Covering

Rock en Inde

       

Par Vincent Morgan |  Publié le Mardi 20 Octobre 2009.

Superbe carnet de voyage rédigé par Rock pendant son séjour en Inde. Pièces et photos à découvrir.

Merci à Rock pour nous avoir fait voyager avec cet article. Vous y trouverez des photos de certaines de ces pièces réalisées avec Poch, mais surtout un récit qui vous plongera dans l'ambiance des rues indiennes.


25 Novembre 2006, New Delhi.

Aéroport, 6h du mat, décor de base secrète du méchant dans un vieux James Bond. Ma copine Vijaya, Indienne du sud, émerge brutalement dans un vacarme infernal de klaxons et de pop hindi crachée par de vieilles radios grésillantes. 20 bornes avec un chauffeur de taxi à moitié sourd qui parle en yaourt anglais et roule au milieu de la route, doublant à toute berzingue et dans le désordre des rickshaws à moteur, d'autres à pédales, des gamins qui pissent le futal aux chevilles, des vaches à bosse qui bouffent les détritus de la veille, des cars bringuebalants, des clodos octogénaires, des vélos qui grincent, des étudiantes en uniforme, un cul-de-jatte en planche à roulettes, des charrettes en bois d'un autre siècle et des "ambassador" ultra-vétustes (version indienne de la Peugeot 404 de l'inspecteur Colombo )...
 
Choc culturel... Delhi et ses hordes de gamins errants la morve au nez, ses buildings à l'architecture façon Gotham City, son trafic dingue, ses gourous étranges drapés de soie rose ornée de Swastikas, ses gargotes cradingues, ses escrocs en tout genres, son temple Sikh et sa Mosquée gigantesque, sur le parvis de laquelle des centaines de familles vivent comme au Moyen Age, dans des tentes de fortune, élevant quelques chèvres rachitiques... Retour vers le futur sans De Lorean, saut dans le temps permanent : je regarde le dernier clip de Jay Z sur MTV au Burger King, derrière la baie vitrée, une mère et ses enfants cherchent leur pitance dans les poubelles tandis qu'un troupeau de buffles transhume en plein centre ville... A la sortie, un gamin m'aborde : "You're a lucky guy man... Indian women are the best... You want some smoke? Marijuana? This is my business, man..." 12 ans et déjà un regard fixe de vieux taulard.

 

India rock road trip poch

 

nourriture indienne

 

 

rock et poch voyage en inde

 

3 décembre, Agra


Les touristes du monde entier se pressent devant le Taj Mahal, comme chez nous, des cars d'Allemands en short, des beaufs Américains et des Japonais munis du dernier Reflex Nikon viennent rendre hommage à la vieille dame en blanc... Mais aucun ne s'attarde ici. Malgré ses 6 millions d'habitants, Agra, délabrée et poussiéreuse, n'a vraiment rien pour retenir le touriste...


La tension entre Musulmans et Hindous est palpable, ces derniers les soupçonnant de recycler les vaches sacrées en kebab dès qu'elles franchissent la frontière du barrio muslim... Dans le quartier musulman, les vieux me toisent de biais et m'appellent "american", des grappes d'écoliers en uniforme viennent parfaire leur anglais avec moi et j'écourte ma visite à la Madrassa quand je vois le prof apprendre le Coran aux petits garçons à grands coups de nerf de boeuf.


Les jeunes mecs du coin sont intrigués par le couple que nous formons avec Vijaya; un Français et une Tamoul... Ils roulent leurs yeux exorbités quand je leur dis que nous ne sommes pas mariés, chose impensable ici : "In India you can't have the milk without the cow", comme ils disent. Les plus vernis d'entre eux se verront choisir une femme par leur famille en fonction de la dot, mais la plupart, éternels puceaux, ne se marieront jamais. Beaucoup de filles de familles pauvres n'atteignent jamais la puberté car comme on dit ici: "Elever une fille c'est comme cultiver le jardin de son voisin..."

 

poche et rock affiche de street art en inde

 


Je prends un vieux rickshaw pour aller à la gare. Un flic patibulaire met un coup de pression au chauffeur et monte à l'avant, les freins lâchent alors qu'on arrive à fond à l'intersection du plus grand boulevard de la ville, on tape une voiture, deux, trois, je m'accroche, quatre, cinq, six voitures, et on finit notre course en s'empalant sur les poutrelles en acier dépassant d'un camion. J'amortis lourdement le choc sur le dos du flic, mais le chauffeur s'explose la clavicule contre une poutrelle. Dans un bordel assourdissant de moteurs, de cris et de klaxons, on sort, groggy, le chauffeur, tordu de douleur, qui pisse le sang. Les conducteurs des véhicules éraflés nous rejoignent ; sûrement pour s’assurer que nous n'avons rien de cassé... ? Non, ils encerclent le chauffeur et lui collent de généreuses mandales en lui hurlant dessus. Le mec, résigné, encaisse. Ici, pas d'assurance, pas de "zéro tracas, zéro blabla", tu casses, tu payes...et si t'es pauvre, tu payes en baffes dans la gueule... L'Inde tolérante, philosophe et non violente est un mythe.

