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Voile et Street art

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Lundi 18 Janvier 2010.

La femme voilée et le street art font-il bon ménage? Voici les travaux de deux artistes qui ont basé leurs créations sur le voile musulman. Opportunisme ou revendication, provocation ou incitation à la réflexion ?

Il est courant dans ce que l'on nomme "le mouvement street art", de transmettre des messages à travers ses œuvres. C'est l'un des différents pouvoirs inhérent à l'art. Mais dans le cas du street art, les messages ont nécessairement plus d'impact du fait de leur placement dans la rue. Ainsi la campagne contre les grandes marques menée par le street artiste Zevs a animé l'opinion et les médias, les œuvres de Banksy plaisent car elles transmettent  généralement une idée intelligible, drôle ou parfois dérangeante. On se souvient par exemple de la façon dont il avait peint le mur qui sépare les peuples palestiniens et israéliens. Autre exemple bien connu, les grandes affiches de Shepard Fairey alias Obey qui détourne l'imagerie de la propagande politique... parfois à des fins politiques.

Le but premier de l'art est de créer du beau et pas forcément de transmettre un message stupide ou intelligent. Cependant il  arrive que certaines œuvres interpellent et à défaut de communiquer un message intelligible et clair, elles choquent, posent une question, ou nous mettent les pieds au mur face à nos idées reçues ou imposées...

C'est peut être le cas des deux artistes que nous voulions vous présenter BR1 et Princess Hijab.

 

 

Princess Hijab


La première artiste est Princess Hijab. Son approche parait violente et contestataire simplement car elle ne fait pas dans la couleur et la sensibilisation douce, mais plutôt dans le détournement et le choc visuel. Elle pose des voiles sur des femmes souvent dénudées présentées et imposées à nos yeux à travers les affiches publicitaires omniprésentes dans nos villes. Mais son travail ne se limite pas aux femmes, elles "hijabise" aussi les hommes. Elle a inventé les termes de "Hijabism et Hijabizing" qui définissent son action. La seule couleur utilisée est le noir, le noir dégoulinant et frappant. De prime abord, beaucoup de gens ont cru à un nouveau mouvement musulman extrémiste prônant le port du voile et un retour à la pudeur féminine. Un mouvement porté par de vilains barbus surement dangereux, ou par des féministes primaires enragées...

 

Princess Hijab 

voile street art

Photo par Antoine Breant


Il n'en est rien, en réalité Princess Hijab est un personnage crée en 2006, par un artiste parisien. Princess Hijab se définit comme une punk insomniaque influencée par différents mouvements culturels mais ne faisant partie d'aucune idéologie ou mouvement religieux et politique. Un personnage anonyme qui combat pour une cause. Laquelle exactement? A vous de juger.

Les premiers travaux que nous avons vus étaient des affiches de femmes voilées avec la mention "hijab-ad" (publicité-hijab). La polémique au sujet du port du voile islamique  déchaine les passions en France, pays qui se revendique comme laïc. Mais plus que de mettre de l’huile sur un débat glissant et enflammé, Princess Hijab veut renverser l'image du corps dans la publicité et dépasser les limites culturelles et communautaires imposées par les sociétés. Ses inspirations nous en disent long sur sa démarche: Le mouvement adbuster américain, l'anti- monde de Roger Brunet, le terrorisme visuel, les mouvements anti-consommation, Naomi Klein, la pop culture, la mode, « Le nerd-centrisme », le symbole athée, ainsi que diverses réflexions sur l'identité, les genres, l'espace public, et les règles séculaires de nos sociétés.

 

 

ph

Photo par Christophe Meires

 

ph1

 

Cendrillon dansant avec son prince charmant sur une publicité pour Walt Disney n'a pas échappé à la règle et se voit hijabisée. Le conflit visuel entre l’univers du hijab et Walt Disney ne peut laisser indifférent. Selon l’artiste son art n'est pas fait "pour la beauté de l'art" mais comme une tentative, une proposition de prise de conscience plus globale.

 

 

disney hijab voile publicité

 

 

Selon son manifeste qui date de 2006, elle veut affirmer une intégrité physique et mentale dans un monde surchargé par le terrorisme visuel capitaliste. Le droit de s'exprimer a été pris en otage par les publicitaires et la machine capitaliste, seul le street art offre la possibilité de se le réapproprier. Elle utilise le Hijab en dehors de sa connotation religieuse  comme un outil  personnel visant à mettre en évidence l'homme, la femme et la représentation du corps dans l’espace publique. Une autre idée qui s'affirme dans son travail est la liberté et l'égalité sociale. Elle tente de s’emparer des modèles afin de mettre les différences sous cloche et utilise le voile comme un dénominateur. C’est à l’intérieur de cette position ambivalente que le voile prend une tout autre dimension.


Mais plus que ces idées sous-jacentes, ce qui est intéressant dans sa démarche c'est qu'elle agit et se place en observatrice des réactions qu'elle déclenche en utilisant un outil polémique. Au lieu de transmettre un message clair, elle pose des questions. Par conséquent le spectateur peut croire une chose et son inverse, alors qu'il faut peut-être voir justement plus loin que ce conflit primaire.

