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JBC - Interview

       

Par Chrixcel |  Publié le Mercredi 8 Avril 2015.

JBC s'est distingué début février en rhabillant pour l'hiver une cabine téléphonique sur les Champs-Élysées en pleine journée, filmé par l'équipe de vidéastes OAOFB.

FC : Qui es-tu JBC ?

JBC, artiste urbain, 32 ans. Spécialisé en collages.

FC : Raconte-nous tes débuts dans le street-art ?

J'ai commencé il y a 3 ans de manière informelle, sans prétention aucune. Je sortais dans les rues à la nuit tombée avec un ami qui s'essayait au pochoir. Nous partagions le même goût pour une militance un peu « underground ». Je collais des affiches qui de loin pouvaient être prises pour des affiches politiques. C'était un hobby qui allait aussi de paire avec l'exploration des rues de Paris.

C'est en voyant les quelques réactions positives que cela a suscité dans le petit monde de l'art urbain que j'ai progressivement été pris au jeu. Depuis, je me considère comme un addict au street-art, chaque projet terminé me pousse vers le suivant. Je ne fais plus trop de « saupoudrage » de petites affiches comme je le faisais. J'essaie de surprendre le public avec une œuvre longtemps préparée à l'avance, d'accroître mes ambitions et mon degré de pertinence.

FC : Tu t'es donc mis au street-art tardivement. Que faisais-tu avant ?

J'ai une pratique artistique qui date de mon enfance. J'ai aussi été étudiant pendant longtemps, de ces personnes qui arrivent sur le marché du travail bardées de diplômes mais sans aucune compétence pratique. Après quelques mois de chômage et d'expériences pro décourageantes, j'ai décidé de reprendre mon destin en main. C'est à dire réaliser un vieux rêve, celui de pratiquer de l'art à plein temps. Et en faire un véritable projet de vie.

FC : Pourquoi avoir choisi la rue ?

Il ne s'agit pas d'un choix à proprement parler. C'était un hasard, une expérience spontanée qui visait à prendre la rue pour ce qu'elle est :  un vaste lieu d'exposition gratuit pour les artistes, sans limite d'espace et de disponibilité horaire. La rue édicte aussi ses codes, parfois durs à digérer, quand par exemple une œuvre qui a été élaborée depuis plusieurs jours disparaît moins de 24h après avoir été collée. Mais c'est ainsi. Au-delà de ces aspects pratiques, la rue a toujours été saisie en tant que véritable tribune par les citoyens et doit continuer à l'être. En Europe nous avons la chance d'avoir une rue vivante, chargée de piétons qui sont autant d'esprits capables de juger et analyser les informations que l'on y dépose. Je dis cela après avoir passé quelques semaines dans un pays où la voiture est reine : le street-art ne peut pas avoir le même impact, à moins d'avoir les moyens de créer des œuvres gigantesques.

Collaboration avec Gregos

FC : Tu sembles hésiter entre le pinceau et le dessin assisté par ordinateur (DAO). Comment décrirais-tu ton style ?

Du collage assurément puisque je ne fais ni pochoir ni bombe. Après, quel genre de collage, c'est plus difficile à dire puisque les supports varient, même si je fais de plus en plus d'objet urbains (ce qui ne veut pas dire que dorénavant je ne ferai plus que ça !). D'un point de vue strictement graphique, je mène trois démarches en parallèle : un travail purement numérique ou je suis à la recherche d'effets graphiques que seul Photoshop me permet d'obtenir. C'est notamment ma série sur les dieux afro-cubains destinés à l'impression sur PVC, ou certains collages. Il y a ensuite un travail au pinceau, très segmenté, que l'on retrouve sur certaines œuvres de rue et des petits formats. Enfin, il y a cette tentation vers le minimalisme et les répétitions typographiques. Je ne sais encore si ces trois pratiques vont se rejoindre ou si l'une des trois prendra le pas sur les autres. Pour l'instant je travaille selon mes envies.

FC : Après les collages sur murs, tu sembles t'orienter vers des collages sur mobilier urbain. Pourquoi cette évolution ?

Le street-art n'a jamais eu vocation à se cantonner aux murs. Il doit sans cesse repousser ses limites en terme de supports, de ressources graphiques. Le mobilier urbain est une composante de la rue très exploitable, certains artistes tels que Clet ou Le Cyclop l'ont bien compris.

Et coller sur un objet, c'est se donner la possibilité de créer de véritables sculptures urbaines avec des moyens réduits. C'est un champ immense qui s'est ouvert à moi, je ne suis qu'au début de l'exploration. A terme, il serait intéressant de reproduire ces objets en atelier, pour les faire entrer en galerie par exemple. Autre piste : saisir l'action particulière de recouvrement de l'objet pour transformer cet acte en art en tant que tel. Ça s'appelle la performance artistique.

Montage photo réalisé avec les images de Mathieu R.

FC : Tu as justement récemment réalisé une performance filmée avec OAOFB sur les Champs-Élysées. Pourquoi avoir choisi cet endroit pour la réaliser ?