 

inde graffiti

Bombay Victoria Station

 

 

 

graffiti voyage en inde

Poch et Rock- Dadar Bombay

poch et rock street art en inde

Rock et Poch - Shaktimaan - Bombay


10 décembre, Benarès


Oui, c'est ici... Le reportage que vous avez vu à la télé... La ville aux milles temples, les marches au bord du Gange, les mecs sapés en orange qui glandent en fumant le chillum au son entêtant des cloches rituelles, les pèlerins descendus des quatre coins de l'Inde pour rendre hommage à leurs Dieux en prenant un bain dans "Mother Ganga"... Bon, tout ça, c'est pour le folklore...


Ici, des bandes de macaques antipathiques cavalent partout en poussant des cris hystériques, des chiens errants surgissent des montagnes de détritus à chaque coin de rue, des vieux essayent de vendre du shit à l'international hippie en "voyage initiatique" sur la route de Katmandu : "Good manali for you my friend !!" Puis, dans un temple gigantesque en marbre, des automates de fête foraine en fer blanc rejouent les grandes heures de la vie de Brahma, Shiva, Vishnou et leurs homeboys (incompréhensible pour le commun des mortels, les Hindous ont plus de 1500 Dieux, la plupart avatars et incarnations des 3 susnommés). Les Sadhus en haillons orange et dreadlocks (version locale du rasta, dévoué entièrement aux divinités et vivant principalement dans la forêt) me demandent du fric tous les 20 mètres et je réponds en français "Va chercher du boulot, feignasse !" (les Indiens m'ont expliqué que leurs potes deviennent Sadhus pour éviter un mariage arrangé ou tout simplement pour ne pas avoir à aller bosser). Les pèlerins en transe trouvent mille et une façons originales d'exprimer leur dévotion (en se fouettant jusqu'au sang, en faisant des centaines de bornes accroupis ou en décidant de lever un bras pour ne plus jamais le baisser...)


Sur les berges du Gange, deux esplanades sont dévolues à la crémation, on y brûle 200 corps par jour (ou on les jette directement à la flotte, ça dépend des circonstances du décès...). Les Hindous viennent ici pour mourir, se faire incinérer et déposer leurs cendres dans le fleuve sacré. Selon leurs croyances, ils brisent ainsi le cycle des réincarnations, et atteignent enfin le Nirvana.
Des petits bûchers sont élevés tous les 2 mètres. 4 ou 5 corps brûlent toutes les demi-heures, de l'aube au crépuscule. Surplombant la scène, de petits promontoires avec bancs intégrés permettent de ne rien louper du spectacle : l'odeur de viande fumée et de bois de Santal, les cheveux qui s'enflamment, la peau qui éclate et révèle les couches internes de l'épiderme, la graisse qui fond, les membres qui se déforment et se disloquent, les préposés à la crémation qui tapent sur le corps avec de gros bâtons et cassent les jambes au niveau du genou pour les remettre dans le brasier et les mômes qui jouent au cricket ou au cerf-volant à 2 mètres de ce barbecue géant. La famille du défunt semble apaisée, leur aïeul a enfin trouvé la paix et personne ne le pleure... Un chien errant, le poil gris de cendres, chipe une phalange calcinée et s'en va la déguster dans un coin plus tranquille.

 

graffiti bengalore rock poch

Rock - Santa Cruz - Bombay

 

rock inde street art bombay

Rock - Bombay

 

bosny bombes de peintures indienne

Bosny - Spraycans

 

15 décembre, Calcutta


A la gare de Calcutta, une image résume déjà la ville : brûlés par le soleil et noirs de poussière, des enfants faméliques et à moitié à poil se disputent quelques roupies. Au-dessus d'eux se dresse une énorme pancarte représentant un Indien gras comme un samosa en costume trois pièces, surmonté par cette phrase : " Obesity, the new indian problem ".

