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Faites le mur!

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Vendredi 1 Octobre 2010.

Le film de Banksy sort dans les salles françaises prochainement. Film, documentaire, œuvre d'art ou énième moquerie de l'artiste?

Banksy faites le mur

 

 

La sortie officielle en France du premier film de Banksy 10 jours avant Noël ne manquera pas de décevoir ceux qui s’attendent à en savoir plus sur l’identité du street-artiste le plus secret et le plus cher du monde de l’art. « Faites le mur ! », sorti en DVD le 6 septembre dernier au Royaume-Uni, avait défrayé la chronique au festival de Sundance en avril dernier. Le spectateur découvre au cours de ce long-métrage des images inédites de Monsieur André, Invader, Zevs, Banksy ou encore Obey, filmées par Thierry Guetta, vidéaste amateur névrosé obsessionnel dont la réalité paraît totalement improbable.

 

 

 

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Vaste fumisterie ou œuvre de génie, tout porte à croire que nous sommes en présence d’un véritable « documenteur » savamment orchestré par Banksy… car le film parle en fait peu de Banksy mais se focalise de manière progressive sur ce Français mégalo installé aux USA, cousin de Space Invader ( !) dont la vie passe de la friperie aux strass du star-system en devenant lui-même un street-artist adulé, poussé par Banksy himself. Devenu « Mr. Brainwash » (aka MBW), ce dernier explique le choix de son pseudo par le rappel du « lavage de cerveau » asséné par les media et la pub, quand lui-même, pur produit de consommation, reprend à son compte les idées du Pop Art pour en faire une exposition d’œuvres produites en série à l’échelle de son mentor-menteur. Donc, si ce film pour certains aura tout l’air d’une blague de potes, pour d’autres il sera une œuvre de Banksy à considérer telle quelle, dont la vocation première est de tourner en dérision le monde de l’art contemporain, pointant du doigt les dérives d’une société qui spécule sur ses propres faiblesses.

 

Certes, le propos n’est pas nouveau, mais le film a le mérite de poser les vraies questions sous couvert de fausses pistes qui paradoxalement nous mettent sur la voie. A l’instar de Banksy, Mr. Brainwash existe vraiment et vend ses oeuvres à des prix délirants. On s’interroge alors sur ce qui fait le statut de l’artiste contemporain... tantôt dépourvu d’adresse artistique mais coté sur un coup de poker, tantôt talentueux mais dépourvu d’un carnet d’adresses, il semble n’être qu’un jeu de dupes dont Banksy tire les grosses ficelles dans ce film avec la (l’im-)pertinence qu’on lui connaît sur les murs. L’image finale de ce mur de briques qui s’écroule au milieu d’un terrain vague, et sur lequel le médiocre cinéaste MBW a écrit d’un coup de spray rose bonbon le titre de son exposition « Life is beautiful » (la vie est belle), est une conclusion des plus significatives.  Thierry Guetta, dont le nom renvoie bizarrement au verlan du mot « tag » est sans nul doute un excellent mystificateur, et c’est ça qui est bon. En même temps, si le film est estampillé Banksy, c'est forcément magistral... n'est-il-pas ?

 

 

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Dommage que le titre français ne reflète pas l’ironie mordante contenue dans cette fable… Exit through the gift shop (« Sortie par la boutique de souvenirs ») rappelle une scène du film au cours de laquelle la sortie du parc de Disneyland s’effectue par un passage obligé via le sas à cadeaux. La sortie du film, elle, a lieu le 15 décembre prochain, et ce n’est pas un canular.

 
Pour comprendre les paradoxes soulevés par le personnage de Banksy, nous vous invitons à lire la chronique de Timothée Demeillers sur Article XI.

 

Texte : Chrixcel

 
Dossier de presse téléchargeable

 

Banksy sur FatCap

 

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