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Graffiti cinéma

       

Par Marie |  Publié le Mardi 27 Décembre 2011.

Depuis ses débuts dans les années 70, le graffiti n’a pas seulement laissé ses traces sur les murs de nos villes, entre reportages et films, le grand écran y est aussi sensible.

Comment laisser son empreinte pour que cette dernière soit vue encore des années plus tard malgré son caractère éphémère ? En photographiant… et en filmant aussi.

Martha Cooper et Henri Chalfant, pionniers de la photographie graffiti, ont réalisé les meilleurs témoignages visuels de l’époque notamment avec la bible de la bible « Subway Art ».

Mais qu’en est-il des vidéos ? Car il y en a eu, et pas des moindres. Dès les années 80, il y avait déjà cette volonté de rendre le graffiti et ses acteurs comme sujet de fascination à travers le monde. Il fallait dès lors montrer que le graffiti n’est pas que vandalisme, éternel conflit avec la police et uniquement mauvais genre.


Il était aussi question de cela : préserver des preuves et des actions montrant le travail des graffeurs, leur style, leur mode de vie et leur enjeux.

Pour filmer les graffeurs et les taggeurs dans leur périple, il fallait alors prendre tous les risques, ces artistes n’ont pas été approchés tout de suite.

L’un des premiers reportages filmés a été « Style wars », réalisé par Tony Silver et Henri Chalfant. Ce documentaire relate tout l’âge d’or de la culture graffiti du New York des années 80. A travers les témoignages des acteurs du mouvement comme par exemple Dondi, il s’agit d’un hommage et en même temps d’un repère historique pour tous les initiés qui a d’ailleurs été récompensé au Sundance Film Festival en 1983.

"Style Wars" Part 1

Inspiré par l’ambiance du Bronx, Charlie Ahearn réalise à la même pèriode « Wildstyle », une ode à la culture hip hop incluant le rap, le break dance et le graffiti. Avec la participation du Rock Steady Crew, de Busy Bee Starski et Grandmaster Flash, Charlie Ahearn met en image un mouvement jubilatoire avec ses multiples facettes.

"Wildstyle" Teaser

Ces témoignages vidéo contribuent à diffuser le mouvement en Europe et deviennent ainsi des références, montrant également l’envers du décor avec la forte répression des autorités.


Carl Weston est bien placé pour le savoir. Auteur de « Videograf », série de vidéos d’artistes en action dans la rue, dans le métro, dans les chantiers ou sur les voies ferrées ; ses bandes ont été saisies par la police et rendues après 4 ans de bataille judiciaire acharnée.

Dans les années 90, les vidéos vandales sur support VHS connaissent un âge d'or considérable. Réalisées par les artistes eux-mêmes, ces vidéos leur permettent de faire partager leurs expériences et de diffuser leurs styles.

Exemple ici avec "Dirty Handz", "War" et "Surveillance".

"Dirty Handz-Destruction of Paris"

 


"War" Part 1

 

Extrait "Sous surveillance"

Cette époque marque considérablement le paradoxe entre l’essor total du mouvement et la guerre anti-graffiti déclarée par la police.

En France les documentaires sur le graffiti se développent de plus en plus avec notamment "Writers", réalisé en 2004 par Marc Aurèle Vecchione et raconté par l'acteur Vincent Cassel. Ce documentaire retrace l'histoire du graffiti à Paris de 1983 à 2003, avec des images d'archives qui permettent de comprendre l'évolution du mouvement en même temps que ses principaux acteurs.

"Writers" Part 1

Plus récemment, Jon Reiss a réalisé en 2010 le documentaire "Bomb It" qui met là encore l'histoire et l'évolution du mouvement graffiti en avant, mais cette fois à un niveau international avec la participation d'artistes comme Os Gemeos, T-Kid, Shepard Fairey, Blek le Rat, Revok, Zephyr, Faith47, Ron English ou encore Cope2. A noter de plus la réalisation d'un deuxième volet, qui présente d'autres artistes comme Ash, Know Hope, Thor et Twoone parmis beaucoup d'autres.