Comme dans toutes les grandes villes indiennes, l'extrême pauvreté et une middle-class arrogante et bien nourrie se côtoient. Subtil mélange d'occidentalisation assumée et de tiers-monde crève-la-dalle, la fracture sociale chère au grand Jacques est ici plus hardcore que nulle part ailleurs, alimentée par le déshumanisant système des castes, pourtant "officiellement" aboli depuis Gandhi : si, par malchance, tu nais dans le caniveau, tu finiras très certainement, comme tes enfants, dans le même caniveau... Chez les Hindous, la poisse se transmet génétiquement. Encore plus troublant ici - l'état du Bengale étant communiste comme en attestent les gigantesques statues de Lénine et Mao - les affiches du parti à l'effigie de Staline ou les manifestations quotidiennes dans le riche centre ville de la capitale Bengali (ici, même les prostituées manifestent).


Contraste de dingue entre les bidonvilles crasseux de l'ouest de la ville et le centre : une jungle exotique et moite d'où émergent skyscrapers à l'américaine et vieilles bâtisses victoriennes délavées, rendues poreuses par des dizaines de moussons successives. Bars fashion, boîtes de nuit et restos huppés sont fréquentés par une jeunesse friquée et "mondialisée". Leurs parents, représentant les plus hautes castes, me lancent des regards dédaigneux, moi, outcast dépravé fréquentant hors mariage une Indienne plus basanée que leur bonne... Scène quotidienne du racisme ordinaire dans un pays composé à 80% d'Hindous et 15% de Musulmans (Sikhs, Chrétiens et Jaïns se partagent les 5% restants), organisé en centaines de castes savamment hiérarchisées, qui jamais ne se mélangent.

 

bidon ville inde poch rock graffiti street art

Gao Devi - Andheri - Bombay

 

enfant indien

Calcutta kids, smile now die later

 

poch et rock inde

POCH & ROCK - Bombay WARRIORS street cricket team


24 décembre, Madras


Noël sous les tropiques, 40 degrés à l'ombre, cocotiers et soleil écrasant. Je suis au Mercy Home, l'orphelinat où Vijaya a passé les premières années de sa vie, reconverti depuis peu en couvent et hospice pour handicapés et personnes en fin de vie.


Moi, enfant des banlieues rouges même pas baptisé, qui ai toujours fêté Noël en famille devant TF1 et une bouteille de Coca, j'assiste à une cérémonie chrétienne dans la langue de Shakespeare, entouré de vieilles nonnes indiennes et de la petite bourgeoisie tamoul locale.

 

Le prêtre, une espèce de Patrick Bouchitey indien accompagné de sa chorale de vierges chantantes, nous entonne, entre autres, "Merry Christmas, Jesus Christ" version country digital et "We wish you a Merry Christmas" version dance millésimée 90's, TR-909 et synthés aciiiiiid en avant, le tout entrecoupé de vrais morceaux de la vraie vie du Christ (grands gestes, ton pénétré, yeux plissés, sourire ultrabrite, voix de fausset, morale pour enfants de 5 ans...et un jeu d'acteur tout en demi-teinte que ne renierait pas Tony Danza...) Surréaliste !


Lassé, je tente mollement la messe en tamil (la langue locale) du côté indien de l'église, là, au milieu de rois mages et d'animaux indéfinissables en papier mâché fluo. Une foule compacte de 300 Tamouls se retourne sur moi comme si c'était ce soir que Jésus avait enfin décidé de faire son grand come-back, je suis pourtant rasé de près...
Le lendemain, je raconte ça aux nanas de 18 ans, aspirantes bonnes soeurs et toujours de bonne humeur, qui se mettent à glousser et me disent que les autres - les Indiens - sont jaloux de mes yeux bleus et me surnomment: "the pure white beauty"... Je sais plus où me mettre.

 

 

Rock poch inde street art affiches

Poch et Rock - Bombay

 

1er janvier, Bangalore


Bangalore est la Silicon Valley du sous-continent, on y fabrique vos ordinateurs et les hotlines informatiques du monde entier ont leurs bureaux dans le coin. Les riches Indiens, ceux qui ont su profiter du récent boom économique de la région, ont réservé des tables dans les nombreux restos et clubs huppés de la ville pour le premier de l'an. Je décide de le passer dans la rue, au milieu de la foule.


