Interviews

La faune des friches

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 10 Octobre 2011.

Délaissant le lettrage classique pour s’intéresser aux formes, l'artiste fait voyager son univers aux frontières des friches et de la rue avec une imagination sans bornes…

Saïr, peux-tu nous dire d’où vient ton blaze, tes crews, quelques mots sur toi et ton parcours graffiti ?
 
J’ai commencé le graffiti à Niort en 1999, je fais partie du VTP avec Spektr, Soat, Idas, Moris, Aupela, Ekzod, Sozen, Zobi et Ponz et du 777 avec Repaze, Dane, Rocky, 1fekt, Morve, Spektr, Omen et Cyest. 

 
Tu sembles avoir passé un cap et avoir presque abandonné le lettrage depuis un an. Pourquoi ?

 
Oui, j’ai un peu laissé ça de coté, je tournais trop en rond et je trouvais ça un peu trop narcissique de laisser juste mon nom. Maintenant, je travaille plus avec mon imaginaire et mon inconscient et la démarche est complètement différente, je me sens plus ouvert.

 

 Allemagne (juillet 2011). Du mur à la peinture…making-of.

 

Comment t’es venue l’idée de peindre sur les murs en t’inspirant de leur texture ?
 
En faisant mes lettrages, je ne profitais pas assez des lieux vierges que je trouvais. C’était comme si je faisais le même lettrage dans des endroits différents alors que je veux vraiment laisser une trace de moi, unique, dans chaque bâtiment que je découvre, rentrer en contact avec le mur, m’imprégner du lieu et pas me contenter de peindre dessus.

 

Allemagne (juillet 2011).

 
Ta peinture nécessitant de trouver des murs vierges, combien de temps passes-tu en moyenne à la recherche de lieux abandonnés?
 
Je ne passe pas vraiment mon temps à rechercher des lieux abandonnés, quand je me déplace et que je vois quelque chose qui me plait, je m’arrête et je vais peindre. Et vu que je ne supporte pas de rester chez moi, je trouve beaucoup de choses intéressantes. J’aime les murs sales, qui s’effritent au toucher, qui verdissent et plus c’est grand, mieux c’est. Ces spots me font travailler la peinture différemment, c’est beaucoup plus spontané de peindre un mur vierge que de devoir en apprêter un. L’ambiance qui se dégage de là est très forte, je peux faire ce que je veux, casser un mur, chier dans l’escalier, me défoncer la gueule, je me sens plus chez moi dans ces lieux que dans l’appartement que je loue.

 

France (avril 2010). Golbut vendômois…un « bel âtre » !

 

France (août 2010).

Explique-nous le processus qui t’amène à choisir le support adéquat?

 
Je deviens difficile, je vois beaucoup de murs vierges que je ne touche pas car je ne suis pas emballé. C’est un coup de cœur, je passe devant et PAF !!! je l’entends me supplier de venir le tripoter.


Allemagne (juillet 2011). Un punk s’écrête du mur...


 
Passé ton état des lieux, sais-tu ce que tu vas peindre ou suis-tu spontanément la forme du support, sans préparation?
 
Ah oui, c’est que de l’improvisation, c’est comme ma vie, je ne sais pas trop où je vais, mais j’avance, on verra bien…


Allemagne (juillet 2011). Perché sur une échelle rouillée pas très rassurante au-dessus d’un amas de détritus…il fallait être motivé !


 
Tu n’hésites pas à intégrer des objets alentours pour créer ta scénographie et ajouter une dimension supplémentaire. Comment qualifierais-tu ce type de démarche ? Anamorphose ? Installation ?
 
Appelle-ça comme tu veux, j’en sais rien, mais quand ça m’arrive c’est que je suis à fond dedans, que je me sens bien et que je ne me pose pas de question. J’ai une idée dans la tête et je prends tout ce qu’il y a autour de moi pour créer un ensemble et pas seulement une peinture.

Allemagne (juillet 2011). Ici ce sont des feuilles mortes qui reprennent vie sous la forme d’une queue en 3D dans le prolongement des contours.

 

 

Espagne (mai 2011). Une sorte de morse qui casse des briques !

 

Parle-nous de tes collaborations suivant cette approche particulière?
 
