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Histoire d'un mur #2

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 2 Septembre 2013.

Histoire d'un mur, suite et fin : voici le récapitulatif des 5 derniers actes clôturant l'événement nantais de cet été 2013.

A la fin de ce mois de juillet, FatCap vous a présenté le concept d’Histoire d'un Mur sous la forme d’un récapitulatif des 4 premiers actes, orchestrés par l'association Pick Up Production. Cette pièce en 9 actes nous donnait à voir chaque vendredi de nouveaux décors vaporisés sur un mur de béton créé pour la circonstance, lequel voyait s’accumuler des couches de peintures immortalisées par des photographes et des vidéastes, tous ayant une carte blanche totale. Devenue l’espace de quelques semaines résidence d’été picturale, Nantes, au travers de ce mur installé en plein centre ville, se fait le port d’attache d’un graffiti de haute volée. Les invités choisis sont tous bien connus de la scène urbaine, et ont offert aux néophytes comme aux connaisseurs un panel de styles très diversifié.


© David Gallard 


Pour l’acte 5, le Francilien Seth et l’Ukrainien Kislow, tandem que les Parisiens ont pu voir notamment dans le cadre d’une peinture en commun pour les Lézarts de la Bièvre, continue dans sa lancée poétique toute de bleue auréolée, puisque c’est une fresque marine qui a recouvert la jungle de Popaye. Les artistes mettent en scène le personnage odysséen Triton dans un dialogue muet avec un personnage gigogne, moussaillon portant un bateau en origami, lequel se métamorphose en matelot puis en capitaine de navire.

Court-métrage de David Couliau :



Il suit une courbe évolutive de vie, semblant surfer sur le courant bienveillant du dieu des océans. Le bateau à 3 mats figure sur le blason de la ville de Nantes, et la devise latine « FAVET NEPTUNUS EUNTI » signifie « Neptune favorise ceux qui voyagent ». Un double clin d’œil donc, à la ville d’accueil et à Seth dont la réputation de globe painter sillonnant le monde n’est plus à faire.


© David Gallard 


Le trio formé de l’artiste local Persu et des membres du crew CSX Velvet et Zoer, pour ce 6ème acte intitulé « Gize up will never die », a composé une œuvre graphique sur du noir dont une forme claire se dégage, rehaussée de jaune et de dégradés de gris. Le tableau ressemble à une planche de dessin technique, à mi-chemin entre la conception d’un architecte futuriste et l’imagination d’un créateur automobile sur fond de marée noire.

Court-métrage de Marc Cortès :



La forme claire est remplie de visuels et de matières composites. Il s’agit d’une carte urbaine à échelle réduite, vision d’un monde en patchwork fait de béton et de récupération. À noter, les signatures en braille des artistes ont été réalisées par The Blind, de passage sur le mur.


© David Gallard 


Alëxone joue l’acte 7 en solo sur un fond noir également, où se dessine une sorte de Guernica revisité… On retrouve dans un enchevêtrement de formes et de couleurs l’animal fétiche du peintre, un genre d’ornithorynque à la banane constante, s’ébattant avec d’autres animaux dans le sillage d’un éléphant percé de toutes parts de poignards-crayons bariolés. Ce qui ressemble de prime abord à un songe enfantin revêt des allures de conte sombre à la fois tendre et ironique, où le Dumbo de notre imaginaire est supplanté par un pachyderme toussotant qui souffre, non pas d’un chat dans la gorge (chat botté qui au passage a perdu ses santiags), mais souffle de son cœur une fièvre de…cheval !

Court-métrage de David Zard :



Dans cette ménagerie digne du cirque Barnum, on décèle le terme « EXPRESSION », le préfixe « ex » semblant marquer ce qui sort du support, une énergie vive, nuancée par la « pression » du doigt de l’artiste sur le capuchon de sa bombe aérosol. De cet ensemble caracole justement toutes sortes d’expressions imagées liées à l’animalité, rappelant fort à propos que parfois un éléphant, ça bombe énormément ! Polymorphe et polysémique, le langage pictural d’Alëxone est pour celui qui s’y plonge un recueil de bons mots et de traits d’esprits, allié à l’art de savoir raconter des histoires…


© Max Charlin


A l’invitation de Pick Up Prod que nous remercions encore pour l'accueil, FatCap a assisté à l’acte 8 interpété par deux grands « B » de la scène graffiti, Brusk et Bom.K, du crew DMV (Da Mental Vaporz).



