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Interview de l'artiste Erwan Wire

       

Par Anissa |  Publié le Lundi 18 Février 2013.

Allongez-vous sur son Divan si vous voulez qu'il vous raconte sa vie. Erwan Wire est toujours prêt pour une séance de Graffithérapie !

FC : Qui es-tu Erwan Wire ?

Erwan Wire : Un extra-terrestre... comme tout le Monde !

J'ai suivi une formation Artistique, après une Faculté d'Arts Plastiques, et des études en Écoles d'Arts (ESAT, EPSAA) j'ai intégré une Agence de publicité Marketing en tant que Graphiste illustrateur, maquettiste. Aujourd'hui je développe des projets en indépendant dans le domaine du graphisme, de la peinture et de la musique (Expositions, Performances, Concerts, Ateliers de sensibilisation, Décos...).

Parallèlement à mes activités artistiques, je travaille dans l'Animation depuis plusieurs années, actuellement en poste de Directeur en Centre de Loisirs, la relation avec les jeunes me permet de pouvoir mettre en place divers ateliers Artistiques en partenariat avec différentes communes et ainsi de partager mes expériences et mon savoir-faire.






FC : Tu es tombé dans la marmite tout petit. Comment as-tu découvert le graffiti ?

E : J'ai grandi dans une famille d'artistes, je dessine depuis que je suis gamin, je pouvais rester enfermé des heures dans ma chambre à m'inventer des Mondes et à crayonner. Dès mon arrivée en région parisienne, à la fin des années 80, j'ai été fasciné par l'Art de rue. 

La découverte de Spray Can Art et Subway Art a réellement marqué mon intérêt pour la culture Urbaine et le Graffiti. Je prenais beaucoup de photos à l'époque, sans le numérique je me prenais la tête à faire des montages photos à la main comme beaucoup d'autres ! Encore fallait-il que les photos ne soient pas floues ! C'était la surprise du développement...

Surtout La rencontre avec Dize au début des années 90 a été l'étincelle, le début d'une véritable amitié, d'une aventure humaine et Artistique. Avec Goen (mon frére), Span, Acier et Akize on a crée notre premier crew EPN (Ecrase Pas les Nains) qui deviendra par la suite le VMD avec Kaor (Vibro Markers DeluxX). On habitait tous dans le même quartier, on passait des soirées à déconner, à dessiner et à faire des sketchs. Mes premiers graffs, mes premiers tags, mes premières sorties de nuit ! J'étais à des milliers de kilomètres d'imaginer qu'on en arriverait là ! Aujourd'hui c'est la relève, les p'tits fréros qui ont pris le relais KSF, GDV, une équipe de choc !

À cette époque, La Culture Hip Hop m'a permis de découvrir différentes disciplines à travers lesquelles je ressentais le besoin de m'exprimer ! La danse, la Musique et le Graffiti : un Cocktail Artistique Molotov à savourer sans modération !

Pour moi le Graffiti, la musique c'est avant tout une histoire de potes, une aventure Humaine. Mes potes c'est ma Famille avec lesquels j'ai grandi et auprès desquels je me suis construit. L'amitié c'est une force, une Arme de construction massive ! On partage nos passions on crée des projets ensemble, on s'encourage et on se remet en question mais on reste unis et soudés.

L'Art ça se partage... et ça Rassemble !

FC : Quelle est ta première claque visuelle ?

E : Je ne me souviens pas de ma première claque, mais je me souviens des gifles que je me suis prises vers chez moi : 90 DBC, DKA, FBI, ASA, DUC, UV... trop de Graffs et de Styles qui m'ont marqué et qui m'ont motivé !

J'ai grandi en banlieue parisienne dans le 92... sur la ligne Paris St-Lazare - La Défense-Nanterre... c'était un Musée en plein Air !






FC : Tu es un artiste aux multiples talents (graphiste, peintre, illustrateur, musicien…). Qu’est-ce qui te fais le plus "kiffer", vibrer ?

E : À vrai dire, j'ai besoin de m'exprimer dans différents domaines et sur différents supports. L'Art a ce pouvoir d'offrir un champ des possibles et sans limites ! On ne raconte pas forcément les mêmes histoires dans une chanson que dans un tableau, c'est ça qui m'intéresse et qui me fait vibrer... J'ai toujours eu besoin d'avoir plusieurs cordes à mon Arc, on se sent plus puissant quand on peut tirer plusieurs flèches en même temps !

L'important c'est de donner le meilleur de soi-même, d'essayer de se surpasser, d'aller au-delà de ses capacités... même si on tombe il faut apprendre à se relever ! 

FC : Quelles sont tes inspirations ?

