Interviews

Giant

       

Par Sophia Fatcap |  Publié le Lundi 16 Mai 2011.

Graffeur, mais aussi skateur, tattoueur et designer d'une marque de T-Shirt. Rencontre avec une grande figure du graffiti de San Francisco

Voici une nouvelle interview réalisée par Brock Brake pour FatCap.com avec Mike Giant.

Comment as-tu découvert le graffiti et d’où vient le nom Giant ?

J’ai découvert le graffiti en lisant Subway Art. Un gamin avait apporté le livre en classe de math au lycée. Ensuite je l’ai trouvé dans une librairie près de chez moi et j’allais le feuilleter à la moindre occasion.

Quelques années plus tard, en 89, j’ai vu des gars graffer dans un endroit où je faisais très souvent du skate. Ils peignaient en plein après-midi. Je suis revenu le lendemain au même endroit et j’ai peint moi aussi. Ce que j’ai fait été pourri, mais c’est comme ça que je suis devenu accroc.

Après avoir peint pendant un mois environ, toujours au skate park, j’ai fait une très mauvaise chute et un ami a dit que j’étais tombé comme un géant (GIANT en anglais, NDLT). Ça a été le déclic. GIANT est devenu mon tag depuis ce moment-là.

Depuis quand fais-tu du skateboard ?

Depuis 1984.

Quelle genre de skate utilises-tu ? Quel est ton endroit préférer pour le skate ?

Mon skate préféré en ce moment est une réédition de la DogTown Pig de 12’’ de large avec un riser Indy 215s d'1/2''. Mon spot favoris est le parc Potrero. Il déchire.

Tu es daltonien et pourtant tu peins. Cela ne te freine pas ?

Etre daltonien n’entame en rien ma motivation pour peindre. Cela ne fait qu’affecter mon sens esthétique. Ce sont les gars avec qui j’ai peint qui m’ont donné la motivation de faire ce que je fais. C’était les rois de la ville. Pour faire partie de la bande, il fallait que j’en fasse autant qu’eux. Et on n’arrêtait pas.

Photo Brock Brake (San Francisco)

Photo  Erich Lehman (San Diego)

Comment a évolué le graffiti depuis que tu as commencé en 89 ?

Je ne pense pas que le graffiti ait tellement changé depuis 89. On continue à aller en prison si on se fait choper. Le grand public et les flics détestent les tags et c’est la base pour tout véritable graffeur. Je ne pense pas que cela changera un jour.

Qu’est-ce que tu faisais différemment des autres graffeurs quand tu as commencé ?

Je faisais beaucoup de perso avec mes lettrages. Je les faisais rarement tout seul, mais parfois cela ajoute un plus à une belle pièce. Je détestais recevoir des compliments pour mes perso par contre. J’ai toujours voulu qu’on apprécie mes lettrages avant tout.

Est-ce que tu avais des mentors à tes débuts ? Si oui, quelle est la plus grande leçon qu’ils t’aient enseigné ?

J’ai appris les styles de lettrages avec Agree de Brooklyn (NYC) et c’est Doc de Venice Beach (Los Angeles) qui m’a appris à peindre. Ils m’ont enseigné tous les fondamentaux. Je leur suis reconnaissant à jamais. Puissent-ils reposer en paix.

Photos Steve Rotman (San Francisco)

Est-ce que tu as déjà eu des embrouilles du fait que tu vis à San Francisco mais que tu n’es pas d’ici ?

Non, cette ville est faite d’étrangers. Il est assez rare de rencontrer un véritable san franciscain . Je crois que l’afflux d’étrangers a toujours été une chose formidable pour la scène locale. J’aime voir tous ces noms et ces styles différents, venant de pleins d’endroits. Je pense que l’on fait ses preuves dans la rue, peut importe d’où l’on vient. Par contre, pour être véritablement reconnu, il faut passer un certain temps ici.

A quelle fréquence est-ce que tu peins dehors maintenant ? Est-ce que tu ne fais que du légal ?

Je sors peindre qu’en l’envie me prend, généralement 6 fois dans l’année environ. Cela dépend. Je peins plus quand je suis en voyage. A San Francisco, je ne fais que des commandes ou des murs autorisés. La bombe me rend malade, donc j’utilise d’autres outils maintenant.

Est-ce que tu préfères peindre dans la rue avec des bombes ou avec des marqueurs dans ton atelier ?

Les marqueurs, sans hésitation ! La bombe, c’est une sacrée plaie.

Et quand tu en utilises encore, où te fournis-tu en peinture ? Quelle est ta combinaison bombe-cap préférée ?

Je me fournis chez mes amis de Montana, Ironlak et All City. Ma combinaison préférée, c’est une bombe noire semi-flat Krylon du début des années 90, avec une fatcap New York.

Photos  Brock Brake

Qu’est-ce que Rebel8 ?

C’est ma marque de vêtement exclusive. Nous sortons une nouvelle collection à chaque saison. Si tu vois un truc à moi sur un T-Shirt, c’est que c’est un Rebel8 ou une de nos collaborations. Mais il faut faire gaffe parce qu’il y a pas mal de contrefaçons qui copient mon travail. Ne vous faites pas avoir. Les vrais savent.

Les collaborations, c’est quelque chose d’important pour toi ?

C’est très important pour moi. C’est parfois l’occasion de voir son propre travail sous un jour nouveau. Je pense aussi que cela redonne de la souplesse à ton processus de création, ce qui est une bonne chose.

Est-ce que tu as des projets de collaboration en dehors de Rebel8?

Pas pour le moment. Rebel8 me prend beaucoup de temps.

Dans les locaux de Rebel8

Sur ton blog, tu parles ouvertement de ta passion pour les motos, la religion et la marijuana. Comment ces différentes choses influencent-elles ton travail ? Quel genre de travail ferais-tu sans cela ?

Je pense que toutes ces choses ont une très grande influence dans mon travail. Mais je pourrais faire sans. Je n’ai pas besoin d’une moto. Je peux marcher ou me balader en skate. Je n’ai pas besoin de la religion. C’est pourquoi je m’intéresse au Boudhisme. C’est une manière de comprendre les choses, pas une religion.

Et l’herbe ?

Je pourrais arrêter ça aussi. Parfois j’en ai marre. Fumer ou pas, je continuerais à dessiner. Je ne pense pas que cela change.

Est-ce que tu as une routine quotidienne, des habitudes ?

Dessiner, boire, manger, fumer, pisser, chier, me doucher, marcher, faire du yoga et méditer. Je crois que c’est tout.

Tu imaginais ta vie comme elle est actuellement quand tu étais ado au Nouveau Mexique ?

Je n’avais aucune idée à l’époque de ce que me réservait l’avenir. Je n’en ai toujours aucune. Je prends les choses comme elles viennent en essayant de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.

Quels sont tes projets alors ?

Je serai à Los Angeles le 15 mai pour une exposition au MOCA de Pasadena. Je n’ai rien de prévu après cela. Juste trainer…

Planches de skates designées par Mike Giant, Photo ItsumiMax

Photo Mike Giant

Photo Mike Giant


Propos recueillis par Brock Brake

Traduction réalisée par Sophia Aït Kaci

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