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Jef Aerosol au Musee

       

Par Sophia Fatcap |  Publié le Lundi 7 Mars 2011.

Jef aérosol expose au Musée des Avelines, à Saint-Cloud (92) où il a « reçu carte blanche » pour une exposition intitulée « Jef aérosol fait un carton à Saint-Cloud ».

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Jef aérosol est un pochoiriste, référence du street art français au même titre que Miss Tic ou Blek le rat. Il débute son activité en 1982 à Tours. Si ses premiers travaux sont très colorés, sous l’influence du pop art et du mouvement psychédélique, il a depuis longtemps resserré sa palette autour du noir, du blanc et du gris. Avec une seule concession à la couleur : la fameuse flèche rouge, qui lui sert de « deuxième signature ».   Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, une visite au musée des Avelines donnera un aperçu du travail de l’homme à la flèche rouge. Pour ceux qui l’ont suivi, des rues de Lille à la muraille de Chine, le décor vous sera très familier.  

 

Une belle villa bourgeoise d’une banlieue aisée de Paris, construite dans les années 30. Une imposante rotonde, un escalier d’apparat menant au premier étage et un couloir circulaire distribuant les différentes pièces. Voilà pour le cadre. La collection permanente du musée, composée de porcelaine entre autre, contraste avec le style urbain et ultra contemporain des pochoirs. La directrice du musée explique ce choix par l’émergence du street-art, « marginale dans les années 1980, (il est) dorénavant un mouvement essentiel de l’art contemporain ». Le musée se veut donc « à la croisée de deux chemins : mémoire et création ».

 

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Passons à la visite. Ce que l’on voit en premier, c’est une installation intitulée Tour de Babel. Des cartons empilés les uns sur les autres. A même le carton, des portraits réalisés au pochoir. Certains représentent des personnalités, d’autres des anonymes. Le visage de Brigitte Bardo est posé sur celui de Jean-Paul Sartre ; lui-même sur un portrait plus large de Confucius. Jay-Z côtoie quatre enfants, que l’on imagine être d’un pays d’Afrique. Cette tour de carton paraît bien fragile comparée aux colonnes en marbre de la villa. Et en même temps, elle impressionne par sa hauteur.

 

 

Dans la Bible, la tour de Babel est le projet fou de Nemrod pour atteindre le ciel. Pour punir cette impudence, Dieu crée les langues qui diviseront les hommes et les empêcheront de communiquer. La référence à cet épisode biblique symbolise « la volonté de communication des hommes » et son impossibilité, selon l’artiste.  Ainsi il affirme « ses convictions et son engagement [...] sans naïveté » en expliquant : « Plus que jamais, il nous appartient de dire et de montrer que c’est ensemble qu’il nous faut essayer de vivre. Je prévoyais donc d’exposer des images de fraternité. Cependant, mes utopies sont régulièrement contrebalancées par de sévères désillusions et il me semblait honnête de ne pas sombrer dans un angélisme abusif. L’idée de la tour de Babel était un moyen de témoigner de ces paradoxes inhérents à la nature humaine. » La suite est à l’étage.

 

 

Paradis perdu est une toile de 2x3m. Placée dans les escaliers, elle accompagne les visiteurs vers les salles du premier étage. Une petite fille tient un globe entre ses mains. Il ne s’agit pas d’un pochoir cette fois mais d’une peinture à l’acrylique. Entourée par deux tableaux plus modestes (1,80x0,90m tout de même) d'une geisha et d'un homme de dos titré "En attendant Godot", Samuel Beckett, le propos est définitivement universaliste.

 

On poursuit la visite dans le vestibule qui mène à la première salle. Ici sont accrochées des photos présentant quelques faits d’arme du pochoiriste, dont ce fameux garçon agenouillé sur la muraille de Chine.

 

Cette première salle, la plus petite,est recouverte de cartons sur les murs et le sol. Les pochoirs sont là aussi disposés directement sur le carton. Certains éléments de la pièce sont utilisés, sans doute comme le ferait l’artiste dans la rue. Un pochoir est par exemple placé au dessus d’un radiateur, qui est lui bien réel. On a alors l’illusion que l’enfant est assis dessus. Encore une fois, la galerie de portraits se compose de personnages célèbres et d’anonymes.

 

 

 

 

 

La seconde salle est plus grande, et constitue une sorte de « Hall of Fame ». Elvis,grandeur nature,  trône en face de l’entrée dans un déhanché caractéristique du King. A côté, un Gainsbourg Par hasard et pas rasé (le titre de la toile), toise les visiteurs. Dans le coin opposé, Bruce Lee vs. Confucius rend hommage à la culture chinoise. Un écran plat au milieu de la salle diffuse des vidéos. On y voit entre autre la préparation de l’exposition et les intentions de l’artiste. Le moment où il retire les pochoirs pour laisser apparaître la silhouette de Twiggy est assez magique. On y découvre aussi le travail d’orfèvre de Jef Aérosol sur ses pochoirs. Cette maîtrise de la technique rend admiratif les plus grands artistes. Comme Ernest Pignon Ernst qui estime que « Jef a su faire [...] de ce rapport noir/blanc une calligraphie qui habite, anime les corps. »

 

« Nombreux sont ceux qui ont peur [des musées], imaginant qu’ils sont consacrés à l’élite », déplore Jef Aérosol. A en croire le livre d’or du Musée,son exposition aura au moins réussi à rajeunir le public. Et les jeunes en redemandent.

 

 

Texte : Sophia Aït Kaci

Infos pratiques :

Exposition gratuite

Du 27/01 au 30/04/2011

Musée des Avelines

60 rue Gounod

92210 Saint-Cloud

 

Liens utiles

Musée des Avelines

Site internet de Jef Aerosol

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Babel, au musée

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