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Interview de Graphic Airlines

       

Par Anissa |  Publié le Mardi 21 Avril 2015.

Le duo Tat & Vi est un crew créatif connu sous le nom de Graphic Airlines. FatCap a réussi à interviewer cette surprenante compagnie aérienne entre deux vols !




FatCap :  Qu'est-ce que Graphic Airlines ?

Graphic Airlines : Nous ne sommes pas mignons. Les personnages créés par le duo graphique que nous formons célébrent "l'esthétique de la laideur". Graphic Airliness a été crée en 2002 et nous sommes devenus les piliers de la scène street art à Hong Kong. En dehors de la publication et de la présentation de nos travaux depuis 2006, nous avons pu également concevoir nos propres produits tels que des sculptures, toyz, installation artistiques, vêtements et mobilier.

FC : Pourquoi ce nom ?

G.A.L : Notre objectif est de PROFITER DU VOYAGE ! Le travail créatif libre permet de voyager et d'apprécier la vie et la création. Nous aimons voler vers les différents royaumes de la créativité, le plaisir y est irremplaçable.

FC : Votre équipe est composée de deux personnes, qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?

G.A.L : Graphic Airlines a été créé en 2002. À ce moment- là, Tat travaillait comme designer pour une entreprise de presse. La créativité y était plutôt limitée, donc il a créé un site Web - graphicairlines - afin de publier son propre travail. Plus tard, Vi a trouvé cette plate-forme de partage, elle a alors commencé à publier ses propres illustrations. Et ce fut le début de Graphicairlines, notre objectif est de «profiter du voyage». L'idée c'est de ne pas s'inquiéter des résultats mais au contraire de profiter du processus de création.

FC : Comment avez-vous commencé ce projet ?

G.A.L : Tat a commencé avec le site en 2002. Il était à la recherche d'un espace pour publier ses propres conceptions et dessins en dehors de son travail de bureau ennuyeux. Vi a commencé à faire des gribouillis et des poupées d'argile. Elle a été influencé par Tat, et elle a rejoint GAL en 2004. Depuis 2005, nous avons commencé à coller des autocollants dessinés à la main dans la rue. Nous avons trouvé notre nouvelle vie créative dans la rue.

FC : Depuis 2002, lorsque le street-art est venu, vous avez diminué votre travail artistique dans de nombreuses disciplines. Pourquoi ?

G.A.L : Nous avons travaillé sur le street art pendant environ 4 ou 5 ans. Au début, nous nous sommes intéressés à l'art autocollant. Les autocollants semblaient avoir un grand succès dans les pays étrangers et en même temps ça nous a permis de transmettre des messages, partager nos pensées, ce qui était très amusant. Nous nous sommes demandés comment se faisait-il qu'il y avait si peu d'artistes qui font de l'art autocollant à Hong Kong? A l'époque dans la rue il n'y avait que les autocollants de Start from Zero, alors nous avons commencé à créer nos propres autocollants pour s'amuser.

Puis, sans le vouloir, nos autocollants étaient de plus en plus gros et à taille humaine. Pourquoi cette evolution ? Surement parce que la vie en ville est trop ennuyeuse et standardisée. Les espaces publics sont de plus en plus insipides et nous avons voulu ajouter quelques éléments amusants tout en prennant position contre ces publicités commerciales qui limitent le style de vie des gens dans la ville. C'est de cette façon que nous avons commencé à réfléchir aux messages que nous voulions transmettre et comment nous allions utiliser le street art comme un média.







FC : Selon vous, est-ce que le street-art a sa place dans une ville comme Hong Kong ?

G.A.L : Le graffiti et le street art sont identiques pour moi. Ils ont du mal a se developper à Hong kong peut-être parce que c'est tout simplement une petite ville, et toutes les rues ici sont occupés par des gens 24 heures sur 24! Les forces de police sont également suffisantes à Hong Kong, et vous pouvez facilement tomber sur eux n'importe où. Les gens à Hong Kong sont également trop bons pour désobéir. Ils ont été éduqués dans la peur du changement et de la désobeissance. Leur haut niveau moral leur fait oublier leurs propres intérêts. Ils ne cherchent même pas à essayer même s'ils savent qu'ils peuvent aimer ça.

La place du travail dans la société contribue aussi au problème, certains de mes amis sont trop occupés au travail et n'ont pas beaucoup de temps pour poursuivre leur vie créative. Hong Kong est une ville assez riche ce qui est également un problème, le graffiti et le street art sont nés dans les quartier pauvres là où la reglementation n'est pas trop forte. Hong Kong est relativement stricte, et vous verrez des gardes de sécurité aux coins des rues. Toutes ces choses font que Hong Kong n'est pas un endroit idéal pour le street art et le graffiti.

