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HIP OPsession - volet street art

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 10 Mars 2014.

Retour sur l'exposition nantaise sous la direction artistique de Lek et Sowat, avec l'éclairage de deux graffeurs Nantais, Persu et The Blind.

Nous vous avions parlé d’Histoire d’Un Mur dans le cadre du Voyage à Nantes cet été, voici l’exposition nantaise Intitulée « STREET ART », (mot barré qui n’est pas sans rappeler un certain Rero, bien que la comparaison s’arrête là), le mix Paris-Nantes est assuré avec des duos collaboratifs placés sous la houlette du tandem Lek & Sowat.

 

La cohabitation artistique dans l’espace de POL’N est facilitée par de beaux volumes, et une verrière qui a inspiré le code couleur, blanc-bleu-noir-or (bleu pour le ciel et or pour le soleil). La cinétique filaire de Sébastien Preschoux s’y déploie avec aisance, le pointillisme en Braille de Kan et The Blind codifient la surface visuelle, le travail de sculpture et de fixation de pièces faites de bois en lien avec différents types de lettrages (Persu / Wxyz) renforcent le propos, les graffs de RAyZIN et la calligraphie à la craie ou en volume sous forme de « typos glitchées » de L’Outsider et Wide en forment le cadre décalé aux côtés des illustrations de Kazy et Postman Quartet. Le tout semble remettre en jeu les poncifs liés au fameux dilemme « street art ou graffiti telle est la question ? ». Le titre barré de l’expo le suggère. Les installations, peintures et messages de cette collaboration à 20 mains le soulignent. Rue, galerie, graffiti, street art, c’est un peu de tout cela que l’on retrouve dans ces images que nous vous proposons de relayer ici. 

 

 

PERSU (photo ci-dessus) est une figure importante dans le paysage du graff Nantais (et pas seulement), et il a accepté de se présenter et de parler de son travail dans le cadre de cette expo :

"... j'ai découvert le graffiti en même temps que la culture Hip-Hop en 1990, à Auxerre. J'ai vécu quelques années à Paris, ai pas mal voyagé pour peindre à gauche à droite en France et en Europe, et suis un peu un touche-à-tout dans le feugra (légal, illégal, fresques, pièces, chromes, wild style, ignorant style, figuratif, abstrait, graphique, etc.), même si je me spécialise quand même plus dans le wild style, car c'est ce qui me fait le plus kiffer. le dessin des lettres et la ligne au détriment des effets de matières ou de couleurs. Je pense d'ailleurs que vu comment j'évolue, je vais finir par faire des pièces uniquement en noir et blanc ou alors avec très peu de couleurs.
 
 
 
 
Cette expo s'est faite dans le cadre du festival Hip Opsession, qui fêtait ses 10 ans cette année. Nous sommes 10 artistes à avoir travaillé dessus, on a tout fait en 6 jours. Chaque artiste a une partie (plus ou moins) "solo" et chacun a aussi collaboré avec les 9 autres, afin que cette expo collective soit bel et bien collective.
 
 
Wycz 
 
"Pour ma part, j'ai fait du lettrage wild style par ci par là, sur des planches, des murs et du papier (les trucs sur papier ont été intégrés dans des compos avec des fragments d'esquisses d'un peu tout le monde, puis ont été sérigraphiées pour faire des affiches spécialement issues de cette expo), ainsi que des parties plus abstraites, des motifs soit mécaniques soit organiques, des formes rappelant mes lignes de quand je fais des lettres, mais avec un rendu abstrait, c'est-à-dire qu'on pourrait croire que c'est du lettrage super complexe, mais en fait non (je le dis, comme ça pas besoin de passer 3 plombes à essayer de déchiffrer ! ;-) Ces parties là se retrouvent notamment dans la partie centrale de l'expo, l'accumulation de planches qui part du sol au plafond, ainsi que dans les murs peints à l'extérieur de l'expo, dans des fresques où chacune de nos pratiques a fusionné."
 

 
"Personnellement, Sébastien Preschoux (photo ci-dessus) et Sowat étaient les deux seuls avec qui je n'avais jamais travaillé auparavant. Lek et Sowat étaient en quelque sorte les directeurs artistiques, ils ont eu les idées et concepts de base, sur lesquels tout le monde était libre de vriller, le but étant que chacun amène son style et l'incorpore à celui des autres. On était donc clairement pas dans un concours de bite, mais plutôt dans un réel travail d'adaptation et de compréhension des autres." 
 