Mon idée première était de faire sortir le street-art de ses quartiers de prédilection. Le graffiti s'est toujours accommodé des quartiers périphériques et paupérisés, le contexte urbain dégradé fait même partie de son essence. Quant au street-art façon pochoir/collage, il s'est d'avantage greffé sur les quartiers anciens, de manière générale les quartiers pittoresques. Exemple typique à Paris : le Marais, avec son public averti et ses ruelles, ses recoins. Et dans une moindre mesure l'ensemble de l'Est parisien (théâtre par ailleurs de la totalité de mes collages). Il reste donc une catégorie de quartiers non touchée ou peu par le street-art, les dits beaux quartiers. Il n'y existe ni architecture ni public a priori favorable à l'intervention urbaine « sauvage ». Et un degré de surveillance policière bien majeur -chacun sait que l'une des tâches assignées à la police est la protection de la richesse. En revanche, il y a comme partout ailleurs du mobilier urbain susceptible d'être customisé. Le contexte y est donc beaucoup plus excitant ! Idéal en fait pour qu'une intervention artistique y soit perçue au mieux comme insolite, au pire comme agressive. Avec la portée politique volontairement provocatrice que nous avons ajouté, tout pouvait arriver. 

FC : Quelle est l'importance de se faire filmer ?

Dans le cas précis de l'action sur les Champs, nous savions que la durée de vie d'une telle œuvre serait très courte, nous étions même surpris d'avoir pu mener la performance jusqu'à son terme. Réaliser un film, c'est donner non plus la priorité au résultat final, mais au processus de sa création. C'est aussi pouvoir capter le lien étroit qu'une telle action nourrit avec son contexte, c'est à dire les gens, le public improvisé et ses réactions (commentaires, injures, photographies au portable). Je dirai même plus : le film en tant que tel est une œuvre d'art à part entière, d'importance au moins égale au collage lui-même.

Journée Act-Up pour l'égalité des droits

FC : Tu te diriges vers des performances publiques ?

La performance est une discipline de l'art qui confine au spectacle, en l'occurrence au spectacle de rue. Je souhaite en effet pouvoir reproduire ce type d'interventions diurnes et publiques, tout en étant conscient des risques que cela comporte, notamment au regard de la loi. Voilà pourquoi il n'est pas possible de l'envisager sans une trace filmée. Cela demande évidemment des moyens matériels spécifiques.

Affichage à la Jarry

FC : Te définis-tu comme un artiste politique ? Pourquoi cet engagement à travers l'art ?

Plutôt comme un artiste citoyen parce que je n'appartiens à aucune structure partisane. Sur mes affiches, on ne trouve aucune solution aux maux de notre société, contrairement aux affiches placardées par les partis politiques. Je n'invite à aucun meeting. Je considère simplement participer à un devoir citoyen, celui d'exprimer mon refus de certains discours et visions politiques, celui de râler contre les travers de notre société. Je pense que l'humour, l'ironie et la provocation par l'art est un biais intéressant. Par exemple, je me sens proche d'une militance informelle incarnée par des organisations comme « Sauvons les riches ».

Toute mon œuvre ne répond pas à cette logique, mais je trouve que la rue est le réceptacle idéal d'un art citoyen, d'un art concerné. Je ne considère pas que toute expression artistique doit répondre à cela, loin de là, mais personnellement, je préfère lorsqu'il y a de l'audace, des tripes, et pas seulement une belle qualité graphique. Là encore, je ne fais que m'inscrire dans une tradition très ancienne. Muralisme mexicain, affiche du MIR au Chili, affiches de mai 68, on pourrait multiplier les exemples à l'infini.

FC : Tu t'inscris aussi dans la mouvance des artistes qui ironisent sur la crise économique ?

Absolument. La Grèce notamment, a vu les murs de sa capitale se recouvrir d'œuvres vraiment rigolotes et pertinentes. Banksy en est devenu l'un des chefs de file, avec son monopoly géant posé devant l'église St Paul à la City de Londres, près du campement des indignés. Et il y en plein d'autres, comme Above et son géant « Give enough rope a wall st Banker and he will hang himself ». Il n'est pas étonnant de voir surgir des formes d'art radicales quand on vit dans une époque radicale. La vraie radicalité, c'est celle du niveau d'injustice à laquelle l'avidité de la finance nous a mené. Et il n'y aura jamais assez d'artistes pour le proclamer, dans les rues, sur les façades des immeubles, sur le sol, dans les galeries, dans les bars, les musées, les centres culturels, partout.

Collaboration avec FKDL

FC : Des projets ?

Pouvoir continuer à créer des œuvres provocatrices, d'ampleur toujours plus grande. Et pour cela, entre autre, trouver une galerie avec qui je puisse fonder un vrai partenariat. Cela peut paraître paradoxal avec ce que je viens de dire sur la crise, mais pour pouvoir envisager des œuvres ambitieuses et socialement « efficaces », il faut disposer moyens que seules les institutions de l'art peuvent me fournir.

FC : Dédicaces ?

A mes amis (ils se reconnaîtront), aux gens du street-art qui m'ont offert leur soutien et symapthie, à savoir Suriani, les No Rules Corp, Mimi The Clown, Brindamour, Rero, Kashink, FKDL, JB, Kouka, Gregos, Nosbé, Ender, Isa Zaro, Roswitha, les Nice Art et last but not least ma famille, en particulier Luisa (épouse) et Abel (fils)...

Propos recueillis par Chrixcel, crédits photos Mathieu R. et JBC.


Performance artistique de JBC - site  de JBC

Réalisation et montage : Fred Louot

Musiques : Shantel "Disko Partizani" et The Sonics "Money"

Un film OAOFB (Site et Facebook)

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