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RERO solo show

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 28 Mai 2012.

Rero fait son solo show à Paris du 12 mai au 23 juin. Décryptage d'une œuvre singulière, "INDOOR" vs "OUTDOOR".

Les œuvres du second solo show parisien de Rero sont visibles en ce moment à la Galerie Backslash depuis le 12 mai, et c’est l’occasion pour l'artiste de présenter son Opus (n° 29) paru aux Editions Critères, signé Samantha Longhi (sortie officielle en septembre).

Afin de suivre l’évolution de l’artiste, nous ferons régulièrement référence au précédent solo show de 2011 « Error 404 – Lien manquant » avec celle-ci, ainsi qu’avec des réalisations « outdoor » en friche.

A nous le tapis rouge ! What lies under...(= ce qu'il y a en-dessous) - 2012

Rero est un artiste atypique dans le milieu. Photographe, graphiste et activiste de rue né en 1983, s’il a fait ses premières armes dans le graffiti « classique », avec un passage par le collage d’affiches figuratives, il se détourne peu à peu de l’image jusqu’à y opposer sa négation même. Décalée, parfois provocatrice, souvent emprunte de dérision, sa démarche n’en est pour autant pas moins profondément réfléchie.

Senseless = Vide de sens (2012 - La Galerie Backslash devra encore essuyer les plâtres... ) 

D’abord par sa forme : que ce soit sur affiches ou à la bombe, ses productions sont centrées autour de mots ou d’énoncés barrés généralement en noir ou blanc en police Verdana. Les lettres qu’il peint au pochoir délivrent un message reconnaissable entre tous et constituent sa signature.

Entrepôt abandonné en Allemagne (2011) - Incroyable comme ce fatras de polystyrène rappelle les débris de la photo précédente...un renvoi de la forme au sens et au contexte de l'image !

La galerie Backslash a de nouveau suivi les facéties de l’artiste, mettant à sa disposition son espace immaculé de 250 m² sur deux étages. Ses productions, toujours aussi audacieuses et ancrées dans l’espace, marquent sa réflexion constante sur le concept qui est au centre de son art : la négation de l’image.

Photomontage : Flyer 2012 + Expo 2011

Réflexion au 1er degré d’abord, comme le suggère le flyer de l’exposition composé d’un texte barré à l’envers, lisible grâce à un encart chromé faisant office de miroir. Il fait écho à l’installation de l’expo précédente (2011) « Vide de Sens », dans lequel l’énoncé se reflétait dans des pans de glace posés au sol. Ici et ailleurs, il y développe une certaine vision du monde contemporain, de ses codes et de ses clichés.

Photomontage : lors de son précédent solo show, Rero avait cassé tout un pan de mur sur lequel il avait pochoirisé successivement 3 mots : Information - Réaction - Révolution. Un mur palimpseste, en somme...


Allemagne (2011) - Le palimpseste (du grec ancien palímpsêstos, «gratté de nouveau ») est un manuscrit écrit sur un parchemin préalablement utilisé, et dont on a fait disparaître les inscriptions pour y écrire de nouveau. Cette méthode fut utilisée au Moyen-Âge, surtout entre le VIIe siècle et le XIIe siècle, par des copistes qui, le parchemin coûtant cher, réutilisaient d'anciens manuscrits pour y copier de nouveaux textes. Pour cela, les vieux manuscrits étaient préalablement désencrés ou effacés grâce à de la pierre ponce.


Le terme grec « eidolon » a donné le mot idôlatre. C'est ce qu'on voit comme si c'était la chose même, alors qu'il ne s'agit que d'un double. Rero souhaitait ainsi rappeler ses interrogations sur la négation de l'image liée à l'informatique (WYSIWYG et ERROR 404) et l'étendre au milieu réel avec un terme issu d’une langue ancienne.

Trois bustes réalisés avec Stéphane Parain (2012) - moulages en plâtre d'après loriginal d'Antoine Coypel au Louvre (peintre officiel de Louis XIV)

Il confronte ainsi deux champs sémantiques (image jpeg = Modernité / eidolon = Antiquité) renvoyant à deux univers esthétiques. Les 3 bustes et le banc de musculation en marbre de Carrare en sont les meilleurs exemples.

Photomontage : Sanatorium abandonné (2010) / Expo 2011

Son acronyme fétiche, « WYSIWYG » (“What You See Is What You Get” = présentation à l'écrit telle qu'à l'écran), notamment nom d’un logiciel de traitement de texte, challenge l’eidôlon, dans le sens où ce qui est obtenu à l’écrit n’est pas forcément conforme au texte qu’il veut présenter.

Loading…(Allemagne, hangar ferroviaire abandonné, 2011 /Paris 2012)


Error 404 (Base militaire en semi-activité, 2010 / Paris 2012)


L'application a quitté inopinément.../ The installation failed (Paris 2012 / Sanatorium desaffecté, 2010) - 2 assises mises à mal...


Ces doubles coexistent dans des univers aux antipodes l’un de l’autre : rue, galerie…les photomontages les montrent en parallèle et permettent à tout un chacun d’y trouver (...en substance !) un sens dans leurs contextualisations respectives.

Ces 4 machines à écrire anciennes, ancêtres de nos claviers, déploient des bandes de papier découpé sur lesquelles est inscrit à l’infini le texte copié-collé de Feuerbach écrit en préface de La société du spectacle du situationniste* Guy Debord. :"(…) Et sans doute notre temps (...) préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être...Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré…"

Sur ce photo-montage, la découpe du milieu montre un empilement de papier brûlé dans un abattoir abandonné. Une tranche de vie de l’artiste en Allemagne.


Rero photographiant sa pièce au beau milieu d'une chapelle allemande délabrée (2011) / Expo 2011 : de vieux livres éparpillés sur le sol composent l'installation "Page Not Found" (Lien manquant).

L'eidôlon est un visuel porteur d'illusion, par opposition à l’idée. En développant une « idée de l’image », peut-être Rero tente-t-il d’atteindre une forme belle et vraie ?

Quoi qu’il en soit, l’exposition a été un franc succès ! Aussi bien accueillie par le public que les institutions et les collectionneurs, l’expo est déjà « Sold out ». Nous en avons présenté une sélection pour vous en donner un avant-goût. La seule chance de voir toutes les œuvres de visu et in situ est donc de vous rendre à la Galerie Backslash, elles y sont jusqu’au 23 juin !

S’il y a une fin à tout, chez Rero une fin barrée n’en est pas une…Rendez-vous pour un duo show avec DELTA à Bâle en juin et une expo solo : NATURE MORTE/ STILL LIFE avec des interventions dans la nature en juillet avec ENVRAC.

Texte + photos : Chrixcel.


La Galerie Backslash est ouverte du mardi au samedi de 11h à 19h au 29 rue Notre-Dame de Nazareth, Paris 3ème.

Antonin Giverne sort Hors du Temps 2 aux Editions Pyramid au mois de septembre avec Rero inside.

***

Voir auusi, interview sur Artisitk Rezo & Video Canalstreet.

*Situationnisme  :

Le situationnisme désigne un mouvement contestataire philosophique, esthétique et politique incarné par l'International situationniste, "plate-forme collective", fondée par huit artistes en 1957, lors de la conférence de Cosio d'Arroscia. 

Dans son document fondateur, "Rapport sur la construction de situations..." Guy Debord (1931-1994) exprime l'exigence de "changer le monde" et envisage le dépassement de toutes les formes artistiques par "un emploi unitaire de tous les moyens de bouleversement de la vie quotidienne".

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