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Projet P.U.L.

       

Par Chrixcel |  Publié le Jeudi 25 Août 2011.

La Ktha Compagnie a initié un projet axé sur la thématique de l’art urbain sur plusieurs mois qui a mobilisé 50 artistes de tous bords.

La Ktha est une compagnie de théâtre composée de 5 personnes qui travaillent sur des textes non écrits pour le théâtre. Pour certaines représentations, elle utilise l'espace urbain dans sa scénographie. Un gros travail de fond mené par la Ktha pendant 6 mois a consisté dans la mise en place d’une base de données regroupant le panel de ce qui a en été le leitmotiv :  les Petites Urbanités Libres (« P.U.L. »).

 

La Fermière Générale, par Aurélie Haberey & Elenn Mouazan

 

Qu’est-ce qu’une P.U.L. ? Concrètement, il s’agit d’un espace, d’un lieu qui pour des raisons tant mystérieuses que cadastrales présente une vacuité. Charge aux 50 artistes participant à l’aventure de combler ce vide avec une œuvre, une installation, une performance…Le tout avec l’autorisation des propriétaires privés car en effet, ces « P.U.L.», bien qu’à l’ordinaire on n’y prête guère attention, sont aussi des Propriétés d’Usagers Lambdas, et donc pas si libres d’occupation que ça. Chacun y voit ce qu’il veut, un creux, une faille, un trou poétique, ou tout simplement un abri pour ceux qui n’en ont pas, quand la dure réalité des villes rattrape celle où l’art peut se frayer une place.

 

Les fils conducteurs du Bureau des P.U.L. basé à Confluences est mis en place dès janvier 2011. Il constitue en soi une oeuvre d'art et la 1ère P.U.L.

 

Dans un cercle de 500 mètres autour de Confluences, les curieux et riverains sont venus découvrir les P.U.L. le 25 juin dernier pour une journée unique en son genre. Des visites guidées partant de Confluences avec un plan offrant le choix de 8 parcours «balisés » de P.U.L. ont attiré pas moins de 3000 visiteurs. Nous avons posé quelques questions à la Ktha.

 

Comment vous est venu ce projet de grande envergure ? Quand a-t-il démarré ?

Le projet est né de discussions au sein de la Ktha en septembre 2010 suite à la découverte d’un interstice absurde à taille humaine le long du mur de l’hôpital Saint-Antoine dans le 12ème à Paris. Dès fin octobre, le projet commence à se dessiner clairement. Il débute en janvier par une première « réunion plénière » qui rassemble les premiers membres de l’équipe. Le site internet dédié au projet est mis en ligne début février. De janvier à juin, l’équipe grandit, le projet se précise par un processus de décisions collectives et la logistique se met en place.

 

  

"Double face" - Installation avec matelas et objets intégrés, bd. de Charonne, par Amilcar Packer.

 

Quelles problématiques ont été soulevées au cours de son avancée?

La tâche était immense, elle a demandé une organisation colossale, un budget et des délais de réalisation très serrés. Un dossier de 86 pages a été constitué et posé à la DGEP (Département de la Gestion des Etablissments Privés,) avec l’appui très précieux du Festival Et20l’été. Appui sans lequel une bonne partie des autorisations aurait peut-être été refusée. Les rapports avec les privés (copropriétés pour la plupart) ont été extrêmement chronophages, mais au final positifs.   

 

Beaucoup de passants se sont prêtés au jeu de la photo instantanée proposé par Louve Delfieu. Ce rallye photographique s'intitulait "Du vide à la vie". On ne pouvait pas mieux trouver pour une performance située "rue des Charognes"...ça ne s'invente pas !

 

Quel a été l'accueil réservé aux artistes, et particulièrement celui des riverains ?

Le rapport avec les voisins des œuvres s’est admirablement passé. Sur la totalité des sites, les artistes et techniciens ont reçu un accueil très chaleureux et souvent de l’aide (fourniture d’électricité, ravitaillement spontané en eau, en nourriture, en ombrelles…) toujours accompagnée d’encouragements et de sympathie. Les habitants étaient visiblement très heureux de l’évènement.

