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Urbex & Graffiti, actualités librairie

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 5 Novembre 2012.

Une beauté hors du temps au coeur de la décrépitude : de l’urbex au graff, il n’y a qu’un pas - c’est devenu désormais une évidence dans le milieu.


Nous avons opté pour deux livres, deux seconds tomes, deux démarches, une charade.

Mon premier, Hors du temps (Editions Pyramyd), est le tome 2 d’un ouvrage paru initialement aux Editions Colors Zoo en 2005 sous la houlette du graffeur Antonin Giverne, plus connu sous le blaze de Katre.


Mon deuxième, Beauty in Decay, est le tome 2 d’un book paru en 2010 aux Editions Carpet Bombing Culture et initié par le photographe britannique Jeremy Gibbs, pseudonyme RomanyWG.

Mon tout est une brève revue des deux, lesquels sortent en librairie à près d’un mois d’intervalle l’un de l’autre. Quelle évolution par rapport aux premiers tomes ?


Nous connaissons bien RomanyWG (autoportrait ci-dessus) pour l’avoir interviewé en tant que photographe de graffiti & urbex il y a tout juste un an. C’est sur cette dernière partie que l'on s'attardera puisque ce Beauty in Decay 2, dans la continuité du premier, nous offre à voir des lieux vierges et abandonnés toujours aussi fabuleux, au rythme effréné des aventures de l'infatigable photographe.


On aurait pu penser que les portraits "masques à gaz" si chers aux urbexers étaient devenus vraiment trop éculés pour y trouver encore place dans une galerie sur le sujet... surtout en couverture/page d'ouverture.

Mais le parallèle entre les deux photos ci-dessus fait sens, car il montre l'évolution entre les 2 tomes, où la silhouette d'un explorateur gravissant les marches d'un escalier défoncé dans un décor apocalyptique est le pendant à celle d'une femme en robe de soirée... cliché parfait de la vie de château en mode urbex !

Si le premier tome réunissait des photos HDR issues d’une sélection effectuée parmi 50 photographes internationaux de la catégorie, il nous proposait principalement des clichés au traité sombre, des ambiances glauques, des mises en scènes frisant parfois le kitsch sur fond d'architectures d’usines et d'asiles en souffrance.


Dans le tome 2, l’honneur est à l'auteur. On y trouve un best-of des lieux qu’il a visités, avec un focus particulier sur le décorum et l’apparat, donnant un côté à la fois précieux et princier à l’ouvrage. Ici, on change de standing, c'est plus lumineux, moins "HDR". On se retrouve au cœur de l’art, un art qui s’étiole dans des lieux qui ont connu des périodes plus fastes mais qui n’en sont pas moins somptueusement poétiques dans leur état même d’abandon.


C’est ce que le texte (hélas encore pour les anglophones "only") nous invite à ressentir en suivant les marches de quelque escalier ouvragé et lézardé, posant le trépied pour admirer un plafond peint aux couleurs passées, s’étonnant d’y voir encore de la dorure. L’Italie, la France, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne, regorgent de trésors oubliés que le photographe a dénichés et déterrés pour notre plus grand plaisir.


On appréciera le choix d’une mise en page globalement assez soignée et pertinente. Que ce soit par la mise en valeur d’une voute en vis-à-vis d’une coupole, un panel de pianos poussiéreux, des camaïeux de couleurs agencés entre art déco et néo-gothique, ou encore un savant mélange de compositions géométriques, le tout ravira les amateurs d’antiquités et de cabinets de curiosités !


Impossible de ne pas repasser par la case "asile", ses sempiternels lits de ferraille et ses chaises roulantes, parce que comme il nous l’est expliqué, en Angleterre ils sont particulièrement légion. Véritables mouroirs, à l’instar des préventoriums / sanatoriums, ces lieux sont source d'émotions contradictoires, renvoyant aux "traitements" inavouables réservés aux malades mentaux.


Ces grands complexes hospitaliers situés loin des centres-villes et à présent en friche ne sont-ils pas une belle métaphore de la désaffection sociale ? Ce livre souligne bien que derrière la pierre, si froide soit-elle, ont séjourné des êtres humains, dont les cris résonnent encore parfois dans les couloirs. Un bon point lorsqu’on traite de structures inanimées, que de ne jamais oublier le pourquoi de leur création et l’histoire de leur déclin.

Autres traces d’humanité, l’auteur s’accorde quelques rares photos de graffiti (déjà publiées dans Out of Sight), lorsqu’elles s'intégrent dans le lieu.