22h, une contrefaçon de bouteille de Smirnoff à la main, je squatte un des bancs qui longent MG Road, la grande artère commerçante de la ville. Un million de Bangaloreans défilent en rangs serrés devant moi, 99,9% de mecs, des jeunes moustachus à moitié ivres qui dansent, chantent, gerbent et font des comas éthyliques... Minuit, une rue de 200 mètres sur 20, cernée par de lourdes barrières en métal et des flics visiblement pas très relax qui en filtrent l'entrée, bâton à la main. La parade est interdite aux femmes, trop dangereux pour elles de se retrouver au milieu d'une marée humaine de mecs bourrés de testostérone et de mauvais whisky, gavés de Bollywooderies où des bombes sexuelles inaccessibles comme Priyanka Chopra, Preity Zinta ou Aishwarya Rai dansent à moitié nues. Comme partout ailleurs, ça chante, ça danse, ça se bouscule, j'essaye de prendre des photos... Impossible de cadrer quoi que ce soit...  Un mec se met à cavaler, l'air pas rassuré, puis deux, trois, dix... En quelques minutes tout le monde court, il est minuit et quart et les flics chargent, dispersant la foule à grands coups de bâton dans la gueule... Une main m'agrippe le T-shirt et m'envoie valdinguer sur le trottoir, un flic, qui m'engueule copieusement, ne comprenant pas ce que je fous là... A côté de moi, un jeune Anglais façon supporter d'Arsenal n'a pas pu se joindre à la fête, il pèse pourtant 80 kilos bien tassés, mais il est blond et a les cheveux mi-longs: trop risqué pour lui de se mêler à la foule des frustrés, son look est vraiment trop...féminin.


10 janvier, Goa


15 heures de train à travers une jungle dense et touffue façon Kipling, à fumer des clopes, manger des chips et du chocolat, assis sur le marchepied de la porte du Yeshwantpur Express, ouverte sur un décor de vallées verdoyantes, de palmiers à perte de vue, d'oiseaux exotiques, de cascades tranquilles et de buffles paissant peinards dans les rizières... Une carte postale vivante...


Bienvenue à Goa, l'état le plus permissif et décadent de tout le sous-continent indien. Sous domination portugaise jusqu'en 1961, les autochtones ont gardé certaines traditions importées par les colons : l'alcool et la foi chrétienne. Les Goanais boivent du feni, une distillation locale de noix de coco ou de noix de cajou (en fait...un tord-boyaux infect dont le goût se rapproche de la vodka Leader Price), et mangent du boeuf (une hérésie dans un pays qui compte plus d'un milliard d'Hindous qui vénèrent les vaches...,un peu comme se taper des knacki Herta en Arabie Saoudite...), les nanas sont en bikini sur les plages de sable fin et les hippies venus glander et fumer du manali dans les sixties ne sont jamais repartis. Des forêts de cocotiers surgissent, tous les 200 mètres, de petites églises catholiques blanchies à la chaux, images désuètes d'un Mexique en toc de western en technicolor.


Ce qui pourrait être un petit paradis sur terre se transforme à l'approche des plages de Calangute et Baga en St Tropez tropical: tous les dix mètres, les enceintes des commerces de souvenirs et des boîtes de nuit crachent une euro-dance putassière à +1000 Db... Ce coin de la côte est envahi par des meutes d'Anglais tout droit sortis d'un film de Ken Loach : ganaches de videurs de boîtes de nuit de banlieue, embonpoint et biscotos, crânes rasés et tatouages de taulards au compas et stylo Bic. Tous les hooligans Mancuniens sont là, accompagnés de leurs dulcinées : des rombières décolorées, aussi distinguées en monokini qu'un rot de pinte de Guinness... Snatch à la plage... Le spectacle quotidien de deux bodybuilders obèses, épilés et Allemands, arborant de fabuleuses nuques longues et qui jouent au jokari en string pendant des heures, apporte une touche définitive au romantisme balnéaire "made in Goa".


Deux plages, deux ambiances. Plus loin, c'est Anjuna, plage des "full moon parties" et fief historique des beatnicks, travellers à dreadlocks et autres "citoyens du monde"... L'endroit rêvé pour faire une OD sur la plage, acheter un T-shirt Bob Marley, un CD pirate de trans-goa ou un bang fabriqué par des enfants Kashmiri... Ibiza cheap...


De retour à mes pénates, je tombe sur une bande de jeunes nationalistes Indiens. L'un est vêtu d'un T-shirt rouge avec, imprimé sur le torse, une swastika noire inclinée à 45° sur un rond blanc, son pote porte un T-shirt noir avec, au recto, une croix de fer, et au verso une swastika... Namasté Adolf, India über alles... Gandhi se retourne dans sa tombe.