Par exemple on peut croire que ces opérations veulent renverser la tendance actuelle qui utilise des femmes nues et maigres et des hommes bodybuildés pour vendre du café soluble... Mais on peut croire aussi l'inverse, que le port du hijab dans une société occidentale est automatiquement jugé comme négatif et répressif en réaction à son environnement sexuellement agressif. Ou encore qu'il s'agit de diaboliser les femmes et leurs corps libérés comme le ferait un fondamentaliste chrétien. Enfin on peut se demander vers quelles grandes idées cet art tente de nous conduire et constater que le débat peut être beaucoup plus global.  Voici pour compléter ces interprétations quelques questions qui nous viennent à l’esprit face au travail de Princess Hijab:

- A qui doit appartenir l'espace public et son pouvoir de propagande? Aux publicitaires ? Aux artistes? Aux entités politiques? Aux vandales ?
 
- Que penser des règles séculaires imposées par chaque société et son histoire dans un monde de mixité croissante et de mélange culturel communautaire inévitable?

- Comment juger la façon dont certaines communautés minoritaires sont intégrées à notre société?

- Où va nous mener cette constante évolution vers la maigreur, la nudité et la femme-objet?

 

dolce hijab

 

Princess hijab à Paris voile et street art

Photo par Kai Juenemann

 

La démarche de Princess hijab choque autant les musulmans que les laïques, les femmes que les hommes, les artistes et les publicitaires. Et c'est en ça que son art est puissant. Les symboles et la façon dont elles les utilisent posent beaucoup de questions. Notre envie de la comprendre et le manque d'explication nous offre encore plus de pistes d'explications. 

Voici quelques citations de l'artiste retrouvées sur le net. Nous les insérons dans cet article afin que les gens désirant en savoir plus puissent lire les propres mots de Princess Hijab :

« Le guérilla art est innocent, criminel, antique et dystopien, intime et politique. J'ai choisit le voile car il produit ce que l'art devrait produire : Il défie, il fait peur, et il stimule l'imagination."

"Mon personnage Princess Hijab pense que le voile n'est plus tout blanc. Elle se sent contaminé. PH continuera, voilée et seule a affirmer son intégrité mentale. Le jour elle porte un voile blanc synonyme de pureté, la nuit un voile noir qui est l'expression de son combat vengeur au service d'une cause"


Le blog de Princess Hijab


Le twitter de Princess Hijab



Princess hijab détournement voile vampire

Photo par Christophe Meires

 

Princess hijab en action

Photo par Antoine Breant


 

BR1


Le deuxième artiste est italien et se nomme BR1, abréviation pour Bruno. BR1 crée des affiches uniques peintes à l'aide de couleurs vives et découpées à la main. Elles sont inspirées d'images tirées de magazines arabes représentant souvent des personnalités célèbres du monde musulman. Il colle ensuite ces œuvres dans les rues des grandes métropoles occidentales. Jusque là rien d'extraordinaire, mis à part que ces affiches représentent toujours et uniquement des femmes voilées dans leur quotidien de femmes.

 

BR1 femme voilée affiche rue

 

Hijab street art

 

Selon Br1 le street art doit être un outil de transmission de messages sociaux et de prise de conscience entre les différents groupes humains. La démarche de l'artiste se veut donc sociale. Br1 a étudié tous les types de voiles, le voile maghrébin, la Burka afghane, et le Chador Iranien. Ca démarche se veut douce et positive, en représentant des femmes voilées en mère de famille, en copines qui s'amusent ou simplement dans des scènes aléatoires de la vie quotidienne. Il veut montrer qu'il n'y a strictement aucune différence entre une femme voilée et une femme occidentale mis à part le port du voile.

 

"La femme a toujours inspirée les artistes depuis la nuit des temps, pourquoi la femme voilée ferait exception? Mon message est de montrer que la femme voilée a les mêmes besoins et la même nature que la majorité des femmes occidentales"

 

br& street art voile

 

Ces travaux sont accueillis différemment, à Turin par exemple ils ont été reçu de manière ambigüe, on les arrache et les vandalise, ou bien on les aime et les sauvegarde. Les articles et les commentaires que l'ont peut lire sur le net au sujet du travail de BR1 sont tout aussi variés, de l'extase et l'admiration au dégout et au rejet xénophobe. Le symbole du voile est fort, et l'imagerie et les idées reçues à son sujet sont toutes aussi fortes. En posant de telles affiches dans les rues BR1 suscite et provoque une réaction vive qui ouvre la porte vers des questionnements plus profonds et parfois même des remises en question.


Pour voir plus de travaux de BR1, n’hésitez pas à visiter son flickr.

 

br1

 

 

cr1 en action de collage

 

 

BR1 et Princess Hijab font partie des artistes qui emmènent le street art vers des directions intéressantes, différentes de la simple  (mais honorable) recherche du beau, du comique, ou de l'émotion. Si vous connaissez d'autres artistes de ce genre, n'hésitez pas à nous contacter, ou simplement à participer par le biais des commentaires.

 

Photos: BR1, Antoine Breant, Kai Juenemann et Christophe Meireis

Texte : Koubiak pour l'équipe FatCap

 

1. 19 janvier 2010 19:33, par Nice Art

des images très fortes qui posent des questions...

2. 29 mars 2010 13:32, par Jen-aipas

Je pense qu'elle a juste trouvé une idée artistique simple et efficace en profitant de la polémique sur le hijab.

3. 29 mars 2010 14:18, par Vincent Morgan

Dernière pièce de Nick Walker à paris : http://www.fatcap.org/graffiti/57722-nick-walker-paris.html

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