 
 
"A ce propos, je trouve que j'ai trop tapé dans le "lettrage classique", mais d'autres m'ont dit que non, ça fusionnait bien avec le reste. J'avais un peu le rôle du graffeur traditionnel dans l'histoire, même si j'étais tiraillé entre mon envie de lettrages et ma volonté d'abstraction, afin de mieux fusionner. On n'avait pas réellement de contrainte, certains ont travaillé en volume, d'autres uniquement avec la peinture. Lek et Sowat ont bien contribué à relier tout ce bordel."
 

Lek/The Blind
 
 
Persu nous en dit plus sur l'activité graff/street art dans sa ville et de ses projets personnels :
 
"La ville de Nantes accepte bien le graffiti puisqu'on a à disposition une vingtaine de murs légaux. Après, c'est comme partout : tout ce qui est figuratif, personnage, paysage, coloré, joyeux, sera mieux perçu par le grand public que les lettrages complexes, les chromes, les tags etc, ce qui est normal à vrai dire. Je sais qu'au sein du milieu graffiti je serai toujours plus apprécié pour mes lettrages hardcores avec des coulures que devant le grand public, qui veut du réaliste, du propre et du coloré. Mais bon c'est comme ça, je fais ce que je kiffe faire et je m'en fous un peu, en fait, de l'avis du grand public genre "ça c'est beau, c'est coloré, c'est de l'art, ça c'est agressif, on comprend pas ce que ça représente, c'est pas de l'art" (alors qu'il ne sait même pas quelle est la réelle définition du mot "art". Mais je m'égare.)
 
 
 
 
 
Cela dit depuis quelques années les expositions "street-art, post-graffiti, graffiti, art urbain, appelez ça comme vous voulez", florissent, et à ce titre je pense que la ville de Nantes est bien classée en France pour ce qui est de l'émergence du graff. On a déjà accueilli Loomit, Darco, Daim, Dran, Sneke, Hews, Seth, Mode2, Shoe, Zeta, Rae et beaucoup d'autres pointures encore."
 
 
 
L'Outsider
 
 
"Mes projets personnels sont de développer le travail que je fais en plus des peintures en terrain, à savoir faire des illustrations, les sérigraphier, faire des t-shirts, et je suis actuellement au tout début d'un triple projet d'édition de livres. J'en dis pas plus, parce que comme je suis un peu branleur, je sais pas quand ça va commencer à prendre forme. D'autre part je continue à peindre à un rythme soutenu, de chercher de nouveaux spots (parce que ok on a des murs légaux, mais les murs vierges c'est encore mieux.)
 
 
 
 

The Blind  (l’Aveugle), graffeur d’une trentaine d’années, s’est lancé dans le graffiti pour non-voyants en 2003, d’abord à Nantes, puis partout en Europe. L’idée de départ vient d’une réflexion faite après un graff vandale, type de pratique qui privilégie avant tout la visibilité/lisibilité destinée au plus grand nombre… mais qui n’inclut pas les aveugles. Il se trouve à ce jour être le seul à œuvrer dans le lettrage en braille à grande échelle et en 3D, et a notamment collaboré avec l’lnstitut National des Jeunes Aveugles à Paris, et d’autres établissements de ce genre pour s’épandre à bien d’autres villes. Chose étonnante, en travaillant avec les non-voyants, il a pu constater qu’en dépit de la grosseur des demi-sphères en plâtres qu’il utilise, ses phrases pouvaient être lues par eux grâce à leur grande capacité d’adaptation et leurs repères connus entre espaces et points.

 
 
Kan / The Blind
 
 
Dans le cadre de sa collaboration avec Kan, le choix des portraits n’est pas anodin. La référence à Brassaï, l’un des premiers photographes à avoir sublimé le graffiti sur ses clichés et qu’Henry Miller a surnommé « l’œil de Paris », fait écho à celle de Keith Haring pour le graffiti dans sa plus pure expression activiste. La confrontation de deux pratiques « à points », les uns en aplats pleine couleur et rapprochés, apposés/superposés à ceux en volumes creux et espacés permet de renforcer les deux codes.
 
 
Hall de Pol'n
 
 
Car si les propos du « brailleur » ne peuvent se lire qu’en touchant ces mamelons blancs et donc en se collant pratiquement au mur, les images de Kan ne sont clairement visibles qu’en prenant de la distance, à la manière d’une image pixellisée. Les phrases de The Blind, demeurant silencieuses pour les non-initiés à cet alphabet digital, sont issues de son anthologie personnelle, clins d’œil perpétuels aux expressions liées à la vue (Blind test, Pas vu pas pris, The Blind a l’œil sur vous).
 
 
 
 
 
Nantes est à n'en pas douter un vivier d'artistes qu'il faut garder à l'oeil...Selon nos sources, le prochain volet street art du Voyage à Nantes organisé par Pick-Up Production cet été promet d'être plein de surprises...à suivre !
 

 
Crédits photos David Gallard et Chrixcel.
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