLD 91 qui louent les ateliers luttent contre le grignotage des promoteurs d'année en année (photo de juillet 2012).

Back in ze days....2005

3 vues de la Cité Prost (avec la photo-bannière), dans le 11° en 2005 par Gérard Lavalette (aka Le Piéton de Charonne).


Depuis quelques temps, force est de constater qu’il y a de plus en plus de dents creuses (NDLR : dent creuse = espace résiduel en attente de construction ou de reconstruction encadré par des bâtiments) que l'on replâtre et qu’il ne reste plus beaucoup de murs disponibles.

Cette "carie" a duré 3 semaines avant d'être refermée illico (18°) - Vhils passait par là et a pu en profiter...


L’année 2011 fut sans conteste fatale à plus d’un titre, la principale grosse claque ayant été la destruction du dépôt de bus de la rue des Pyrénées, qui fut pendant près de 2 ans le Hall of Fame parisien de la nouvelle génération (et même de l’ancienne) entre 2009 et 2011. La Mairie de Paris et la RATP avaient en effet permis la pratique du graffiti libre sur les 4 murs de l’enceinte. 

L'intérieur du dépôt des Pyrénées aurait bien mérité une petite déco non ? (photo de mars 2010)



Point de ralliement important de visiteurs de tous horizons, le potentiel du dépôt a permis de grosses fresques internationales telles que celle réalisée lors du Kosmopolite 2011. Lire à ce titre l'article de Canal Street "RIP Pyrénées". Il existe un groupe dédié sur Flickr


A côté de cela, on voit parfois dans des chantiers et terrains vagues de grand murs vierges...comme ici dans le 20° en 2010.


Quelques mois auparavant, le théâtre brûlé de la rue de l’Ermitage était rasé, après plusieurs années d’abandon et d'activité graffiti (voir le projet de construction). On voit sur la photo ci-dessus prise le mois dernier qu'il ne s'y passe pas grande chose 1 an plus tard, hormis semble-t-il le concours de culture du plus gros potiron urbain...

Difficilement accessible, dans un très sale état, le théâtre était de toute façon menacé depuis longtemps en raison de la proximité avec les riverains qui se plaignaient de nuisances. Un feu allumé par des individus qui squattaient le lieu a précipité sa fin.


Cette disparition suivait de près la « mort » déclarée du terrain de la rue Ramponneau, où se trouvent les ateliers d’artistes des assos de La Kommune (ex-Forge) et TRACES, que la Direction des Affaires Culturelles de la Mairie de Paris a fini par expulser pour les reloger rue Denoyez. L’annonce de l’arrivée des pelleteuses avait entraîné une baisse de l’activité graffiti manifeste dans le terrain (Graff : Saner & The Mouarf).


Juste derrière le mur du fond droite se tenait (et se tient encore) un immeuble en rénovation sur 6 étages qui avait été squatté, vidé puis muré. Alors en chantier l'été dernier, certains ont pu y pénétrer avant sa destruction. Quelques mois seulement séparent la photo 1 de la photo 2.


Vue de haut, la cour intérieure était un vrai capharnaüm, mais au final il semblait plutôt cosy pour les graffeurs !


A titre anecdotique, quelque part au milieu des immeubles, cet atelier de couture cramé était un régal de virginité... mais il fut solidement cadenassé à peine une semaine après avoir été découvert. Il a été plus ou moins réouvert depuis, mais il est toujours dans un triste état.


Enfin, c’est en août 2011 que les travaux de restauration de la piscine Molitor ont commencé, mettant définitivement une croix sur près de 22 ans d'abandon et presqu'autant de graffiti dans le 16° (ici en septembre 2010).


D’autres terrains, moins faciles d’accès, ont également disparu, comme cette ancienne carrosserie rue du Chemin Vert, à 2 pas du Père-Lachaise, détruite en 2010 après plusieurs années en friche. Le chantier est toujours en cours.

Terrain de l'impasse Truillot (11°) en décembre 2008


Le petit terrain de la rue Delaitre était une rue "de lettres" , ici en 2009 (Vinie en action sur la photo).


