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CRIMES OF MINDS

       

Par Chrixcel |  Publié le Mercredi 5 Octobre 2011.

Liliwenn, artiste brestoise et Présidente de l'Association SUGAR RUSH, nous parle du projet d'art urbain "Crimes of Minds" qui a débuté à Brest en avril 2011 et va s'étaler sur un an.

(Peinture en off du projet réalisée au rond-point de Palaren à Brest) - photo: Ti Adam

 

Qui es-tu Liliwenn et peux-tu nous dire quelques mots sur ton travail?

 

Je suis une artiste qui opère notamment dans l'art urbain depuis quelques années maintenant. Très attirée par l'urbex de par l'âme de ces lieux qu'on peut encore pressentir (lieux auxquels j'aime ajouter ma pâte et m'en inspirer car ils sont moteurs d'émotions), j'ai pratiqué également dans les rues de Londres, Bristol, Paris, Vitry, Rennes et Brest. Avec pour objectif d'étendre davantage ce périmètre et d'investir au fil du temps les rues de Berlin, Rome ou encore Sao Paulo. Lorsque l'on goûte à l'appel de la route (et de la rue), il est difficile de s'en détacher.

Parallèlement à cela j'ai été amenée à exposer mon travail sur différentes villes comme celles citées ci-dessus, principalement en France, Angleterre et Espagne et début septembre également à Milan (Italie) pour Inner Walls & Urban Painting en compagnie d'artistes comme Ananda Nahu, Faith47, B-Toy, Alice Pasquini, Alita (Orticanoodles), etc.

Je suis un électron libre, travaillant en solo mais collaborant régulièrement avec des musiciens et autres artistes, rarement sur un seul projet à la fois.

 

Guy Denning vu par Maorix (Episode #1)

 

Pourquoi avoir créé l'association Sugar Rush ?

 

Sugar Rush est née par Crimes of Minds. La question s'est posée à la naissance de ce projet du statut à lui attribuer. Je n'avais pas l'intention de le faire en mon nom propre, c'est ainsi que l'association est née.

 

 

Ben Slow vu par Awouell (#1)

 

Parle-nous du projet « Crimes of Minds »...Comment l’idée est venue, les étapes, les démarches, le pourquoi du nom…

 

Depuis un petit moment déjà me trottait dans la tête l'idée de monter un événement street art dans ma ville. Je voulais taper fort, monter quelque chose qui se démarque. Après avoir sillonné quelques routes et participé à des événements d'art urbain qui m'ont vraiment plu (comme le Mutate Britain à Londres ou le principe de base du Vitryjam), lorsque la ville de Brest s'est mise à mettre en place des projets artistiques urbains, cette forte dynamique m'a encouragée à écrire ce projet et à aller au bout de ma démarche.

 

Le mur de Ben Slow vu par  Mathieu Le Gall (#1)

 

J'ai rencontré l'Adjointe au Maire déléguée à la Culture qui elle-même est une grande fan du travail d'Ernest Pignon Ernest, ainsi que la Déléguée Arts Plastiques de la ville (dont l'investissement nous a été extrêmement précieux). L'avis fut immédiatement favorable et l'enthousiasme certain. Je pouvais compter sur le soutien de la ville. Depuis nous travaillons comme des forcenés afin que ce projet devenu rapidement pharaonique voie le jour.

 

Sly2 vu par Ti Adam (Episode #2)

 

On n'imagine pas l'organisation et le nombre de démarches que représente un tel projet. Nous avons énormément appris ces 9 derniers mois. Chaque mur attribué a nécessité au préalable de nombreuses réunions et rencontres avec chaque service de la ville et élus concernés ainsi que des demandes officielles avec simulations sur photos en insistant cependant sur le fait qu'il ne s'agit pas de commandes. L'artiste doit conserver une totale liberté de création et d'action. De ce fait nous avons obtenu après des mois de démarches des accords de principe sur des quartiers entiers, des pignons, des maisons, des stations…mais nous sommes toujours en recherche de murs car chaque support repéré nécessite non seulement un accord de la ville mais également des propriétaires de ces mêmes murs. Lorsqu'il s'agit d'un particulier c'est simple mais si on a affaire à la DDTE ou à une copropriété, il est évident que le délai sera beaucoup plus long. Nous jonglons donc sur ce calendrier, tentant à chaque session d'avoir à disposition des artistes invités des murs adaptés à leurs besoins.