E : Je m'inspire de ce que je vois, de ce que j'écoute... de ce qui m'entoure et de ce que je ressens... En réalité, je m'inspire de ce que je Vis !

FC : Tu es un mordu de bande dessinées. Que penses-tu de leur influence sur le graffiti ?

E : Beaucoup d'Artistes sont influencés par la Bande dessinée. C'est une véritable richesse graphique par la multitude des personnages, des décors, des couleurs et des textes. Une BD c'est un Film sur papier. Introduire l'illustration au graffiti est pour moi une démarche logique qui apporte un côté ludique à une pièce et plus facile à décrypter pour une personne non avertie.

Je me suis beaucoup inspiré de l'Univers des Comics, des Cartoons, des Illustrations de Loisel, de Gotlib etc... Aujourd'hui j'essaie de créer mon monde et mon histoire, je fais vivre mes personnages dans mes Graffs ou sur mes Sketchs... "The Gobnuts Story Begins !"






FC : Quelle est ta philosophie de vie ?

E : À Mort la Mort et Vive la Vie !

FC : La « Graffithérapie » c’est quoi ?

E : L'Art du Mal de Vivre!... / Allongez-vous sur mon Divan si vous voulez que je raconte ma Vie / Je suis toujours prêt pour une séance de Graffithérapie / Moi je parle de peinture sur les Murs, tu parles d'une Maladie ?! / Mon Art :  ma Drogue j'suis tombé dedans quand j'étais p'tit ! / Aujourd'hui j'peux plus m'en passer, j'ai besoin de ça pour exister / J'ai succombé à la tentation...trop dure d'y résister ! / Juste un besoin d'exorciser...mon Art un exutoire... / Dans un Monde aseptisé où l'on cherche une échappatoire...

FC : Comment définirais-tu ton style sur toile ?

E : Pour moi le Graffiti au départ est basé sur le travail des lettres, savoir maîtriser son propre alphabet pour avoir un Style reconnaissable, pouvoir conjuguer et assembler les lettres pour créer une harmonie entre elles ! La Calligraphie m'a toujours inspiré, par sa gestuelle et sa dynamique, chaque lettre a son caractère, certaines sont agressives, d'autres sont généreuses... Il existe une multitude de typographies donc une multitudes de personnages aux caractères très différents.

Aujourd'hui j'essaie de présenter sur toile un travail plus abstrait dans une démarche différente de ce que je peux faire sur les murs. Je mélange différentes techniques en privilégiant l'énergie et la spontanéité ! J'essaie d'y apporter une dimension musicale... donner du rythme et du Mouvement. Comme dans la musique j'aime ce côté improvisé et incontrôlable, cette dualité entre ce que je maîtrise et ce que je ne maîtrise pas !

Le fait de travailler avec les enfants m'inspire beaucoup, leurs "Gribouillages" instinctifs et leur façon naturelle et spontanée de dessiner ou de peindre ce qu'ils ressentent me fascinent ! Un jour en regardant un de mes tableau, un gamin m'a dit : "Oh ! Il est beau ton Gribouillage !"

Alors si je devais définir mon Style, je crois que je demanderai aux enfants : c'est le meilleur Public !






FC : Si ton style était une chanson, ce serait… ?

E : Surtout pas une Berceuse !!!

FC : Le lettrage, les couleurs… tu procèdes de quelle manière ?

E : Je dessine régulièrement, pour moi le croquis est l'étape la plus importante, c'est le squelette, la base de l'architecture : une simple esquisse peut se suffire à elle-même, c'est le côté instinctif et dynamique ! Je ne m'attarde jamais à essayer de reproduire un sketch sur mur, c'est plutôt Freestyle, j'essaie de garder une certaine énergie, un mélange de couleurs qui s'assemblent... j'ai une idée de base, je trace mon esquisse et je laisse la magie opérer... Je ne sais pas où je vais... mais j'y vais !

FC : Pour toi il n’y a pas de frontières entre la musique et la peinture. Selon toi, y a-t-il  une discipline où tu penses t’exprimer le mieux ?

E : En effet pour moi il n'y a pas de frontière entre la peinture et la musique, chaque note est une couleur qu'on accorde pour essayer de créer une œuvre originale et harmonieuse! Je prends autant de plaisir à composer une chanson ou écrire un texte que peindre une toile ou faire un Graff. J'exprime d'une manière différente ce que je ressens en essayant d'y mettre autant de Vie et autant d'énergie !

Admirer un Tableau c'est comme écouter une Chanson : les couleurs ou les mélodies dégagent des émotions, renvoient à des souvenirs que chacun peut interpréter à sa manière. 

FC : Comment voudrais-tu que les gens réagissent face à tes œuvres ?