Elle continue de l'être... outside, palissade peinte par Zomeka + Azot / inside, le terrain n'est toujours pas construit malgré la présence récente des pelleteuses (2012)


Quartier de la Goutte d'Or, Paris 18e (2012) - terrains vagues et flous artistiques...


Si trouver des murs à peindre à Paris est parfois une activité à plein temps, pour ce faire il faut presque s’appeler Indiana Jones… ou ne pas être claustro, car bien que les catacombes non officielles ne soient pas non plus légales, on peut toujours aller s’y asphyxier les poumons pour y admirer les peintures de Psyckose, Mesnager ou Monsieur Chat.

Ce terrain en forme de L (19°), perdu entre des immeubles plus ou moins désaffectés...est entouré de grilles que DAST et d'autres ont visiblement escaladé. Il ne sert pour l'instant à rien et il en existe des similaires dans tout Paris.


La rue Denoyez en janvier 2010 (pochoir par Pedrô!)


Aujourd’hui, que reste-t-il ? La liste est mince. Passée une certaine heure, les 156 mètres de la rue Denoyez sont en partie rognés par les bars du coin qui installent leurs tables à la sauvage le long des murs tagués. Bien que le mur face à la galerie « Frichez-nous-la-Paix » soit toléré, la situation reste apparemment précaire et temporaire.

Les tables du Folie's s'empilent devant le mur de graff (Skey au perso, Spot au lettrage, 2011)


"Frichez-nous la paix" lors de l'expo organisée par les PGC, "Mémoire industrielle"


Des associations de graffeurs et photographes (PhotoGraff Collectif et Haut En Couleur) y font tourner des artistes dans le cadre d’une programmation bien déterminée depuis quelques mois, contribuant à faire vivre par le même coup le mur en question, en plus des autres graffeurs de passage ou du quartier.

L'un des 3 murs, ici investi par les Dirty Est en septembre 2011


Les autres murs autorisés sont gérés par des associations qui désignent des artistes pour y peindre des fresques (ex. Artazoï avec le mur Karcher (20°) et Les3murs autour le l’Hôpital Saint-Louis).

Fresque de Seize Happywallmaker au square Karcher en mars 2012


Après la chute du mur du dépôt RATP, quelques-uns se sont rabattus sur celui de la minuscule rue Henri Noguères (96 m) le long du canal de l’Ourcq.

Les ONOFF rue Henri Noguères (2012)


Nous avons reçu des témoignages de certains d’entre eux qui ont été refoulés par la police, voire placés en garde à vue. Il semble en effet que des plaintes aient été déposées en raison de la proximité avec l’école. Selon des sources incertaines, le mur serait toléré le week-end mais pas la semaine... Toujours est-il que nous y voyons régulièrement le mur changer de couleurs.

Un peu plus loin sur le canal Saint-Martin, les graffitis du mur de la Pointe-Poulmarch sont régulièrement repeints.


Le seul mur graffé offrant un énorme potentiel avec ses presque 4 mètres de haut sur plus de 300 mètres, ne bouge pas depuis des années. Les ASC, 3DT, CKT, TCP,TAP, TPK, 93MC et consorts veillent jalousement sur leurs gros blocks dans cette portion de la rue Ordener, dissuadant toute personne qui souhaiterait y mettre un seul coup de spray de s’y aventurer, de peur sans doute de voir débarquer toute la diaspora pyrénéenne ! On peut tout à fait le comprendre, mais cet exemple de gâchis serait minime si les autres mairies d’arrondissements, à l’instar du 10°, 13° ou 20°, "ouvraient" d'autres murs. 


Par "murs", on n'entend pas seulement des murs encadrés où l’on peut peindre sur carton d’invitation, mais aussi des espaces d’expression libre permanents. Les façades sinistres ne sont pas ce qui manque à Paris. Il est regrettable que l’on doive actuellement compter sur les doigts de la main les lieux où ceux qui n’ont pas forcément le goût de l’escalade et des courses-poursuites peuvent s’entraîner ou s’adonner à leur art en toute tranquillité.

