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Djerbahood, l'inauguration

       

Par Chrixcel |  Publié le Vendredi 26 Septembre 2014.

Le 20 septembre a eu lieu l'inauguration officielle du projet Djerbahood. Retour en images avec un focus sur le hors-piste et les thématiques phares de notre second séjour à Djerba.

Notre rédacteur Kacem vous a introduit le projet Djerbahood en août en vous présentant les premières peintures et en exposant sa substantifique moelle. Pour mémoire, ce projet initié par Mehdi Ben Cheikh, dirigeant de la Galerie Itinerrance (que l’on ne vous présente plus) réunit près de 250 œuvres et 150 artistes dans le village d’Erriadh et ses environs. Ce second séjour sur l’île nous a permis d’en voir l’évolution.


Détails : Jace, C215, Zepha & Dan23


Ce qui frappe bien évidemment lorsqu’on déambule dans les ruelles de la médina, c’est l’omniprésence des murs blanchis à la chaux des houchs à coupoles, typiques du coin, et la peinture bleue des huisseries, portes, volets et ferronneries, bleu qui se décline abondamment dans toutes ses nuances au sein d’œuvres qui se veulent "couleur locale".


Le poulet de Bom.K se détache sur le fond filigrané de Shoof


A tel point qu’il saute aux yeux de ceux qui connaissent la patte de certains artistes, connus pour leur « trashitude » (cf. Bom.K ou Nilko), que leur capacité d’adaptation a été grandement mise au défi, au travers notamment d'étonnants featurings…

On peut en effet être assez surpris qu’un tel projet ait pu naître dans une région aussi reculée de la Tunisie… et pourtant, l’enthousiasme des habitants est plutôt général, en dépit des réticences de quelques vieux récalcitrants. Pour que la magie opère et que la médiation entre les artistes et les propriétaires des murs soit assurée, il fallait jouer le jeu du trompe l’œil, de l’allusion culturelle, de l’adéquation à la cité, à son histoire et son architecture.


Jace : il court, il court le poulet !


Fort du succès de la Tour Paris 13, le galériste renforce les effectifs : si on retrouve la plupart des intervenants de la fameuse tour HLM parisienne, d’autres artistes internationaux sont venus s’exprimer à Erriadh, mais ce sont d’abord les Tunisiens avec notamment Dabro, Inkman, Shoof et eL Seed qui ont ouvert le bal des sprays et des pinceaux. Leur familiarité avec les autochtones, leur style "calligraffique" et les peintures en rosaces rappelant les habitations à dômes a grandement facilité leur immersion dans le village. Nous reviendrons plus longuement sur ce style bien particulier.


M-City, Wais, Stew, David de la Mano, Nespoon, et Sebas Velasco + Axel Void


On n’échappe pas non plus aux stéréotypes orientaux revisités : ainsi les amphores se transforment parfois en lampes d’Aladdin d'où s'échappent de drôles de dromadaires...


Jace invente le droasis !


Brusk (voir sur FatCap Live!)


En écho aux croyances les plus répandues, on retrouve dans certaines réalisations des éléments récurrents du folklore, par exemple des versions de la main de Fatima censée protéger contre le mauvais œil, les chats du "hood" pochoirisés de C215 (voir sur FatCap Live!) et des bédouins à la peau burinée.


Know Hope trace des messages énigmatiques et délicats qu'il faut chercher à chaque détour de rue...


Dome et son rébus indéchiffrable...


Littéralement hors des sentiers battus, certains artistes comme Roa (voir sur FatCap Live!)ont profité de l’abondance des ruines jonchant la terre semi-désertique de l’île. Un écrin hors du commun sur lequel tout artiste urbain rêve d’apposer son art ! Prisons anciennes abandonnées, palais aux linteaux sculptés vieux de plusieurs siècles, menzels ensablés dont la rotondité des toits semble propice aux anamorphoses…Là, il ne faut pas se louper !



Le rendu est plutôt réussi pour l’artiste flamand, dont une méduse noire semble émerger d’une source secrète au beau milieu des palmiers.



Observateur, Roa est toujours soucieux de s’inspirer de la faune locale et c’est dans ce sens qu’il peint une caragouille, petit escargot dont les coquilles vides affleurent en nombre sur le sol sec.



Ce caméléon peint dans une prison est une allusion à un épisode de son séjour au cours duquel il sauve des griffes d'un chat le reptile versatile.



Sur les restes du château Ben Ayed construit au 18e siècle, on en pince aussi pour ce scorpion qui s’écorche, paraît-il, sous le coup des cailloux rageurs des locaux qui n’apprécient guère cette icône de l’un des animaux les plus venimeux du monde ...



Friand de planches anatomiques, Roa n'a aucun scrupule à représenter la mort et trace sur les flancs d’une ruine des crânes avec des dômes pour calottes.



Dans cette même friche, derrière un éboulis de pierres, on tombe sur une carcasse de chien, macabre coïncidence...


Seule « ombre » au tableau : il faut se dépêcher pour aller voir ces fresques et collages au risque de les voir s’effriter, malgré la couche de vernis qui les protège pour quelques années. Le climat à la fois chaud la journée (un record en ce mois de septembre avec 42° !) et humide la nuit oblige les locaux à ré-enduire leur mur régulièrement. Qu’à cela ne tienne, assure le curateur de cette expo à l’air libre, d’autres œuvres viendront remplacer les disparues si les politiques le permettent (Inch’Allah !), dans un renouvellement perpétuel où les cimaises n’ont droit de cité que dans les musées climatisés.


Jace signe un gouzou archéologue qui n'en revient pas de sa découverte - n'est-ce pas là un chameau à 3 bosses ?


Alors, si l’envie vous prend d’explorer cette contrée à pied, n’oubliez pas de vous hydrater, chapeauter, et chausser confortablement car il vous faudra bien 6 où 7 heures pour arriver à bout de cette chasse au trésor. Et vous en raterez à coup sûr, tant les rues sont saturées d’œuvres. On ne peut qu'espérer que cette aventure pittoresque et picturale ne trouble pas la quiétude d'un tel havre...


Sean Hart semble faire écho à Simone de Beauvoir qui écrivit, à propos de la campagne djerbienne : "c’est l’endroit le plus silencieux du monde".



Oui, souhaitons qu'Erriadh ne devienne pas, comme l'ironise Jace (voir sur FatCap Live!), un magasin de souvenirs pour touristes collectionneurs de boules à neige... ce serait un comble sous un tel climat !


Restez connectés, nous n'avons pas fini de parler de ce fabuleux projet...

Texte et photos © Chrixcel

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