Ce qui m’intéresse le plus dans les collaborations, c’est de collaborer. De vraiment mélanger les cerveaux pour avoir un résultat commun. C’est très dur de se mélanger, il faut bien connaître la personne et ne pas mettre de préservatif, y aller sans retenue, sans demander « je peux passer au dessus de toi maintenant ? ». Quand on n’arrive pas à savoir qui a fait quoi, c’est que ça a marché. 

Fusion x3 avec Repaze…


 Allemagne (juillet 2011) – avec Repaze
 

Effusion de rouille avec Keyler (avril 2011)
 

Quelques bestioles en mode vandale dans les rues… 

 

Certains de tes graffs ne manquent ni d’humour ni d’audace, les organes génitaux se mêlant à des formes humaines et animales…qu’est-ce qui motive ce côté cru ?
 
Oui mes peintures peuvent être marrantes, violentes, de mauvais goût…elles me reflètent. J’y balance mes angoisses, mes frustrations, ma haine, c’est très personnel. En gros, je développe l’idée que tout le monde essaie de se bouffer et de s’enQler pour avancer.
 

Paris - ce "Sergland" a été très vite effacée par la voirie !


 
Tu sembles privilégier le tracé noir ou blanc, pour autant tu ne délaisses pas la couleur ?
 
Le noir ou blanc, c’est pour le gain de temps, et c’est aussi une question de logistique, il y a des endroits où je ne peux pas forcément aller avec un gros sac (je parle pas de Sozen [graffeur de son crew, NDLR]), et puis c’est pour aller à l’essentiel. La couleur, il faut que je m’y mette aussi mais pour l’instant, c’est de temps en temps.


 
A Valence en Espagne pour le festival Poliniza 2011


Croquis
 


Décris-nous la peinture dont tu es le plus fier ? Celle que tu aimes le moins ? Pourquoi ?
 
J’irais pas jusqu'à fier, mais je prends vraiment beaucoup de plaisir à lâcher mes bestioles dans la rue, après il y a des peintures qui ont été vraiment intenses en émotion, un truc qui se passe que tu ne vois pas sur la photo mais qui reste bien présent dans la tête (avec Tiboo et Nono à Valence par exemple et aussi avec mes potes du crew) et ça, j’en suis fier. Pour ce qui est de mes croûtes, j’en collectionne un paquet, mais je garde les photos pour moi.
 

Featuring Tiboo & Nono


 
Des dédicaces ?

Aux VTP et 777, à « Sous Pression » à Poitiers, à Ecloz et sa bande, à Benimaclet et à tous ceux et celles qui ont partagé un bout de leur vie avec moi.
 
Qu'on le trouve dans la rue ou en friche, le bestiaire urbain de Saïr interpelle par sa singularité. Ces bestioles peuvent mettre le passant de bonne humeur, le surprendre voire le choquer, mais elles se fondent si bien dans les murs que certaines pièces vandales sont toujours en place depuis des mois !

Crédits photo : Saïr / Chrixcel (Allemagne et Paris en noir et blanc). Propos recueillis par Chrixcel.


Retrouvez cet article avec d'autres photos dans le nouveau Graffiti All Starz (n°14) sortie en kiosque aujourd'hui. "GAS mag", pour les connaisseurs, est devenu au fil des numéros une vraie référence s'agissant de l'actualité spécifique liée aux personnages dans de nombreux domaines (graffiti, illustration, graphisme, etc.).

 

Dans ce numéro, on saluera le choix éclectique et original de la rédaction. Après les bestioles de Saïr (pp. 8-11), vous découvrirez également l'univers psyché de l'espagnol Malakkai, prendrez  une vraie claque visuelle avec les portraits du Russe Remo, surferez sur la vague virtuelle de la 3D de l'Allemand Mark Gmehling, découvrirez les croquis du Toulousain Paum (aka Sarin), et pourrez vous plonger dans les illustrations déjantées de Stéphane Blanquet, actuellement exposé à la Halle Saint-Pierre dans le cadre de l'expo Hey. 

 

 

Liens :
 
Saïr - Interview de Saïr sur le blog du PhotoGraff Collectif (PGC) - Repaze - Keyler

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