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Interview de Pest (P19)

       

Par Annelaure |  Publié le Lundi 5 Décembre 2011.

Retour sur une rencontre avec Pest P19. Discussion sur ses débuts, sa technique et ses influences, illustré de photos inédites reprenant l'ensemble de sa carrière.

Photographie par Thias.

 

Sur la N 118 (1993)

FC : Tu as commencé vers 87. Peux-tu nous parler de tes débuts, de comment tu as découvert le graffiti et de pourquoi et comment tu t'y es mis?
Pest : J'étais Ado. Un type à ramené un Subway Art dans la cours de récréation. J'étais au collège, j'avais 13-14 ans et de là j'ai immédiatement tilté. Il avait des vestes en jeans graffées, c'était un vrai personnage et ça m'a tout de suite attiré. Quand on est jeune on se cherche toujours un peu, on veut être marginal se faire remarquer. On veut être un original. Quelque part ça me convenait à l'époque et en fait, je n'ai jamais arrêté, tout simplement.

 

À Palaiseau (1996)

FC : Et ton blaze, Pest?
La véritable anecdote est que je faisais des trucs dans mon quartier, des zooms ou ce genre de choses, avec des yeux dans les o, des flèches à la fin et un plus grand de mon quartier Dazzle K m'a dit de ne pas faire ça, que ça ne servait à rien parce que ça existait déjà et que je devrais me trouver un nom qui corresponde à ma personnalité.


Moi, naïvement j'ai pris le dictionnaire anglais et suis tombé sur la définition d'un mot "pestboy" ou un truc du genre et je ne me souviens plus du tout de ce que c'est exactement mais je trouvais que ça me convenait bien. J'étais à l'école, j'essayais d'être un peu rebelle et je l'ai retranscrit en Pest, tout simplement. Ça sonnait bien en plus Pest...

 

À Clichy (1997)

FC : Tu te revendiques clairement de la scène graffiti Old School et du train. Pourquoi est-ce une référence si importante à tes yeux?
Non, en fait je dirais que je viens du Old School, c'est sûr, mais le train pas forcément, j'en ai fait assez peu, rétrospectivement. On a vidé quelques litres d'encres, on a fait quelques trains mais finalement, pas tant que ça. Je me revendique surtout de l'école des autodidactes, de ceux qui bougent.
En fait mon graffiti a évolué avec les moyens de transports que j'utilisais.


Plus jeune, on prend le train, forcément, donc évidemment je graffais pas mal de trains et de voies ferrées. Après on a commencé à avoir des voitures donc on s'est mis à faire de l'autoroute.


Mais en fait quand j'y pense, je ne me revendique de rien du tout.

 

À Massy (1997)

FC : Tu as très vite créé le P19 au début des années 90, crew auquel tu es resté indéfectiblement fidèle depuis. Qu'apporte à ton sens le fait d'être en collectif?
L'union fait la force comme on dit. Après je t'avouerais que le collectif maintenant, ceux qui restent, c'est des amis avec qui j'ai commencé le graffiti, des amis de 20 ans.


C'est donc surtout un historique commun qui nous rapproche. Le groupe réunit plus maintenant des amis que des graffeurs choisis pour leurs qualités techniques en particulier.

 

Sur la ligne B (1998)

FC : Tu peins encore très régulièrement, plusieurs fois par semaine. Quel est ton kit de base quand tu sors?
Maintenant, je fais beaucoup de terrain, donc mon kit de base c'est un sac avec de l'extra paint et on voit. Je regarde mon stock, je prends ce dont j'ai envie sur le coup et un peu plus pour me donner du jeu, au cas où, mais rien de particulier.

 

Avec Pener à Nanterre (1998 / 1999)

FC : Y a-t-il le même plaisir pour toi à taper un train ou un mur qu'à réaliser une commande?
Non, la commande c'est moins agréable car plus contraignant, forcément. Sauf si elle est très libre mais de manière générale, ce n'est pas du tout le même plaisir pour moi, je préfère être libre que d'avoir un cadre.

FC : Que dis-tu aux jeunes qui viennent te demander conseil?
Le premier conseil que je donne est de ne jamais lâcher et essayer de rester fidèle à soit même. Ne pas trop se laisser influencer par les mouvances qui ont cours dans le milieu. En ce moment il y a plein de mouvances dans le graffiti. La mode des triangles, des pyramides, sans savoir trop d'où ça vient... et ça passe. Donc s'écouter et rester soi-même, avant tout.

 

Sur la ligne B (2000)

FC : Tu as encore une fois participé cette année au Kosmopolite Art Tour à Bagnolet et Paris. Peux-tu un peu nous parler de cette édition et de ce que tu en as pensé?
Mortel. J'ai kiffé. Il y avait une bonne ambiance on a bien rigolé, bien peint et c'est tout ce qui m'importe en fait. Des belles rencontres, de belles fêtes, de bonnes ambiances. Bien quoi.