E : Peu importe comment, l'important c'est qu'ils réagissent, chacun perçoit les choses différemment, les goûts et les couleurs il en faut pour tout le Monde! L'Art doit provoquer et susciter des réactions, je pense que c'est pour ça que les Artistes prennent des risques !

Que ça plaise ou non, je continuerai de faire ce que j'aime... Rien ne pourra m'empêcher de faire l'Amour avec ma Passion !

FC : Quelles sont tes plus belles rencontres artistiques ?

E : Mes crayons, mes feutres, mes marqueurs... et mes potes ! 

FC : Ta vision sur le graffiti, le street art en France a-t-elle changée avec le temps ?

E : Bien sûr que le Graffiti a évolué... il faut vivre avec son temps ! Personnellement je reste un peu nostalgique de ce qui se passait avant, l'époque où l'on cavalait jusqu'au libraire du coin pour trouver le dernier numéro de 1Tox ! On n'avait pas beaucoup de documentations, on allait chercher les infos à la source... Les gars existaient réellement par ce qu'ils faisaient sur le terrain par leurs productions et par leurs styles ! 

Aujourd'hui c'est différent, on peut trouver des magazines, des livres ou des DVD à tous les coins de rue ! Avec l'arrivée d'Internet tu peux rester caché derrière ton ordinateur, poster quelques photos pour te faire connaître sans avoir besoin de vivre les choses ! Ça c'est le côté Clair de la Force... Mais je remercie tous ceux qui continuent à vivre du côté Obscur ! Cependant je ne dénigre pas le fait d'avoir des plates-formes de diffusion énormes, des réseaux sociaux qui permettent de pouvoir communiquer avec des artistes à l'étranger, faire des connexions, créer des rencontres, voyager etc. Tout est devenu plus accessible, plus abordable... À l'époque c'était un mode de vie, aujourd'hui, j'ai peur que ça devienne un phénomène de mode ! 

Beaucoup d'artistes ont contribué à faire évoluer le Graffiti… certains continuent à prendre des risques, à mettre leur Vie en jeu pour faire perdurer cet Art... Pendant que d'autres se disent qu'il y a de l'argent à se faire ! Le Graffiti est l'Art du XXème siècle, il est rentré dans les mœurs... certains artistes sont entrés dans les institutions, exposent dans les galeries, dans les musées... Mais pour moi il faut savoir faire la différence : Le Graffiti ça ne s'achète pas... Mais si on peut vivre de son Art, tant mieux, moi c'est l'Art qui me tient en Vie !






FC : Est-ce que la peinture rend libre ?

E : Dans une société de consommation où l'on est bouffé par le Capitalisme, où l'on nous parle d'intérêts économiques, de pensée unique etc. Oui.

Personnellement, j'éprouve une certaine liberté dans ce que je Vis ! Quand personne ne me dit ce que j'ai à faire je me sens libre ! L'Art procure cette satisfaction de se sentir intouchable, c'est un moyen d'échapper à la pression... c'est là où je peux me réfugier quand j'ai besoin d'évasion !

Mise à part pour des commandes bien spécifiques ou des décos, où là on doit répondre à une demande à un cahier des charges, on est confronté à des contraintes. Pour moi La Liberté se trouve là où il n'y a pas de cadre, au-delà des frontières... 

FC : Quel est ton but ultime ?

E : Continuer à faire ce que j'aime... avec ceux que j'aime et garder mon âme d'enfant ! I Love You Bande de Jeunes !

FC :  Association de mots. Je te donne un mot, tu me donnes le premier qui te vient à l’esprit : 

Bombe : Pshiiiiit !

Graffiti : Thérapie !

Société : Secrète !

Paris : Sous les Bombes !

Son : Boooommm !

Family : VMD, KSF, GT, 90 DBC, DKA, CP.5, TNI.

FC : Quelles questions aurais-tu aimé qu’on te pose ? 

E : Peu importe... mais Pas celle là en tout cas !

FC :  Un freestyle pour FatCap ça donne quoi… ? 

E : S'il est encore Temps d'aller de l'avant... Dégainez vos Bombes / Restez militant, levez l'Drapeau Blanc... Sortez de vos Tombes / On a les dents longues, on a décidé de refaire le Monde... / On a laissé nos traces à des kilomètres à la ronde ! / Bienvenue dans l'Arène mais jour après jour nos Vies se dessinent / Corio dans les veines moi j'écris ma Vie à l'Encre de Chine ! / Il est encore Temps d'aiguiser nos dents, d'affûter nos Lames... / Si nos Cœurs saignent quand nos Vies s'éteignent... Rallumons la Flamme !

FC : Merci Wire !

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