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Doodlemania

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 2 Janvier 2012.

Le terme anglais "doodles" signifie «gribouillages», traduction quelque peu réductrice. Nous allons voir que pour certains ces dessins aléatoires sont une véritable obsession !

Il est vrai que le terme désigne un style de dessin fait presque machinalement… En marge des cahiers d’école ou en mode papotage téléphonique ! Issus de notre inconscient à défaut de tuer le temps, le doodle est à l’errance de la main qui dessine ce que Google est au clic machinal du promeneur de souris… Ou quand le clavier n’a pas encore supplanté le crayon ! C'est une forme d'art qui attire les sociétés comme Google qui a donné ses lettres de noblesse au genre au travers de ses Google Doodles.

Cette définition pourrait renvoyer à un type de dessin très simple, comme celui-ci :

Kanos

Nous avons pris le parti de vous montrer des œuvres plus complexes que ne le suggère le terme de base.

On retrouve dans les doodles des combinaisons plus ou moins abstraites de mots, symboles, lettres, chiffres, formes géométriques, végétales ou animales... Certains en remplissent des carnets entiers ! Névrose obsessionnelle ? Jeu ? Peut-être… Le mot est peut-être un mix de «do + idle», littéralement «faire l’oisif»... L’étymologie ne le dit pourtant pas.

Sherrie Thai (Shaire Productions) - Faces & Patterns

Cette forme d’art brut, proche du wildstyle en graffiti, nous a interpellés car les «doodlers» patentés s’éloignent du simple griffonnage pour réaliser des croquis tout à fait fascinants, où se promènent les leitmotivs propres à leurs univers personnels. Nous en avons identifié une dizaine sur le net en plus des graffiti-artistes que l’on connaît déjà… Chacun présente son travail en quelques lignes.

En septembre 2010 et janvier 2011 j’ai travaillé dans un centre medico social comme aide de cuisine. Vu les 2 heures et demi de métro que j’avais chaque jour, j’ai naturellement transformé ce moment perdu en dessins. Mon matériel : des feuilles blanches brillantes, un feutre noir qui sèche vite et une chemise souple pour gérer les reflets et protéger mon dessin.

Au fur et à mesure j’ai appris à me placer dans le métro par rapport aux passages, à la lumière.

La Promiscuité devint un plus et j'adore ses accidents qui me font faire ces "lignes" imprévues. Désormais, j'ai plus de 150 dessins de cette série et je deviens presque impatient d'avoir des trajets assez longs pour en profiter. Avec le temps, je trouve même que j'arrive mieux à m'évader dans ces moments plutôt qu'installé à la maison dans un confort trop confortable. L'univers que je prends dans ces déplacements est plein de rêves suspendus, de personnages endormis, de longs cils, de nuits étoilées, de chevaux et d'oiseaux, de maisons aux fenêtres qui me rappellent le sud, de motifs inspirés des costumes de ballets russes… Je dessine directement au feutre. Cela devient une sorte d'écriture où les éléments de mon lexique se raccrochent entre eux et se répondent pour donner vie à un petit monde pacifique.

 

 

EUNICE (Creative Disorder)


Eunice (Creative Disorder)

Eunice a commencé à dessiner ce qu’elle appelle ses "dessins obsessionnels" pendant une période particulièrement difficile de sa vie. Elle trouvait qu’ils la relaxaient, qu’ils étaient une excellente manière de se déconnecter de ses soucis. Un autre avantage était qu’elle pouvait s’adonner au dessin n’importe où. Ce labyrinthe d’une extrême complexité lui a été inspiré par celui de Margaret Storer-Roche. À présent qu’elle a retrouvé son équilibre vital, Eunice trouve que ses doodles sont plus libres et elle préfère créer d’autres œuvres abstraites.

 

SWING (Sticky Cube)

On peut retrouver les "dessins accumulatoires" de Swing dans la rue sous forme de collages. Ce jeune artiste très discret bouillonne d'inventivité et se fait encore trop rare dans la rue !

Le site de Swing

 

ARLEN DEAN (Alkaline Samurai)

Arlen est américain et vit en Californie. Il a passé ses années d’écolier à sketcher des lettrages dans le style graffiti et posait le blaze Sifter il y a 10 ans. Au fil des années il s’est éloigné des lettres et a commencé à utiliser des lignes et des angles similaires à ceux qu’il employait dans ses graffs pour créer des compositions abstraites. Depuis récemment il s’est concentré sur les détails et les motifs. Dans son style actuel, il attache une grande importance à la qualité du trait et à la netteté de la ligne.

Son obsession tourne essentiellement autour de la précision du trait et du contrôle de l’encre. Il utilise des stylos très fins (en général 0,2 mm), et adore créer des motifs denses le plus souvent de manière spontanée, qui s’agencent au fil du contenu qu’il trace. Ses croquis incorporent souvent des thèmes empruntés à l’Asie et au Japon, dans un mix de formes organiques. L’exécution des lignes requiert une attention extrême et peut se révéler intense parfois… Il travaille actuellement sur un dessin au microscope avec une mine de 0.05 mm ! On a hâte de voir le résultat…

Une série de 3 dessins d'Arlen

 

STING CHEN (I Ain’t An Artist)

Sting Chen travaille actuellement ent tant que graphiste pour le Memes Creative Partnership, un organisme de création chinois. Pendant les 365 jours de l’année il rêve en permanence. Partant de là, il enregistre de façon réaliste les détails de ses paysages oniriques pour les transcrire dans ses créations ; c’est une manière d’en apprendre plus sur lui-même. 

Montage réalisé avec 3 dessins

Pendant le rêve, beaucoup d’extraits prennent naissance dans la couche la plus profonde du cerveau, ils sont subliminaux bien qu’emplis d’icones sous-jacentes. 

