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Interview Amin

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Dimanche 7 Avril 2013.

Interview de Amin, graffiti artiste de Roubaix. Entre passion du graffiti, spiritualité, nature, friche et usines abandonnées.

Amin graffiti artiste de roubaix

Photo de STARTAPE

 

FC : D’où viens-tu Amin ? Raconte-nous tes débuts et ta découverte du graffiti.
BenjAMIN : Bonjour à tous. Je suis originaire du Nord de la France … Roubaix, un petit village rebelle au bord de la frontière belge. J’ai 34 ans. J’ai naturellement découvert le graffiti au collège grâce à mon camarade Vincent aka DEMIL. J’ai pris le temps alors de chercher mon style en le travaillant longtemps sur le papier avant de commencer à peindre sur mur bien plus tard. C’est SPAZM qui a guidé mes débuts à la peinture il y a 7 ans. Je lui en suis fort reconnaissant. Merci. 

 

FC : Que signifie ton nom et comment l’as-tu trouvé ?

BenjAMIN : AMIN est l’anagramme de main. AMIN est la symbolique de mon prénom : elle est liée aux valeurs d’assurance, de confiance et de loyauté, une personne sur qui l’on puisse compter. J’ai cherché et trouvé mon blaze en travaillant sur moi-même !

FC : Peux-tu nous présenter ton crew IKS ? La création et les membres. Comment définissez-vous votre style ?
A: J’ai eu la chance d’intégrer le IKSCREW en 2009 après avoir rencontré OFSER et TREVOR. Je l’ai représenté jusqu’à la fin 2012. Il y a beaucoup à dire sur un tel collectif. 36 membres européens. Plein de sérieuses gâchettes. Plus d’infos sur la page facebook.


CAZN et Steve Locatelli m’ont beaucoup appris de leurs riches expériences, de leur technique et de leur maturité. TREVOR est comme un frère. Composer une fresque avec la volonté de fusionner chacun pour une production commune apprend beaucoup et ouvre le champ des perspectives. Je souhaite en placer une spéciale pour le collectif français Mémoire Industrielle. Son activité est encourageante et révèle une démarche simple et authentique. L’union fait la force.

 

Graffiti pour l'annversaire de Sorka avec Amin, Cunia, Verol, Sonk et beaucoup d'autres artistes

sorka.bday - verol - cunia - amin - kaiser - joke - sonk - kalm - trevor

 

Graffiti par Amin, trevor, steve locatelli, spazm en belgique à Wijnegem

Trevor, Amin, Steve Locatelli, Spazm - Wijnegem (BE)

 

Graffiti festival All you can paint 2012

All You Can Paint Festival 2012, photo Oliver Friebel - Halle (DE)

 

FC : Peux-tu nous faire un petit topo sur la scène graffiti dans ta ville, et dans le nord en général ? Qui sont les noms à ne pas rater ?

A : La scène graffiti du Nord est diversifiée et complète. Il n’y a pas d’unité mais elle est divisée en plein d’équipes et d’individus. Rien de bien méchant. C’est humain. Je trouve dommage que certaines amitiés et collaborations soient réduites à néant à cause de l’égo. Pour les têtes à ne pas rater, je citerai simplement les gens que je connais : VEROL (SK, RSP) et SORKA (GAV, V2T, B80, D2K) pour leurs qualités tant graphiques qu’humaines, ZUBA (SK, RSP) notre poulain montant, KAISER (V2T), SWËK, RIFE, KWET (QDB), MIKE-ACUPAINTURE, AMOSE ERONE NADA SPHER SPYRE (collectif Mercurocrom), OESCH (FRELON) pour avoir été le premier dans le Nord à m’avoir inspiré un graffiti différent, original et engagé, mes camarades BORIS et JEPS (LOST FLAMMOS) sont présents non loin de l’autre côté de la frontière.

FC : Comment tu définirais ton style ?
A: calligraphie organique – J’essaie de faire évoluer mes pièces dans des dimensions lumineuses en m’inspirant tant des dessins animés de mon enfance que de la Nature, universelle soit-elle. Je travaille à créer des traits d'union harmonieux entre le béton et la verdure, entre l'ancien et le futur ...


