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Agression de Murs

       

Par Sophia Fatcap |  Publié le Lundi 2 Mai 2011.

Cette semaine, FatCap distribue les cartons rouges à tous ceux qui s’attaquent au graffiti et aux graffeurs.

Pour ce premier article, on constate que les meilleurs ennemis des graffeurs n’hésitent pas à enfreindre la loi (cf le deuxième carton rouge) pour éradiquer l’art de nos rues. Une pièce dramatique en trois actes avec un bonus imaginaire (quoique...).

ACTE I – Auckland – Février 2011

L’histoire commence il y a dix ans quand Askew One demande la permission de peindre un mur à Poynton Terrace dans sa ville d’Auckland (Nouvelle-Zélande). Il a peint ce mur depuis 2001, le repassant régulièrement à ses propre frais, et tout cela bien sûr pour l’amour de l’art. Puis, le 21 février dernier, des employés municipaux se pointent pour recouvrir le mur, sans la permission du propriétaire et à la surprise d’Askew. Les employés de la ville étaient tellement « stupéfaits (qu’) ils ont cru qu’il s’agissait d’une erreur et ont revérifié les instructions à deux reprises. » C’est ce qu’Askew explique sur ses comptes Tumblr et Twitter.

via Askew's blog - Le mur de Poynton Terrace, peint par Deuce, Askew et Berst

via Askew's blog - Les agents municipaux peaufinent le travail. Après avoir recouvert le bas du mur, ils sont revenus s'attaquer à la partie haute.

Les jours suivants, plusieurs artistes comme Saber, Rimoni (un photographe local), DJ Dub Dot Dash et le critique d’art Hamish Keith ont pris fait et cause pour Askew en adressant des messages au maire d’Auckland. Plutôt embarrassant quand on sait que le site internet de la ville indique que « si un graffiti s’avère être une œuvre d’art, i.e. exécuté avec une autorisation, il ne sera pas effacer. » Le propriétaire et le résidant du bâtiment ont manifesté leur colère.

Le maire a reconnu que Rob Shields, en charge du dossier à la mairie, a commis « une petite erreur ». Rob Shields est une personne pour laquelle Askew n’a pas de mot assez dur : « Il s’est donné pour mission de saboter un tas de projets sur lesquels j’ai travaillé ». Toujours selon Askew, il  s’emploit à « ternir (s)a réputation et celle d’autres graffeurs. »

Askew a donc refusé de repeindre le mur en expliquant sur Twitter qu’ « auncune somme d’argent ne lui ferait envisager de travailler avec Rob Shields. Particulièrement s’il doit avoir son mot à dire sur ce que je peux ou ne peux pas peindre. »

ACTE II – Varsovie – Mars 2011

Adidas est l’une de ces marques qui emploient des graffeurs et des street-artistes. Pourtant elle a offensé toute la communauté en mars dernier à Varsovie en recouvrant de publicité un mur mythique. Et contrairement au cas d’Askew à Auckland, Adidas n’avait même pas le soutien de la ville de Varsovie.

Adidas n'avait même pas l'autorisation de la mairie pour occuper la chaussée. A fortiori, celle de recouvrir le mur

Ce mur est La Mecque des graffeurs et du mouvement Hip Hop local. Des documentaires ont été tournés devant ce mur et des artistes du monde entier sont venus y peindre. On pourrait presque le comparer à 5Pointz (New York) si ce lieu mythique n’était pas hors catégorie. Il s’étend sur une longueur de près d’1,5km et était recouvert de pièces de tous styles et toutes couleurs. Enfin, avant qu’Adidas ne le défigure avec ses trois bandes banches.

Un groupe Facebook s’est rapidement créé pour dénoncer le massacre. Les administrateurs du groupe disent : « En faisant cela, ils montrent leur manière de penser. Ils n’en ont rien à faire de notre histoire et de notre travail ». Ils appellent à un boycott des produits de la marque.

Le conseil municipal a ordonné à Adidas de démanteler la cloture et le mur rendu de nouveau accessible pour être repeint. Une énorme « jam » a été organisé le dimanche suivant pour repeindre les parties du mur endommagées par les publicités Adidas. Une jam « 100% sans Adidas »

ACTE III – Los Angeles – Avril 2011

Après Auckland et Varsovie, c’est au tour de Los Angeles. Cela laisse un gout amer de relater cette nouvelle  attaque sur un mur légal sachant qu’elle s’est produite quelques jours à peine avant l’ouverture de l’exposition Art in the Streets au MOCA. Plusieurs des artistes dont le travail a été saccagé y sont exposés.

Voici les faits.

Accusé : Service de nettoyage de graffiti, Compagnie Woods Maintenance Services
Plaignants : Revok, Os Gemeos, Saber, Rime, Retna, Norm
Délit : Violation de propriété et dégradation d’une œuvre d’art

Là encore la propriétaire du bâtiment était d’accord pour que le mur soit peint. Elle l’était d’autant plus qu’il s’agit cette fois-ci d’une commande. Les agents de la compagnie WMS ont fracturé un cadenas pour entrer sur le terrain et entamer le ‘nettoyage’ du mur.

via LATaco - Photos du mur avant l'attaque.

A droite, la propriétaire désemparée ne peut que constater les dégâts.

EPILOGUE – Paris – Futur proche (Fiction)

L’article 99-2 du règlement sanitaire du département de Paris stipule que « les façades des immeubles et les clôtures des terrains riverains doivent être tenues propres. Les graffiti sont interdits. » En conséquence, les services de nettoyage de la mairie de Paris ont procédé au nettoyage des façades souillées des rues de la capitale. Plus aucun graffiti, plus aucun tag ou pochoir ne saurait défigurer notre belle ville. 

Certains propriétaires ont refusé le nettoyage, préférant la crasse des bombes de peinture des graffeurs à la pureté et l’ascétisme du blanc proposé par la mairie. Ils devront, comme le prévoit l’arrêté municipal du 15 octobre 1999, « procéder à (leur) frais et par les moyens qu’il(s) juge(nt) les plus appropriés à l’effacement des graffiti ».

Des murs blancs, pour un peuple muet.

FIN

Les actes I, II et III, sont basés sur les articles "How much does Adisucks", "Get Behing Askew" et "Negligent graffiti control" de Lindsay T., responsable éditorial de FatCap.com

L’acte IV est une fiction basée sur les informations du site de la mairie de Paris.

 

Photographie de la page d'accueil: Thias - PGC

Pour aller plus loin

Groupe Adisucks sur Facebook (en polonais)

Blog d'Askew

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