Puis, loin des moulures, du bois sculpté et des fantaisies architecturales, le livre nous parle aussi d’un passé industriel que nous avions déjà goûté dans le premier tome. Il faudra attendre la mi-novembre avant de pouvoir commander le livre, aussi nous réunissons ici quelques images visibles sur sa page Flickr.

Nous ne savons pas encore où il sera distribué en France, mais Book Depository l’envoie gratos dans le monde entier. 


Ce passé industriel, s’il est prétexte pour RomanyWG à l’utilisation massive du fisheye et du cadrage symétrique, est omniprésent dans Hors du Temps 2. Ici, peu ou pas de bâtisses à fioritures, mais essentiellement des hangars, des entrepôts d'usines, des blockaus de béton, des verrières métalliques déglinguées…

Katre


Des contextes bruts et ravagés qui ont inspiré une quarantaine d'artistes urbains internationaux. Le « plus » par rapport au tome 1 : davantage d'images des lieux vierges en vis à vis des peintures. Antonin Giverne sait réunir des artistes aux styles très différents dont l’empreinte dans les friches qu’ils ont investies est le reflet profond de leur personnalité, ce qui donne aux photos une texture particulière. A l’heure d’Internet, nous sommes submergés d’images et il est bon de voir des créations à la fois poétiques, graphiques et éclectiques réunies dans un même support.

Katre


Le sens même du titre du livre nous plonge dans l'atemporalité, figée par ces arrêts sur image. Chaque artiste fait une brève présentation de son travail et évoque ce que lui inspirent ces no man’s lands propices à leur créativité, le tout en anglais et français. Pas à dire : quoi de mieux qu’un graffeur pour parler de graffiti et réunir un portfolio aussi diversifié que judicieux ?

(c) The Spaghettist


Si l'on retrouve certains graffeurs du tome 1, on se régale bien sûr avec les plus fameux, notamment les personnages massifs de l’Espagnol Aryz, le bestiaire du Flamand Roa ou encore les affiches intra muros de JR. On retrouve les oediperies d’Alexöne, la patte de The Spaghettist ou les visions de Bom.K.

Bom.K


Quand l’esprit pointilliste de Kan fait écho aux compos géométriques de Graphic Surgery et Ox Nha, elles côtoient les typos, pleines d’élégance et de solennité chez Faith47, éclatantes d'humour décalé chez Rero, dégoulinantes chez Sowat...

Rero


On fera également une mention spéciale pour les 8 pages consacrées aux tracés et panoramiques de Keyler, si intelligemment adaptés à leur environnent dans des "spots de ouf !", et les compositions mélancoliques de Iemza.

Iemza


(c) Keyler


Au final, les Frenchies ont encore la part belle puisqu'on en compte 30/44 avec Jace, Alexöne, JR, Swiz, Sambre, Outsider, Lek, The Spaghettist, les DMV (Sowat, Blo, Kan, Bom.K), Iemza, Keyler, Spot, Septik, Rero, Reso, Katre, Saïr, Defco, Lksir, Mutha, Vania, Verbo, Raisin, Smash137, les TRBDSGN (Honda, Hobz & Onde), aux côtés de Chas, Ox Nha, Faith47, Dal East, les Graphic Surgery, Roa, Aryz, Pablo S Herrero, Qbrick, Kenor, Roid, Rusl et Vhils.

(c) Keyler


En fin de page, des bonus avec Songe, Ols, Dja'louz, Beplus, Kanos, Brusk, Idas, Spazm et bien d'autres...

Septik


Evidemment, on regrette un peu de ne pas en savoir plus sur l'histoire des lieux que l’on voit au fil des pages. Les initiés en reconnaîtront certains, mais le lecteur lambda restera sur sa faim. Difficile cependant de le reprocher quand les lieux existent encore et qu’on souhaite les préserver...

Defco & Toux


ll faudra donc, à défaut, se contenter de les admirer brochés dans deux ouvrages de qualité qui sont des must-haves, c'est déjà pas mal !

Photos (c) Chrixcel sauf signalées


Hors du Temps 2, par Antonin Giverne, Editions PYRAMYD. Pages : 254 - Couverture : cartonnée - Format : 27,5 x 19,5 cm - ISBN : 978-2-35017-280-4 – Prix : 34.50€ (octobre 2012)

Beauty in Decay 2, par RomanyWG, Carpet Bombing Culture Editions. Pages : 192 - Couverture : cartonnée - Format : 26 x 26 cm - Prix : environ 21 € (novembre 2012)

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