"Bomb It" Teaser

Représentant l’incarnation de la rébellion urbaine, très proche de la société, ces films spécialisés récoltent de très bonnes audiences avant leur apogée au début du siècle avec les ventes de DVD. Exemple avec « Infamy », réalisé par Doug Pray et Roger Gastman en 2007. Ce film montre des artistes comme Enem, Jase et Saber dans le danger constant de leurs interventions, avec les risques que cela implique pour leur propre vie.

"Infamy" Part 1

Après les documentaires, le graffiti est intégré à la fiction. Le cinéma tente en effet une nouvelle approche du mouvement qui savoure l’engouement d’un public de plus en plus large et de moins en moins réticent.

En 1962, « West Side Story » l’emblématique comédie musicale de Robert Wise et Jérôme Robbins avait déjà intégré cette nouvelle culture au film. Ce dernier met en scène deux gangs rivaux new yorkais, les Jets et les Sharks, qui défendent leur territoire en inscrivant notamment sur les murs leur nom de gang. Leur slogan est cependant le même : « la rue est à nous ». Dans le générique du film la liste des acteurs et de l’équipe est clairement affichée en tag, cette écriture rappelle d’ailleurs étrangement celle d’un certain SAMO (Jean Michel Basquiat).

Avec un regard antérieur, les réalisateurs intéressés par le mouvement dressent le portrait d’une génération contestataire qui revendique la liberté de s’exprimer.  

Ancrée dans cette culture venue tout droit de la rue, cette génération aspire à l’extrême et à la prise de risque.

Par exemple Benjamin Morgan, auteur d’«Against the Wall : Quality of life » (sorti en 2004), met en scène l’expérience personnelle et humaine du quotidien pas toujours rose de deux graffeurs. Il s’agit là d’une approche presque anthropologique du mouvement.

"Quality of life" Teaser

En 2010, le réalisateur allemand Florian Gaag met en scène dans le film "Whole train" une bande de 4 graffeurs qui n'ont qu'un but : repeindre la ville selon leurs codes créatifs avec face à eux une bande rivale. Là aussi le quotidien pas toujours rose des graffeurs est mis en avant.

"Whole train" Teaser

Si le graffiti a eu son heure de gloire à travers les documentaires et les films romancés ces 30 dernières années, le street art est quant à lui porté sur les grands écrans par les artistes eux mêmes.

Le premier sur la liste est évidemment Banksy qui a créé la surprise l’année dernière avec « Exit through the gift shop», qui met en avant le travail des artistes dans la rue et notamment celui de Mr Brainwash.

"Exit trough the gift shop" Teaser

JR a suivi la marche avec « Women are heroes » reportage tiré de son projet sur les portraits de femmes des favelas au Brésil.

Plus récemment, la chaîne britannique Channel 4 a diffusé « Graffiti wars », un documentaire sur les conflits actuels entre gangs rivaux de graffiti, avec entre autre King Robbo et Banksy.


Le dernier film en date est « Ouside In », réalisé par Alex Stapelton en lien avec l’exposition « Art in the streets » de l’été dernier au MOCA de Los Angeles qui expose les processus créatifs des artistes représentés comme Shepard Fairey, OS Gemeos, Revok, Futura 2000 ou encore Risk.

Il ne reste donc maintenant que les séries télé, et encore les « Simpsons » ont déjà mis en scène Bart taggant avec le blaze « El barto »…

Ces films et ces documentaires sont le témoignage d’un travail de fond, d’une pensée commune mais surtout de toute une époque.

Ancré dans notre société, le graffiti est la preuve qu’au delà du type de murs, dans une rue, dans une galerie ou au cinéma, les messages passeront toujours.

Si vous connaissez d'autres films ou d'autres vidéos documentaires, n'hésitez pas à poster les liens!

 

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