FC : On peut donc compter sur toi pour la prochaine édition?
Carrément...

FC : Comment effectues-tu tes recherches graphiques?
Je ne dessine pas vraiment. Je gribouille, du dessin automatique, je repasse et je repasse. J'ai des feuilles tellement couvertes qu'on y voit plus rien et qu'il n'y a que moi qui peut voir ce qu'il y a dessus, mais, à travers ça, j'arrive à trouver des trucs. Parfois il m'arrive de faire des beaux dessins aussi, mais c'est rare.

 

À Palaiseau (2002)

FC : Y a-t-il des techniques que tu as du mal à maîtriser mais pour lesquelles tu ressens des affinités particulières?
Je t'avouerais que j'ai essayé plein de trucs et, sans vouloir me la raconter, maintenant je sais que j'arriverais à tout faire en me prenant un peu la tête.
Mais ce qui me plait vraiment, c'est la lettre, d'arriver avec la lettre à donner une énergie si forte qu'elle se suffise à elle-même, qu'on ait besoin de rien d'autre.


Que l'on reconnaisse la lettre comme une peinture, une vrai peinture. C'est la seule chose qui m'intéresse. Après, mettre des personnages, des décors, on l'a fait mais avec le temps et l'expérience on s'est aperçu que le vrai truc c'est pas ça, que ce qui compte c'est de faire reconnaitre la lettre comme une vraie peinture et de lui insuffler une vraie énergie.


Donc non, pas de frustration particulière par rapport à des styles techniques que je n'emploie pas.

 

Avec Pener à Palaiseau (2007)

FC : Et a contrario est-ce qu'il y a des travers d'aisances, des facilités ou des habitudes dont tu essais de te défaire ou que tu cherches à maîtriser dans ce que tu fais?
Oui il y en a. Forcément. En ce moment je teste de nouvelles choses au niveau des remplissages. Avant j'étais dans un truc très "dégradé-boom-boom-effet" et là j'essaie de modifier un peu le remplissage pour plus animer l'ensemble. Mais bon, c'est mes recherches du moment, je vais sûrement très vite revenir à des aplats-contours avec la lettre et son énergie pour elle-même.

 

À Vitry-sur-Seine (2010)

FC : C'est quoi une pièce ratée pour toi?
Une pièce qui ne me plait pas tout simplement. Mais bizarrement parfois des choses que je trouve très ratées plaisent aux gens. Ils me disent que ça défonce et franchement je ne vois pas pourquoi.

FC : La musique c'est quelque chose de très important pour toi. Tu composes d'ailleurs des instrus. Comment influe-t-elle sur ton travail?
Je ne sais pas si elle influe vraiment. Pour moi ce sont 2 choses distinctes. Mon travail du son c'est plus un passe-temps, pour me faire plaisir. Je fais une instru de temps en temps, tous les trois mois, quand je suis inspiré, mais ce n'est pas quelque chose auquel je réfléchis tous les jours en me prenant la tête. Le son c'est une soupape.
 

FC : Qu'écoutes-tu en ce moment?
Les 2 derniers disques que j'ai acheté c'est des vinyles africains. De l'afro-punk. Ebo Taylor et Funky Rob Way.

 

À Arras (2010)

FC : Tes lectures du moment?
Il y a des phases où je lis, d'autres non. Il y a 2 ans j'ai arrêté du jour au lendemain par exemple. À l'époque on m'avait passé Les Chroniques de San Francisco. Ça me plaisait pas mal, dans le délire.
 

FC : Quelles sont tes principales influences hors graffiti?
Hassan Massoudy. C'est le premier qui me vienne en tête. J'adore son esthétisme et sa simplicité, son énergie. C'est tellement simple et évident que ça en devient fort.

FC : Si tu pouvais poser une autre question à un autre graffeur en particulier quelle serait-elle et à qui?
Wow! Allez, instinctivement, Seen. Est-ce que ça te dirait de passer à notre terrain?

 

À Arcueil (2011)


FC : Des déboires ou des anecdotes récentes?
Oui j'en ai une récente. Récemment j'ai voulu retourner faire des autoroutes un soir de beuverie. J'ai sauté un grillage mais le grillage n'a pas apprécié et je suis resté le bras accroché au poteau. Résultat 10 points de suture. À l'intérieur du coude. Et du coup je n'ai pas peint.

FC : Des projets en cours ou des envies du moment?
Pas vraiment, je pars en Corse quelques temps. Et j'ai envie de faire des tracks simples propres, sans prise de tête, tranquille.

Interview : Anne-Laure Lemaître

Photos : Pest

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