FC : Qu’elle est la place du graffiti dans ta vie ?
A: La peinture est ma réflexion quotidienne : le reflet de mes pensées sur un mur ! Peindre est devenu mon activité professionnelle à plein temps. J’ai récemment découvert le sens d’un mot : martingale. "Mon" graffiti est comme une martingale dans le sens où il est comme une technique "secrète" destinée à battre le système en place en respectant ses règles. Merci Damien. 

 

FC : Qu’est ce que tu aime dans le graffiti ?
A : Chercher le bon support à peindre, le trouver, y réfléchir, le peindre et prendre la bonne photo ! Que se soit seul ou en équipe.  

 

Cazn'40bday - waf - obra - b.art - amin

 

Graffiti dans une friche par amin

Photo de STARTAPE

 

FC : Quels sont tes goûts en terme de livres, de musique et de films (ton meilleur film, meilleur album et meilleur livre par exemple) ?
A : Films : Django unchained, Prometheus, Grrr, La crise, Le bon la brute et le truand, La guerre des boutons (1962), Le seigneur des anneaux, Starwars, Blueberry, Princesse Mononoké…
 

 

 

Musique : Murcof, Biosphere, Minilogue, Kollectiv Turmstrasse, Moderat, Emilie Simon – Franky’s princess, Ez3kiel – Album Naphtaline, Béruriers noirs, Rap US indépendant, musique classique, jazz, blues, chants sacrés. J'ai beaucoup lu par le passé, sur la cosmogonie et les sages qui ont foulé les temps, vu le temps que cela pourrait me prendre je préfère peindre à présent.

 

 

 

FC : Ta citation préférée ?
A : « Qui fait le malin tombe dans le ravin », autrement dit « On récolte ce que l’on sème » ou la loi universelle de la causalité complétée par « Qui sème une carotte récolte une carotte » ou la loi universelle de l’analogie. 

 

FC : Tes sources d’inspiration ?
A : L’alphabet, la calligraphie - Les dessins animés des années 80’ – Le nombre d’or - La Nature : les éléments, les créatures des fonds marins, les insectes, les oiseaux, les plantes, les arbres, les volcans, les nuages, l’univers – Les textures - Les astronefs - LA LUMIERE - La transparence. 

 

FC : Cite nous un artiste dont tu admires et respectes le travail.

Amaury Dubois, Spazm, Steve Locatelli, Cazn, Antistatik, HERTKORE crew, ETAM cru, Ghetto Farceur, Fauna et Rocket01, Helpone, Rezine, Codak, MadC… Il y en a plein d’autres.

 

FC : Tes pièces font souvent penser à des créatures venues d'ailleurs ou à un réseau énergétique futuriste. Tu joues beaucoup avec l'étirement, la sensation de finesse, le tracé filaire. Comment ça t'es venu et que veux-tu transmettre à travers ce style ?
A : Tout vient d'abord de l'association de mon cheminement intérieur à la dynamique des lettres, passées par un filtre de calligraphie (occidentale, orientale et arabe) puis trempées dans un bain d’un gaz liquide riche, composé de l’essence même de la Nature. Il est important de préciser qu’ayant fait mes classes auprès de Spazm, certaines de ses phases m’ont il y a 7 ans aidé à me construire. Je pense également qu’avoir beaucoup travaillé mes traits au stylo sur le papier a donné cette finesse du trait sur le mur. Lâcher du lest permet de s’élever. Un chêne a de solides racines qui assurent sa stabilité et son stock de nourriture, un tronc qui maintient sa charpente et de multiples branches, feuilles et brindilles qui s’affinent, tendant vers le haut pour capter la lumière et nous la rendre sous forme de fruits.
Une aminienne (terme du professeur Damien.G) est comme un fruit mais n’est pas un gland.


FC : Comment organises tu tes peintures ? Tu fais des sketches ou t’es plutôt freestyle ? Est-ce que t’as tes petites habitudes ?
A : J’ai beaucoup sketché avant et je continue de dessiner ou travailler sur d’autres supports avec d’autres média pour apprendre et trouver de nouvelles phases. Parfois je prépare un projet sur photoshop. La plupart du temps j’observe bien le mur et son environnement avant de le peindre puis je le peins !