 

Peinture au pochoir de Finbarr DAC (Episode #2)

 

Concernant la viabilité de ce projet, il a aussi été question de fonds. Le prévisionnel s'élevant à environ 80.000€ sur une durée d'un an et demi et n'ayant que notre bonne volonté en poche, il a fallu s'entourer de précieux partenaires apportant pour chacun des aides techniques et de moyens comme la chaîne d'hôtels Océania, la marque de peinture Montana Cans, l'épicerie Carrefour City et j'en passe..ainsi que des partenaires média comme le Graffiti Art Magazine, Radio Nova, Crack For Your Eyes, Urban Artcore…qui relayent l'information et collaborent avec nous. En mettant tout cela en place nous avons pu gérer à merveille les 6 premières sessions du projet avec maintenant 15 fresques ayant vu le jour.

Nous prenons en charge les frais de peinture, déplacements, logement, voire nacelles selon le format et sommes maintenant en pleine campagne de dons et recherche de mécénat afin de pouvoir poursuivre cette immense toile vivante. Il serait vraiment dommage que ça s'arrête là.

 

Le mur des Best Ever vu par My Te (Episode #2)

 

Crimes of Minds c'est une soixantaine d'intervenants, partenaires, street artists, musiciens, réalisateurs, photographes... Des photographes officiels sur le livre à venir, des photographes invités (Romany WG, Hervé Photograff, etc.), mais surtout une équipe de choc qui nous offre à chaque épisode un superbe compte-rendu en photos. Il me paraît donc important de citer Awouell, Ti Adam, My Te, Mathieu Le Gall, Maorix, pAdmA-K et Paulo Rodrigues pour ses teasers vidéos, ainsi que nos travailleurs de l'ombre Flavie, Tite Gwen et Patrick.

 

Best Ever vu par Mathieu Le Gall

 

Quant au nom du projet…c'est mon grand ami et collègue de travail Mattic qui me l'a inspiré. Mattic est un artiste doté d'un immense talent. Compositeur et chanteur, il a un jour énoncé la phrase « partners in crime of mind ». De là il parlait du process de création. Ce fut donc une évidence. Un jeu de mots artistique qui se prêtait également aux idées reçues sur l'acte de peindre sur un mur avec l'outil aérosol, d'agir sur son environnement. L'art peut être parfois perçu comme un crime selon la façon dont il est généré.

 

Morten Andersen (#2)

 

Tu as réuni un belle brochette d'artistes pour organiser cet événement, comment t'ont-ils accueillie lorsque tu leur as présenté le concept ?

Lorsque j'ai écrit à tous ces artistes afin de les inviter et leur présenter le projet, ils furent tous sans exception partants et enthousiastes. Tout ce qu'ils avaient à faire était d'être là et donner le meilleur d'eux-mêmes, nous nous occupions du reste. Mais avant toute chose si le projet leur a parlé je pense que c'est principalement parce que ce sont tous des artistes généreux, passionnés, pratiquant déjà l'art de rue.

Certains malheureusement n'ont pu aller au bout, leur travail reprenant le dessus, la line up a donc suivi quelques modifications (Herakut et Solo One n'ont pu se déplacer, mais de nouveaux arrivants tels que les Da Mental Vaporz, Wen2 et Alice Pasquini ont repris le flambeau).

 

C215 (Episode #3)

 

L'art de rue peut être un cri, une expression, un engagement, mais c'est en premier lieu tout au fond de soi quelque chose l'on offre à tout le monde sans distinction. Créer une galerie à ciel ouvert, de grande qualité, sans élitisme et participer à la mutation d'une ville les a sans doute intéressés.

 

A la lecture du calendrier sur le site, ça ressemble presque à une série télé-graffée, avec des épisodes à la clé, des guests, le tout dans un timing très serré...

