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Piqûre de rappel

       

Par Marie |  Publié le Jeudi 26 Janvier 2012.

Aujourd'hui reconnu, le graffiti n'était pourtant pas parti pour. Retour dans les années 70, quand le métro new-yorkais est devenu un tremplin pour une carrière artistique.

Comment au cours des années 70 le graffiti est-il passé du métro aux galeries ? Qu’est-ce qui a poussé un public non connaisseur et réticent à s’intéresser au graffiti jugé à l’époque comme une « sous-culture » ?

Tout d’abord, tous les graffeurs n’aspiraient pas à être exposés en galerie. Pendant que Jean Michel Basquiat, Keith Haring ou Kenny Scharf entraient dans le business artistique, aimés pour leur démarche décalée et nouvelle, d’autres ne recevaient pas la même attention. Nous parlons ici des graffeurs et des taggeurs qui ont étayé leur art dans le métro comme Zephyr, Lee Quinones, Blade, Futura 2000, Crash, Seen, Dondi pour ne citer qu’eux.

Leurs travaux étaient attribués à une culture populaire et non à une forme d’art. Ils ont ainsi pris des chemins différents des artistes sortis d’écoles d’art et ancrés dans les règles établies. Cette distinction entre artiste et voyou graffant dans le métro a d’abord été faite par les critiques de l’époque.

Daze disait : « Le graffiti était une langue que les critiques voulaient apprendre au niveau superficiel, ils ne voulaient pas la parler couramment. »

Les travaux des graffeurs dans le métro n’étaient donc pas pris au sérieux.


Zephyr

 


Zephyr

A l’époque, le tag représentait l’expression de son identité, il s’agissait d’afficher son nom, de faire passer son propre message. C’était le moyen d’expression d’une population défavorisée avec l’utilisation de la couleur comme base fondamentale. Il n’y avait alors pas de frontière entre l’artiste et son œuvre. Cette nouvelle forme d’expression artistique n’était pas conventionnelle, il n’y avait pas d’apprentissage, ces artistes ne sortaient pas d’une école d’art comme ça a été par exemple le cas pour Keith Haring et Kenny Scharf. En conséquence leur travail n’était pas compris comme artistique par les critiques, aucune reconnaissance ne pouvait être ainsi portée.

De plus, ces travaux étaient réalisés par une population métissée, enfermée derrière une étiquette étrangère. Or ces personnes ont voulu affirmer leur identité, et ce au sein de la ville face à toute la population. Au départ en affichant leur nom partout, puis en imposant la couleur pour égayer leur environnement. Personne ne s’en est rendu compte sur le moment, mais ces graffeurs et ces taggeurs étaient en train de créer le plus grand mouvement artistique populaire, tous siècles confondus. Il n’y a pas eu plus authentique et plus sincère, leur œuvre c’était eux et la façon dont ils se figuraient dans la ville à travers différentes typographies et couleurs.  

 


Crash

 


Crash

Personne ne comprenait alors l’émergence artistique de cette « sous-culture », il a fallu que ce soit des journalistes, des critiques d’art qui disent « Regardez, c’est de l’art, c’est authentique ».

En 1972, Hugo Martinez fonde l’UGA (united graffiti artists) et expose ces nouveaux artistes à la Razor Gallery de New York. Cette première reconnaissance déclenchera un tout nouvel intérêt, avec notamment Norman Mailer journaliste lauréat du prix Pulitzer qui écrira en 1974 « The faith of graffiti ». Un essai à la gloire du mouvement graffiti.

La machine fut ainsi lancée et ceux qui ne voyaient que des jeunes rebelles en mal de reconnaissance ont vu alors des artistes émergents, porteurs d’un message simple, universel et percutant.

Dans la société, les professionnels de l’art, les amateurs et tous les intéressés sont la plupart du temps guidés par des conventions et des références culturelles établies.

Auraient-ils porté cette même attention si on n’avait pas relevé la qualité de travail de ces artistes sortis tout droit de la rue ?


Blade

 


Toile de Blade

Les graffeurs du métro ont donc dans un premier temps été assimilés à une culture primitive et intuitive. Ces artistes « primitifs » au langage simplifié offraient une vision hors des terrains artistiques connus. Ce fut alors le moyen pour le public initié de s’ouvrir à cette nouvelle culture en oubliant tout déterminisme social et en s’appuyant sur l’importance de la mixité et de l’homogénéité dans l’art.

C’est également dans le caractère illégal et contestataire que le graffiti dans le métro a aussi soudain plu. A New-York, il s’agissait pour les professionnels de montrer une jeunesse pleine de ressources qui ne passait pas par les codes établis pour réussir et s’affirmer face au public, ce fut tout aussi plaisant et convainquant.


Futura 2000

 


Toile de Futura 2000

L’apparition du graffiti dans les galeries ne se fit vraiment que dans les années 80, les premières galeries à tenter l’expérience à New York étant la Razor Gallery, la Fun Gallery et la galerie Fashion Moda. Les artistes issus du métro avaient enfin la possibilité de vivre de leur art, après avoir conquit chacun dans leur propre crew l’ensemble du métro new-yorkais, du Bronx à Brooklyn. Après le métro, ils exposaient sur toile en galerie sans pour autant abandonner leur premier support. Dixit Dondi, il s’agissait d’un « nouveau dépôt ». Lady Pink disait également : « Nous faisons notre propre pub, largement et fièrement ».


Dondi

Alors que les autorités de nettoyage de New York lançaient en 1973 une première grande campagne de nettoyage, les artistes ne pouvaient que continuer à affirmer leur art en développant de nouveaux styles et procédés. Plus personne ne pouvait les arrêter. Le critique d’art Richard Goldstein résumait d’ailleurs bien la situation :

« L’essentiel dans le graffiti ce n’est pas sa force de destruction mais de cohésion, sa capacité à réunir toute une génération de gosses issus des classes populaires dans une expérience à la fois positive et délinquante. »


Lee Source photo

 


Lee Source photo

 


Lee Source photo

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