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Graffiti Criminel

       

Par Sophia Fatcap |  Publié le Mercredi 4 Mai 2011.

Deuxième carton rouge de la semaine : Les condamnations disproportionnées à l’encontre des graffeurs. Avec en toile de fond, l’hypocrisie des institutions.

Lire notre premier carton rouge.

Revok, graffeur angelinos mondialement connu a été arrêté le 21 avril à l’aéroport de Los Angeles. Il lui est reproché de ne pas avoir respecter les termes de sa liberté conditionnelle. Celle-ci inclut le paiement de plusieurs amendes pour dégradations de biens qu’il n’aurait pas honoré.

L’une des choses les plus choquantes dans l’arrestation de Revok est le montant exagérément élevé de sa caution, 320 000$ et les 180 jours de prison requis. Ce chiffre est exorbitant comparé à certains crimes. En se référant aux archives du LA Times pour cette période, Logan Hicks effectue une comparaison assez éloquente : « En fin de compte, on peut endormir et violer une patiente, filmer des enfants dans les toilettes, ou en maltraiter, commanditer le meurtre du petit ami de sa fille, (…), rien de tout cela ne sera pire aux yeux de la loi qu’un graffiti. Tous les crimes (et délits) cités (ont abouti) à des cautions dont le montant n’atteint pas le TIERS de celle de Revok. »

Mur de soutien à Revok réalisé par Askew - via AskewOne

Aux Etats-Unis, le graffiti est légalement considéré comme un crime en cas de récidive. C’est ce qui s’est produit pour LAROC. Pris en flagrant délit à trois reprises, il a été condamné à 45 jours de prison le 27 avril. LAROC se trouvait à la prison de New York lors de l’ouverture de l’exposition Art in the streets au MOCA de Los Angeles qui couronnait le travail des artistes majeurs du mouvement. Que pense Jeffrey Deitch, le directeur du MOCA, de l’arrestation de Revok, Laroc et autres Space Invader ? Silence radio. Sa réponse aux polémiques sur les tags qui prolifèrent depuis l’ouverture de l’exposition : «Les agents de sécurité ont pour instruction de surveiller les alentours du musée pour empêcher toute dégradation.» Art à l'intérieur, dégradation à l'extérieur.

Et de ce côté de l’atlantique ? Un graffeur pris en flagrant délit en France risque jusqu’à deux ans de prison et 30 000€ d’amendes par infraction. Dans la pratique, les condamnations se bornent souvent à des travaux d’intérêts généraux (TIG) et à une amende. Parfois pourtant, les peines sont lourdes. Comme pour Vices et Azyle, arrêtés le 25 juin 2007 à la Porte de la Chapelle et condamnés à 600 000€ d’amendes pour « avoir réalisé 250 tags sur des wagons, des murs et des tunnels du métro et du RER parisiens ». Cela va même jusqu’à de la prison ferme. Le tribunal de Melun a condamné un jeune homme de 20 ans à deux mois de prison ferme pour « dégradation d’un bien appartenant à autrui » en décembre 2010.

Jetons un œil au genre d’action passible de plusieurs mois de privation de liberté.

VICES 95 MPV "diary of a madman"

Tout graffeur a conscience d’enfreindre la loi en peignant dans un lieu non autorisé. Est-il aux yeux de la loi plus proche du fumeur jetant son mégot sur la chaussée ou du dealer de shit ? Peut-on continuer à infliger des peines de prison pour un acte qui peut vous valoir un jour d’être considéré comme un acteur de l’un des mouvements artistiques majeurs de notre époque et le lendemain condamné comme un délinquant ?

 

"punitions" d'Azyle - ligne 8

Vices - RER A

Texte: FatCap Team

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