 

FC : Tu affectionnes particulièrement les friches et les endroits abandonnés. On dit que le Nord, la Picardie et la région de Saint Etienne sont des eldorados dans le domaine, tu confirmes ?
A : Pour la Picardie et la région de Saint Etienne je ne sais pas. Le Nord est effectivement un terrain plein de terrains. Qui cherche trouve.
 

Friche et graffiti

Friche - Nord

FC : Comment accordes-tu tes couleurs ?
A: En fonction du support, de la lumière existante et celle que je veux créer. L'environnement autour du support (voire les gens qui l'animent) est un élément déterminant le choix de mes couleurs.
 

Photo de STARTAPE - 30 boulevard d’Halluin, Roubaix (FR)

 

FC : Quel était ton graff le plus dangereux ?
A: Peindre à bout de bras en haut d’une échelle de 4m montée sur deux tables superposées seul dans une usine au fin fond de la campagne – ce n’est pas la guerre des tranchées non plus .
 

Amin graffiti dans les friche du nord de la france

Photo par NID2GRAFF - Nord (FR) 

 

FC : Ta meilleure expérience en graff ?
A: Pour synthétiser : découvrir comment créer la lumière. Partager, découvrir, apprendre, oser, grimper, équilibrer, défier...

 

FC : Quelle réaction tu voudrais que ton graff évoque chez les gens ?
A: Eveiller le sens de l'harmonie et éveiller leur imagination.

 

FC : Dans quelle direction tu veux faire évoluer ton style ?
A: Continuer de travailler à créer un monde autour de mes pièces. Intégrer ce travail dans l'espace urbain.


FC : Donne-moi une liste de mots pour définir le graffiti selon toi (illimitée).
A: Discipline. Ouverture. Urbain, environnement, vitesse, matière, texture, caps, acrylique, aérosol, rouleau, pinceau, usine, toile, mur, papier, démarcher, peindre, grimper, pulvériser, souplesse, rigueur, couleurs, noir, gris, blanc, formes, droites, courbes, spontanéité, liberté, fluidité, recherche, réflexion, puissance, humilité, marcher, regarder, écouter, sandwich. Maîtrise...

 

Toile par amin, graffiti artiste



FC : Qu’est ce qui fait pour toi qu’un graff soit réussi ?
A: L’impact qu’il crée en le regardant est le premier point. L’équilibre qu’il représente et son style sont essentiels. Créer quelque chose de nouveau, une impression de quelque chose de ne pas déjà vu.

FC : A qui appartient la rue ?
A: A tout un chacun !

 

FC : Ta vision du graff a-t-elle changée avec le temps ?
A: Le monde est vivant. La vision change en le regardant.

 

FC : Quelle serait pour toi l’ultime reconnaissance ?
A: De mourir en ayant pu vivre de mes choix professionnels, à ce jour c'est de peindre.

 

FC : Comment définirais-tu la société actuelle ?
A: Folle, vicieuse et malade. Manipulée et asservissante. Il est pourtant essentiel de vivre heureux et optimiste, de créer plutôt que de détruire. Notre système français est très intelligemment établi et permet malgré tout de vivre nos choix dans le confort et en toute légalité. On a des droits. On a aussi des devoirs. Sans vouloir paraître trop moral, il est important de vivre "les" bonnes valeurs de "vraie justice", quitte à "s'efforcer" de vivre honnête plutôt que de glisser dans la dangereuse et insidieuse facilité de l'égocentrisme. Protéger notre liberté créative face à l'asservissement. Apprendre à se tromper. Savoir se remettre en question, rester humble, être juste.

 

 

FC : Comment définirais-tu le millieu de l’art ?
A: Héé bé ! Je ne le définirai pas. Je peux te dire mon regard en m'attardant ou pas sur certains détails faciles : gagner beaucoup en faisant peu, avoir la grosse tête ou surfer sur la vague... Je pense que le milieu de l'art change lui aussi. Il y a des extrêmes comme du positif là-dedans. Tout a un sens dans la vie, à chacun d'entre-nous d'être dans le bon sens. Nous en sommes tous responsables.

 

FC : Quelle différence fais tu entre le graff et ce qu’on appel le street art ?
A: Le graffiti est une discipline. Le street-art est un ensemble de pratiques plus ou moins dérivées du graffiti. Le terme des cultures urbaines ou street-art rend la pratique plus générale et plus agréable au premier regard.
 