© Max Charlin, détail du "verso" du mur, où chaque artiste a laissé une trace de son passage... Le mur complet ici.

Pour leur toute première collaboration à deux, les compères casquettés surnommés « nénés » sont partis de quatre formes ovoïdes, séparées par une ligne de démarcation leur permettant de réaliser alternativement leurs remplissages respectifs, tout en ajoutant des éléments liants entre chaque zone. On y voit des visages éclatants de formes aux tonalités plutôt froides.

Court-métrage de Charlie Luccini : 



De ces formes se dégagent plusieurs impressions contradictoires : du statique au mouvant, du vaporeux au concret, du dégoulinant au compact, les effets de matières alliés à la justesse de l’exécution renforcent le sentiment général de chaos. Un chaos dans lequel l’humain semble resté prisonnier et où seul un bouquet de fleurs et un oiseau donnent une touche d’espoir.


© Max Charlin


On peut se livrer à toutes sortes d’interprétations quant à ces quatre faces boursouflées au nez aquilin, tantôt exhibant des bouches aussi béantes que les trous noirs de l’univers, tantôt soufflant tel Eole un vent glacial aux allures d’avalanche…dieux cosmogoniques ou figures humaines symboles de notre désintégration, leurs figures nous intriguent.


Brusk vu par Max Charlin ©


Comme pour en dédramatiser un peu la gravité, pour baptiser leur bébé les deux « B », ont choisi un titre plutôt humoristique, dans la même veine que le « Nantes-la-Jolie » de Lek et Sowat ou la "Nantes religieuse" de Tilt… Néné en Perm’ à Nantes, c’est bien mieux que « Nantais sérieux ? »  ;)


© David Gallard 


Le dernier et 9ème acte s’est terminé bien évidemment en beauté avec le Rouennais Lksir, le Manceau Ryngar et le Parisien Erza. Sur un mode ludique, c’est un mur à plier que le trio a composé avec un sens inné de la découpe. Les bandes verticales recomposent 3 images une fois sur trois de la même manière que l’on fabriquerait un éventail en papier.

Court-métrage de Marc Picavez :



On peut pourquoi pas imaginer permuter ces bandes pour recréer le mur à sa façon ! On y retrouve les personnages blancs déjantés de Lksir entrecoupés des animaux chimériques de Ryngar et des calligraphies baroques d'Erza signant le nom des artistes.

Pour conclure cette « histoire d’un mur », peut-être futur mur de l’histoire de l’art urbain, c'est grâce à l’initiative d’associations telles que Pick Up que l’on voit pousser ces fameux espaces conçus pour ce type d’événements, à l’instar de celui de la rue Oberkampf (cf. notre article sur le MUR) à Paris qui tourne depuis 2003 et qui s’est exporté depuis peu dans le 13ème quai de la Gare, puis à Arromanches, Marseille, Roubaix, Mulhouse et Saint-Etienne. Le concept fait partout des petits… Ici à Nantes,  sous forme de parenthèse estivale, il offre une alternative éphémère à la création d’œuvres in situ, en plus d’une présence très prégnante de fresques graffiti intra muros de manière plus pérenne. Une parenthèse qui est loin de se fermer, notamment à Nantes où il semble que ces 9 actes se transforment en véritable série à suivre dans le futur, pour le plus grand plaisir des amateurs.


Pour voir tout le portfolio, les vidéos et textes en ligne, il suffit d'aller sur le site d'Histoire d'un mur

LA PROJECTION DE LA COLLECTION VIDEO HISTOIRE D'UN MUR "VU PAR..." sera projetée le MERCREDI 4 SEPTEMBRE A 21H30 ET 22H30 A LA CANTINE DU VOYAGE, QUAI DES ANTILLES, NANTES. ALLEZ-Y NOMBREUX !

Enfin, pour en savoir plus sur le graffiti à Nantes, 2 livres :

- Les murs de l'Atlantique, road trip Graffiti de l'Ouest, éd. ALTERNATIVES, collectif de 2006.

- Nantes Street Art & Graffiti, éd. Coiffard, par Sarah Guilbaud (nov. 2012).

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