Un peu d'activité au Point Ephémère (2012)


Ce constat est d’autant plus dommage au vu de la qualité et du talent de la scène française, qui comprend un nombre élevé de graffeurs parmi les plus doués et les plus créatifs de la planète ! La communauté n'a-t-elle pas autre chose à offrir à ces activistes urbains que deux ou trois murs semi-tolérés, des micro-spots ou des friches en suspens ?

Evidemment, il ya toujours les palissades installées temporairement au gré des expos institutionnelles (cf. Né dans la rue), ou la peinture sur cellophane comme le font les ODV (cf. « le Cellograff »)...


Certains writers ont eu (la bonne) idée d'investir les palissades de travaux pour faire des fresques comme Popay au temps de celles du Louvre fin 90, ou comme les TRBDSGN, Alexöne, Lek, Sowat, pour ne citer qu'eux... (Hôtel de Ville, janvier 2010).

Quartier de la Gare du Nord, octobre 2012 - vue frontale avec les TRBDSGN



A titre d’exemple, la petite ceinture (« PC ») représente des kilomètres carrés de surface perdue et de murs graffés. La SNCF refuse de les céder et la BAC verbalise ceux qui peignent sur cette ancienne voie ferrée désaffectée depuis 27 ans. Certes, quelques espaces ont été aménagés ou démantelés, mais la mise à disposition de la PC serait idéale puisqu’elle se situe en périphérie, plutôt loin des habitations…

La PC en décembre 2008


Au lieu de quoi, on préfère payer grassement des architectes pour fabriquer des installations semi-végétales au rabais qui vieillissent mal et pourrissent les murs, alors qu’une fresque dure plusieurs années. On préfère réserver des emplacements payés à prix d’or à des affiches de pub ineptes qui dégradent le paysage urbain…

Le 5 bis de la rue de Verneuil, domicile de Serge Gainsbourg, est un OVNI dans ces beaux quartiers de la rive gauche. Et cela dure depuis des années, comme en témoigne cette animation devenue célèbre :


Ce mur d'"épigraffs" reste cependant le fruit isolé des fans de passage qui viennent se recueillir et écrire sur le lieu de sa mort.


La création de murs libres intra-muros serait une vraie valeur ajoutée. Comme nous l’avons rappelé plus haut, les mairies du 10°, 13° et 18° en ont bien compris l’enjeu en faisant peindre des oeuvres pérennes, mais c’est encore insuffisant comparativement à d’autres capitales du monde. Cela entraînerait un accès à un art populaire de proximité, qui peut à la fois embellir la ville, favoriser le tourisme culturel et le tissu social, canaliser les jeunes sur des activités de développement personnel… et peut-être, comme l’espère la mairie du 20°, diminuer la présence des « tags vandales » qui incommodent ?

Ce terrain clos, rue du Buisson St Louis, renfermait de très vieux graffs et a été repeint en blanc cet été.


Les institutions savent bien qu’elles doivent se rendre à l’évidence : tags et graffs sont indissociables et c’est à chacun de faire la différence. Avec des espaces clairement désignés pour la pratique du graffiti, les représentants de l’ordre public auraient mieux à faire qu’à sanctionner ceux qui ne demandent qu’à peindre légalement sur des surfaces prévues pour eux...

EN CONCLUSION 


Leake Street, aka le "tunnel Banksy ", est une rue de Londres de 300 mètres de long située sous la gare de Waterloo. En 2008, Banksy y organise le 1er "Cans Festival", et depuis lors les graffiti y sont explicitement tolérés... sous conditions : "Pas de sexisme. Pas de racisme. Pas de pub. Merci de remporter les bombes usagées et de les jeter chez vous. Toutes peintures sur murs gris sera nettoyée. Pas besoin d'être un ganster pour peindre ici, alors merci de ne pas vous comporter comme tel". A méditer...


Pour vous (re)plonger dans l'histoire des terrains à l'ancienne, un site : Graffiti Paparazzi !

Et bien sûr, le reportage culte "Writers, 1983-2003 - 20 ans de graffiti à Paris" par Marc-Aurèle Vecchione.

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