FC : Quels sont tes défauts et qualités ?
A: Je tache de vivre le présent en conscience. J'aspire et défends des valeurs de justice. Je combats avec mes démons. Cela fait 34 ans que je travaille sur moi. Certains défauts sont loin dans l'enfance, d'autres le sont moins. J'ai la fureur de vaincre et d'être quelqu'un d'exemplaire avant ma mort !

Défauts : peur, addiction, colère, impulsivité, gourmandise, paresse, fanfaronnade, fragilité, infidélité
Qualités : confiance, indépendance, maîtrise de soi, spontanéité, franchise, ascèse, ardeur, audace, ténacité, serviabilité, courage, fraternité, droiture, loyauté

 

FC : Tu pratiques une autre forme d’art, mis à part le graff ?
A: J'aime cuisiner, bricoler et plein d'autres choses mais pas au point d'en faire une quête quotidienne.

 

FC : Décris nous une journée typique de Amin.
A: Se lever tôt. Travailler. Partager. Dormir.

 

Piece de amin, graffeur du nord de la france

 

FC : Association de mots. Je te donne une liste de mots, et tu me donnes le premier mot qui te viens à l’esprit : 

- Graffiti : peindre

- Roubaix : ma ville

- Sao Paulo : Amérique du sud

- Dior : parfum

- Free party : hard-tech

- Block Letters : Super Kidz

- Famille : meute

- Dieu : entre la force universelle et le concept d'unité

- Graffiti business : travail

- Mali : Afrique 

 

FC : Un son que tu as brûlé en session graff ?
A: Je n'écoute pas spécialement de musique lorsque je peins en terrain, ça m'arrive mais je préfère le silence et les bruits propres au lieu et aux êtres qui l'animent. La prudence est importante sur un terrain.

 

FC : Quelle est ta couleur préférée ?
A: Le blanc (valeur et non couleur) car il est porteur de lumière et contient toutes les couleurs lorsqu'on les additionne entre-elles. J'ai un coup de coeur pour les couleurs fluo, le jaune notamment.
 

Le blanc est la couleur obtenue en additionnant toutes les couleurs.

 

FC : Une anecdote sur tes sessions graff ?
A:J'ai développé de petites crêtes récemment sur certaines de mes phases. Les toutes premières étaient petites comme des petites plumes naissantes. C'était sur un mur brut situé sur la toiture d'une usine abandonnée dans le Nord. Est apparu au moment même où je travaillais cette crête en orange une huppe fasciée : oiseau à la sérieuse crête orange !
 

Huppe fasciée

 

Graffiti sur toit par amin

Photo STARTAPE - Nord (FR)

 

FC : Des projets à venir ?
A: Je viens de terminer avec Pierre.P une fresque au Comptoir Seigneurie-Gauthier de la Pilaterie, à Marcq-en-Baroeul, Nord (FR). Le partenariat avec ce grand de la peinture professionnelle en France est une première qui pourrait mener vers d’autres projets avec la firme ou leurs clients.
 

Graffiti dans centre commercial

160 m2, Comptoir Seigneurie-Gauthier de la Pilaterie - Marcq-en-Baroeul (FR)


J’ai un projet de fresque sur 320 m2 de façades de logements murés. Ce projet «Les jardins rêvés» rentre dans le cadre de l’aménagement du parc de la zone de l’Union Lille métropole et se réalisera sur sa périphérie à Wattrelos (FR) au coeur du  quartier des Villas. J’ai également un projet de fresque pour la Mairie de Le Cateau-Cambrésis (FR). La fresque sera visible à une centaine de mètres du musée départemental Henri Matisse.
 

FC : C’est quoi ton but ultime ?
A: Partager dans mes fresques ce qu’il m’est donné d’apprendre sur cette basse planète. Etre à la hauteur de mes projets. 

 

FC : Le mot de la fin, dédicaces ?
A: Les vrais slaves ! Ils se reconnaîtront.

En remerciement de votre article, je vous offre cette photo !

Yes merci Amin !!! Un mur FatCap ! Ca fait plaisir!!! :)
 

 

 

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