 

Oui, il était plus intéressant de produire un projet perdurant sur le temps que de faire un gros jam d'une seule traite. Cela fait partie du concept. Les fresques poussent donc à chaque épisode avec une rétrospective du déroulement de la session par de mini vidéos mensuelles visibles sur la CoM-TV, ainsi que des reportages photos, les podcasts des interviews radio et les emplacements des fresques.

 

C215 & Alice Pasquini (Episode #3)

 

L'objectif était également d'assurer une grande mixité d'un point de vue culturel par des artistes et intervenants de pays différents et de compétences diverses. C'est pourquoi nous avons également des réalisateurs invités comme Six Oranges qui produit des documentaires sur Londres, Pierre Jampy qui a réalisé fin juin le premier vidéo clip du projet avec la track exclusive de Mattic & the Artists of the Beautiful (diffusion en octobre) et les OAOFB.

 

Liliwenn (Episode #4)

 

Des réalisateurs, des photographes mais aussi des musiciens (Les ASM, Mattic, Berry Weight, Astrid Engberg, etc.), qui créent chacun une track « Crimes of Minds » destinée à la bande son du petit film reportage à venir. Vous pouvez retrouver tout cela sur le site.

 

Quelle est la finalité de cette année d'interventions artistiques à Brest ?

Un livre. Un bel ouvrage représentant cette promenade cosmopolite dans la ville avec de superbes photos inédites, textes, interviews, le tout en français/anglais du fait de sa connotation internationale et à la fin de ce livre d'environ 200 pages, une carte et un DVD témoignant de cette riche aventure.

 

Liliwenn - détail (Episode #4) - Pour cette session, Liliwenn a réalisé un mur à 2 faces dans le quartier de Lambezellec (au passage, un grand merci à Mary et Fabrice pour leur accueil exceptionnel !).

 

Le film réalisé par Frédéric Louot de la team OAOFB (aidé de son acolyte Xavier Garcette), avec Sinuous pour la bande-son, est actuellement disponible sur  FatCap !

 

Portrait par Ti Adam de Jef Aerosol, qui a peint le visage du chanteur brestois Christophe Miossec lors de l'épisode 5, sur un immeuble de 11 mètres de haut. On y voit les paroles de sa chanson "Tonnerre de Brest".

 

Pix : Maorix

 

 

Un Jef Aerosol à la pointe de l'actualité puisque Miossec vient de sortir son nouvel album le 12 septembre, c'est à dire en plein pendant la session !

 

  

Portrait par Ti Adam de Jef Aerosol, qui a peint le visage du chanteur brestois Christophe Miossec lors de l'épisode 5, sur un immeuble de 11 mètres de haut. On y voit les paroles de sa chanson "Tonnerre de Brest".

 

Liliwenn conclut : A l'issue de la fin des épisodes, le tout sortia officiellement avant l'été 2012 et en exclu lors d'une grande exposition collective réunissant tous les artistes impliqués avec séances de dédicaces, performances en live avec David Walker et Jef Aérosol, avant-première du film dans une salle jointe à l'exposition. Ce sera la conclusion de Crimes of Minds mais pas un point final car nous espérons bien que d'autres fresques continueront à voir le jour par la suite !

 

FatCap soutient aussi le projet, restez connectés pour connaître la suite des épisodes. A venir : Wen2 & Antoine Stevens (épisode 6), Bom.K et Da Mental Vaporz (7) avec en invité le photographe et réalisateur britannique Romany WG, puis les artistes David Walker & Indigo (8).

 

En attendant, retrouvez un "best-of des best tofs" sur la page Flickr dédiée à Crimes of Minds, qui réunit bon nombre d'artistes déjà bien présents sur FatCap…


LES ARTISTES

Liliwenn (FR) - Jef Aérosol (FR) - C215 (FR) - Alice Pasquini (IT) - Wen2 (FR) - Sly2 (FR) - Antoine Twan Stevens (FR), Bom.K & Da Mental Vaporz (FR) - Pakone (FR) - Finbarr DAC (UK) - Best Ever (UK) - Guy Denning (UK) - Ben Slow (UK) - David Walker (UK) - Morten Andersen (DK), Kool Koor (US)  - Indigo (CA)…

 

Photo titre : Ti Adam. Reportage, interview, traduction sur Fatcap.org et photo Chrixcel sauf signalées.

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