 

On ne présente plus ce graffeur parisien dont les circonvolutions envahissent les murs et le papier... Il suffit tout simplement de se plonger dans leurs méandres hypnotiques et de laisser son esprit vagabonder !

Ces différents croquis basés sur les lignes et les circonvolutions s'inspirent de la ville et de ses signes, là où les codes se bouleversent, se recouvrent et disparaissent. 

" Une ligne est une longueur sans largeur. "
Euclide (300 av. J.-C.)

Les "Circonvolutions" de Kanos.

 

REDPAPAYA (Lee Hsu-Hong 李栩宏)

Lee est né en 1985 dans la région d’Ilan à Taïwan. Il étudie actuellement à l’université de Hsinshu au département des Arts et du Design. Pour lui, la création n’est pas seulement curative, elle consume profondément l’âme. Les formes qu’il emploie, semblables à des bêtes, semblent au premier abord peut-être disgracieuses, voire hideuses.

L’artiste tente d’y apporter, par son trait noir accentué, une forme de fluidité presque musicale. C’est aussi proche de la calligraphie… À l’instar des pensées qui s’estompent, les formes retrouvent leur beauté et leur paix originelle. Pour Lee, la création est un équilibre entre l’esprit et l’exploration de son propre moi intérieur. Il utilise principalement le fusain, l'encre noire et l'aquarelle dans ses compositions.

 

DAVID ROSE

Né en 1951, David a grandi aux États-Unis, en France et au Nouveau-Mexique. Difficile de s’étaler sur une vie riche en rebondissements, que les anglophones pourront lire sur son blog, et dans laquelle il nous explique notamment son addiction aux drogues et plus particulièrement au LSD. Il écrit à propos des quelques 700 doodles publiés sur sa page Flickr :

"Acid Tab Taxicab"

« J’ai toujours vu des motifs, que ce soit en surimpression sur des objets quand j’ai les yeux ouverts ou dans le noir. Ces derniers se sont modifiés lorsque j’ai commencé à prendre du LSD, devenant plus anguleux et géométriques, et les couleurs se sont transformées au fil des années.

Excepté lors de fortes prises de LSD, je peux les contrôler relativement bien et peux même les faire disparaître si nécessaire. Bien que ce que je dessine soit basé sur ce que je vois, je suis en réalité dans l’incapacité de reproduire précisément les formes multidimensionnelles que je perçois ! »

High Fun Watercolor on Nepal

Nous vous invitons à faire un petit tour sur sa page qui comme vous vous en doutez est assez trippante !

 

MOKOSO (Mokoso's flog)

Dessins avec détails (montage)

"Le Mokoso" (n.m.) est une matière graphique d'aspect organique, végétal et mécanique qui se développe depuis plusieurs années. Certains chercheurs pense que cette matière est née d'un croisement entre la bande dessinée, le graffiti et l'art contemporain. On remarque en effet certaines propriétés stylistiques déjà observées sur des espèces européennes de Jean Dubuffet, d'Amérique du Nord de Charles Burns ou de Keith Haring.

Préparation au collage (Rue-Stick, Paris)

 

NOSBÉ

Les freestyles et autres cadavres exquis de Nosbé, qu'ils soient sur mur ou sur papier, flirtent également avec le doodle, par leur caractère totalement improvisé et "accumulatoire".

Aucun espace ne semble souffrir le vide, rappelant ainsi le principe de l'"horror vacui" reflété par ces remplissages systématiques et quasi obsessionels.

Un crayonné de 2009

 

DON MOYER

Don Moyer a toujours un carnet sur lui. Il dessine les gens, les lieux, les choses. Intrigué par les lettres, il imagine des quantités d’abécédaires qu’il croque inlassablement et qu’il collectionne dans des rangées entières de carnets Moleskine chez lui ! Ses “alphadoodles”, issus de cette écriture automatique impressionnante, sont disponibles dans un Blurb book.

 

"J’adore dessiner. Mes carnets sont principalement de mix chargés de personnages, d’objets et de motifs. Je ne dors pas beaucoup, je « doodle » tout le temps et j’aime laisser place à l’humour, à la surprise et l’abstraction dans mes productions. Je dessine sur tout ce qui me tombe sous la main, du caisson de tiroir aux murs de ma chambre. J’aime travailler avec des stylos à encre noire fins, mais tâte aussi de l'aérosol, de l’aquarelle, des crayons, de l’acrylique et parfois je colorise mes œuvres sur Photoshop."

" La plupart de mes dessins aléatoires sont probablement ce qui ressort d’événements et de gens que j’ai rencontrés au cours de ma vie, et c’est clair qu’il y a une forme de signification subliminale, mais quand je « doodle » je dessine simplement ce que je ressens. J’aime que mon art rende les gens heureux. "

Pour en voir plus, visitez donc son site et regardez cette vidéo.

 

MAPE (Ze Dodler)

Mape collabore beaucoup avec des fanzines et y publie ses illustrations. Ses doodles sont comme un remède à son insomnie...

Doodlin everyday !

Pour certains artistes, le dessin est une drogue !

Ou un cercle vertueux ?

En haut à gauche : Sting Chen, à droite : Mape, en bas, Alkaline Samurai, "Life" & "Symbiosis".

L’un des plus célèbres dessinateurs de BD, Franquin, a laissé un florilege de superbes crayonnés dont vous aurez un petit aperçu sur le site qui lui est consacré.

Il existe plusieurs sites et pages consacrées aux doodles, en voici une sur Facebook, Doodle Blog.


Propos recueillis par Chrixcel (voir traduction sur FatCap.com).

Fond photo-titre : Détail Sam Cox.

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