Cependant, pour être honnête, je ne pense pas que la police soit un problème pour le street art. Le street art est trop petit pour être détecté. Le plus grand obstacle n'est pas la police, mais la valeur que les citoyens donnent à l'art, c'est ce que nous avons appelé l'éducation artistique à Hong Kong ou le "fast food" culture de cette ville. Il en va de même pour l'industrie musicale ici, pourquoi les musiciens indépendants n'ont pas de chance à Hong Kong?

FC : Comment les gens réagissent face à vos œuvres ?

G.A.L : Il y a quelques années, le grand public était encore un peu mal à l'aise avec les graffiti et le street art, pensant que c'était juste une autre forme de vandalisme. Alors que maintenant, ils ont peu à peu accepté et les gens sont plus attentifs aux œuvres crées dans les rues.

FC : Pour vous, la société de Hong Kong rime avec... ?

G.A.L : Depuis qu'Hong Kong est une colonie, les contradictions deviennent de plus en plus grandes dans les domaines de la politique, du style de vie et de l'économie. Dans les années 70 à 90, il y avaient beaucoup de zones grises dans la société, comme les colporteurs, commerçants informels, etc. Toutes ces zones grises sont en train de disparaître, la société est de plus en plus polarisée. Les reconstructions de la ville se font trop rapidement, la richesse oriente le style de vie. La vie se résume à de longues heures de travail, le style de vie est programmé et sans surprise. C'est de plus en plus le règne de la culture fast-food, l'insécurité augmente tout autant que l'impuissance des citoyens. C'est pour ça qu'il y a tous ces débats sur l'éducation, la préservation des traditions. Les jeunes générations ont leurs points de vue et opinions politiques, ils accordent de l'importance aux cultures locales et à leur identité en tant que citoyen de Hong Kong. Certains d'entre eux sont conscients que les changements dans la société sont violents et pas forcément sains. Ils évaluent la façon dont nos vies sont dictées, comment se battre et ne pas suivre obligatoirement les anciennes valeurs dépassées.








FC : Quelle est votre relation avec le graffiti et le street-art ?

G.A.L : Le graffiti et le street art sont comme une espace de liberté, pas de frontières, pas d'approbation.

FC : Votre street-style est plus proche du «collage», comment définissez-vous votre univers ?

G.A.L : Notre univers est comme le "Yin Yang", ils sont relatifs, les deux intérieurs et extérieurs, sources d'inspiration continuelles :

  • L'influence extérieure est ce qui se passe dans la société, comme la politique et la vie des citoyens.
  • L'influence intérieure étant des éléments de nous-mêmes, comme des rêves, le monde du subconscient ou des imageries variées.

FC : Les mêmes personnages réapparaissent dans votre création, quelles sont les significations, sont-ils des figures de votre concept ?

G.A.L : J'ai d'abord eu l'idée de créer un personnage humain, qui semble vide et un peu triste. Ils n'étaient pas si gros au début. Mais ils sont devenus gros et plus gras progressivement.

Le gros visage aux grosses joues, symbolise "l'expansion". Nous voulons toujours développer tout, nous voulons étendre notre richesse, développer nos pouvoirs, nous construisons des bâtiments plus grands, vous pouvez acheter plus que nécessaire tout en gaspillant beaucoup de choses recyclables. Il représente "l'avarice".





FC : Que pensez-vous du street art dans d'autres pays, comme en France ou en Angleterre par exemple ?

G.A.L : Je pense que le street art est plus actif dans le monde occidental. Nous avons été en France et en Angleterre, et nous avons vu de nombreux graffitis dans les rues, une grande diversité de styles et de techniques. Ça vient surement de la différence entre les cultures, la culture occidentale étant plus ouverte, tandis que l'orientale est plus réservée, provoquant alors une scène artistique plus active et diversifiée.

FC : Avez-vous un street artiste favori ?

G.A.L : Blu

FC : Pour vous, faire du graphisme et du graffiti sont deux mondes à part ?

G.A.L : Je ne pense pas qu'ils soient complètement séparés, la créativité est liée d'une certaine façon.

FC : Quel genre de musique écoutez-vous ?

G.A.L : Psychédélique, Shoe-gaze, post-rock, J-Rock, K-pop, ambient !

FC : Merci au Graphic Airlines, et bon vol !

Pour vous, voici une sélection des nombreux travaux du Graphic Airlines. Enjoy !












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