 

"Origine éthérée" - une devanture recouverte de papier blanc, invitation à l'expression libre et au crayonné, imaginée par Matt Coco & Valère Mouchet.

 

La plupart des participants ont été des bénévoles. Quel soutien concret avez-vous obtenu des institutions en place ?

 

Il faut souligner en effet le très grand investissement bénévole et l’exploitation à répétition de ressources privées qui ont « sauvé » le projet. Mais sa réalisation n'aurait pas été possible sans l'accueil de Confluences et l'aide précieuse et financière de la Mairie de Paris et la Mairie du 20ème, dans le cadre de son budget alloué pour le Festival Et20l’été.

 

La Mairie du 20e a été un partenaire particulièrement efficace concernant le suivi des dossiers de demandes d’autorisations d’interventions sur la voie publique, ainsi que sur tous les liens avec les services municipaux, allant jusqu’à débloquer indirectement des situations problématiques.

Nous avons bénéficié d'une aide à la résidence signée avec Confluences, le soutien de la DRAC IDF, et un partenariat logistique avec 2r2c (Coopérative de Rue du Cirque).

 

Vincent Pfrunner, architecte et photographe, et son "Luftmensch", une espèce de monte-en-l'air, réalisé avec Laetitia Lafforgue (Collectif Liebeville).

 

"La blanchisseuse" - installation faite avec 5 lessiveuses et ustensiles, en hommage aux travailleuses des Bateaux-Lavoirs du 19ème siècle, par Catherine Poulain.

 

 

Joanne Lellouche, "tricote des PUL" à coups de "Dentelle urbaine".

 

 

"L'éclaireur" sur son podium, par Bronze.

 

"Citadin Ring" - Compagnie Nawel Oulad (performance participative avec les passants).

 

Quel bilan retirez-vous de cette aventure ?

Sur un total de 243 petites urbanités répertoriées, 39 œuvres ont été réalisées. On dénombre 3000 visites le 25 juin, et près de 8000 visites du site internet dédié aux P.U.L. 15 parcours guidés ont été organisés sur 8 trajets différents (comprenant chacun une petite dizaine des œuvres de l’exposition) pour un total de 250 personnes.

 
 
 
Chvës au travers de son "Palimpseste" invite les passants à réécrire la ville.
 

Nous avons fait imprimer un catalogue à 350 exemplaires destiné à l'équipe et à la vente au public. Ce catalogue, sous la forme d'un jeu de cartes, répertorie les P.U.L., les oeuvres et présente chaque artiste en quelques lignes. C'est l'objet-témoin de l’exposition.

Le bilan global que nous tirons est très positif car le projet est une réussite, il remplit ses objectifs en termes qualitatifs autant qu’en termes quantitatifs. L’utopie de départ – l’organisation collective, la mise en place d’une exposition sans sélection des œuvres – se révèle à l’usage réalisable, pertinente.

 

"La chambre de contemplation", par Magali Mascarello. Avec ces cagettes, cette installation rappelle les terrasses de l'immeuble du fond...on y découvre avec surprise une baignoire dans laquelle tout un chacun peut se reposer, méditer ou tout simplement prendre un bain de soleil !

 

 

Deux passants pris dans les "Pictobulles nomades" de Cécile Yess, qui utilise les anfractuosités murales pour y peindre à coups de morceaux de tulle.

 

Cela vous a-til donné envie de poursuivre vos initiatives dans ce type d'événements ?

Malgré le plaisir que nous avons eu à réaliser les P.U.L., nous n’envisageons pas, à court terme, d’organiser une deuxième édition du projet. Par contre, nous réfléchissons à d’autres actions, toujours collectives, toujours axées sur l’espace public…

Dans l'oeil du CyKlop !

Un grand bravo et merci à la Ktha, ainsi qu'à tous les participants ! Retrouvez la liste complète des artistes et participants au bas de cette page.

 Texte et photos : Chrixcel, propos recueillis auprès de Guillaume Lucas de la Ktha.


Pour aller plus loin

Confluences, Maison des Arts Urbains

Un article du le site de la Maire du XXème.

Le site de la Ktha.

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