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Bristol conservatrice

       

Par Marie |  Publié le Mardi 20 Septembre 2011.

Les œuvres street art de la ville de Bristol pourraient être désormais préservées selon un registre établi par la mairie. Enquête.

Voilà une nouvelle qui fait parler beaucoup d’acteurs du mouvement street art. L’idée est venue d’un conseiller municipal de Bristol, Steve Comer, qui a déclaré « L’art public est devenu une part importante de nos vies à Bristol, et là où cela est possible, il devrait être protégé ». Cette initiative est apparue après que des agents de nettoyage aient effacé par erreur une des nombreuses œuvres de l’artiste phare de la ville, Banksy.

 

 

 

Cette erreur a notamment causé de nombreuses protestations de la part des habitants, qui vivent désormais au rythme des multiples projets de l’enfant terrible de la ville.

Une question se pose alors naturellement, le street art peut-il désormais faire partie du patrimoine culturel d’une ville, d’un pays ?

Peut-il avoir accès à la protection de biens comme pour les œuvres de musée ?

 

Nous l’avons bien constaté, le statut du street art a changé ces dernières années, devenant le mouvement artistique le plus populaire et le plus proche de la société. Il n’est plus seulement aujourd’hui considéré comme acte de vandalisme, étant une nouvelle source de revenus dans le marché de l’art et les galeries. A la mode, le street art attire les foules à travers les manifestations artistiques et ses artistes toujours plus nombreux. 

 
 

 

S'il acquiert aujourd’hui lentement mais sûrement sa place dans la société, peut-il alors bénéficier d’une certaine protection dans la ville ?

Le street art peut en effet constituer un musée à ciel ouvert, accessible à tous. Il suffit alors de se balader et de laisser traîner ses yeux. Notons par exemple que dans son livre « Wall and Piece », Banksy a répertorié chacun des lieux où il a posé ses pochoirs afin que les lecteurs puissent, si ils le veulent, s’y rendre… un peu comme une visite guidée.

 
 

Revenons à la proposition de Steve Comer, qui précise dans son discours que chaque œuvre devait être classée selon sa valeur dans un registre disponible aux agents de nettoyage de la ville. Ces derniers devraient alors consulter la liste des œuvres et voir si ils peuvent ou non, « karcheriser » le mur ou le support urbain.

Cette proposition s’annonce en conséquence sélective, ce qui soulève un problème par rapport au fondement du street art, et plus globalement des arts urbains. En effet l’essence même du mouvement est d’être libre, éphémère et contre tous codes de sélection sociale ou esthétique. C’est un moyen de communiquer, de porter un message, et tout le monde y a droit.

Cette proposition ne va donc t-elle pas à l’opposé des principes du street art ?

Comment les œuvres de la ville de Bristol vont-elle être sélectionnées ? Va t-on revenir au temps des Salons au XIXème siècle où les peintres présentaient leurs œuvres devant toute la bonne société et les fins connaisseurs ? A l’époque, si une œuvre ne plaisait pas et n’était donc pas acceptée, elle rentrait alors dans le « Salon des refusés ». 

Va t-il en être de même pour les œuvres street art ? Les travaux de Banksy, Blek le Rat, Jef Aerosol et bien d’autres deviendront intouchables, et ceux d’artistes moins connus seront donc condamnés à rester dans les terrains vagues…

 

 

En réalité, cette proposition peut tout faire basculer. Elle est à la fois contradictoire avec le fonctionnement du street art et la preuve qu’une conscience artistique est née autour de ce mouvement. Le graffiti et le street art ont toujours appartenu à la rue, et sont toujours restés accessibles (quoi de plus simple que de marcher dans la rue ?). Cette nouvelle tournure risque de changer la donne.

 

Essayons d’aller à l’extrême de la situation : les vols de bouts de mur étant déjà courants, exemple encore avec Banksy l’année dernière, la ville devra donc t-elle employer des vigiles pour surveiller les œuvres ? Honnêtement, en 30-40 ans d’existence le graffiti et plus tard le street art ne pouvaient pas s’attendre à autant de considération…

En relativisant, nous pouvons penser que cette décision appartient pour l’instant uniquement à la ville de Bristol, qui doit en partie son titre de « capitale du street art » à Banksy ; la volonté de conserver ses œuvres serait alors légitime. A noter de plus le projet See No Evil financé par la ville.

 
 
 

Comment faire alors pour que les œuvres issues du mouvement graffiti et street art deviennent des œuvres à part entière sans casser une des règles de base, celle de rester temporaire.

 

Il s’agit vraiment de trouver un équilibre entre de l’art qui se vend et la nature du street art qui est de créer puis détruire. Reste à savoir maintenant si les défenseurs de cette proposition vont aller au bout des choses. Le street art en proie à l’institutionnalisme, un sujet à surveiller.

 
 
 
 
 
 
 
 

 

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