 

rr

Honet, Rock et Poch - Bombay

 

24 janvier, Bombay


Mahim, un des quartiers-ville de la capitale économique indienne. Je loge chez Dennis, un vieux Goanais de 78 ans qui ressemble à "Paulie'', le beauf de Stallone dans Rocky. Il passe ses journées en calbut devant des matchs de cricket en sirotant nonchalamment sa bouteille de scotch quotidienne, une eau de feu locale qui a des relents de punaise écrasée...


La journée, j'aime me perdre dans la ville, qui compte "officiellement" 15 millions d'habitants... moi j'aurais dit le double... De toute façon, comment estimer la population de cette fourmilière dont la moitié des habitants fait les 3 huit dans un bidonville?


Architecturalement, c'est un immense bordel de somptueuses villas (les studios de cinéma sont au nord de la ville, et bien que le prix du mètre carré soit plus cher ici que sur les Champs-Elysées, les nababs millionnaires de Bollywood se font construire de véritables palais), de barres d'immeubles façon projects de Brooklyn, de gratte-ciel immenses en front de mer, de bidonvilles gigantesques et d'habitations de fortune (souvent juste un drap tendu) à même le trottoir, où des familles entières de paysans ayant fui la misère rurale vivent, dénuées de tout, au milieu des gaz d'échappements et des rats qui pullulent à la nuit tombée... Il n'y a pas assez de logements pour tout le monde, et ils sont 500 000 nouveaux arrivants par an. Tous font des offrandes à Ganesh, le Dieu à tête d'éléphant, dans l'espoir qu'il leur accorde des lendemains qui chantent....

 

Je traîne dans "chor bazar", littéralement "le marché aux voleurs", un bric-à-brac dingue d'électroménager hors d'âge, de pièces de bagnoles et de pop culture hindi. Je fouine pendant des heures dans des montagnes de vieux 33 tours poussiéreux et d'affiches de cinoche 60's. Les prix étant à la tête du client, je dois batailler ferme pour pas trop me faire rouler avec ma ganache de toubab... Mais bon, ça fait deux mois que j'achète des cargaisons de vinyles dans les quartiers les plus pourris de Delhi à Bangalore alors je commence à me débrouiller en négociation, autour d'un thé brûlant : "You have some R.D. Burman, Kalyanji Anandji or Laxmikant Pyarelal records? Like Anamika? Yaadon ki baarat?" Les soundtracks Bollywood 60's, c'est ma drogue, et ma connaissance de la musique de leur jeunesse rend sympas et communicatifs les papys Muslim vendeurs de vinyles ou "grammophones", comme ils disent. Je fais mes plus belles trouvailles chez Haji Ebrahim, septuagénaire barbu en djellabah et kufi, véritable sosie de l'Ayatollah Khomeyni qui semble ravi de combler mes lacunes en garage-funk hindi.

 

vinyls indien musique indienne

 

La chasse au bon son

 

Ce soir, je suis invité à dîner chez Clinton et Dominique Cerejo ; lui est compositeur, chanteur et arrangeur à Bollywood, Kollywood et Tollywood (Mecques cinématographiques du sud et de l'est de l'Inde), elle, est chanteuse playback pour les plus gros blockbusters hindi et vient de doubler Aishwarya Rai dans Dhoom 2, le Taxi 4 local. Dans son studio, Clinton m'explique le rythme stakhanoviste de la production musicale indienne: ils sont 4 dans son pool de producteurs et composent une musique de film - 5 chansons et musiques d'ambiance - toutes les 3 semaines...un film durant en moyenne 3 heures 30.


Retour à Mahim, ce quartier, si chaleureux au petit matin quand les schoolboys & girls partent étudier en uniforme, quand les mamans en sari font leur marché quotidien, et qui se transforme lentement en train fantôme dès que le crépuscule l'enveloppe...Tard dans la nuit, je sors faire des collages, à 100 mètres de Darhavi, le plus gros bidonville de Bombay. J'enduis les murs de colle à papier peint au milieu des chiens errants, des clodos, des familles d'intouchables qui roupillent sur la chaussée, des gardes armés de bâtons, des rats et des toxicos dans les vapes... Stressant...

 

rock

 

La police locale - Bombay

 


5 heures du mat, l'adrénaline est retombée et je rentre me coucher, claqué mais heureux. Demain, je reprends l'avion pour Paris, retrouver la France, sa grisaille, sa monotonie confortable, mes amis et mon chat.

Par Rocky Rock // Photos: Rocky Rock et Vijaya Leloup.

 

ii

 

Originalement publié sur Brain magazine

 

Partager sur: Twitter | Stumbleupon | Digg | Delicious | Instapaper

DERNIERES VIDEOS

Où c'est?