Interviews

Skio artiste multi-talents

       

Par Chrixcel |  Publié le Lundi 15 Août 2011.

Artiste polyvalent, on l'apprécie pour ses persos spectaculaires, mais l'étendue de ses savoir-faire mérite qu'on s'attarde sur son travail de Titan !

Skio, d’où vient ton blaze et depuis quand dessines/peins-tu ?

Mon blaze veux dire "ombre" en grec (c'est la version frime qui m'a été donné par un homonyme américain). Mais la vérité c'est qu'à la base c'est une moquerie de mes potes de lycée qui ont repris et tronqué la mauvaise prononciation faite par mes mes profs, de mon nom…Ha le lycée…

 

Tempus Desistere (* voir autre Toiles, acrylique et aérosol)

Comment es-tu venu au graff ? 

En dessinant sur les murs ! Sérieusement je ne savais pas que c'était interdit, lorsque j'ai eu 17 ans j'ai récupéré de vieilles bombes de peinture et j'ai dessiné sur les murs des dessins d'ado sans savoir que ce que je faisais était illégal. Ensuite, au lycée, j'ai découvert les sketches wildstyle de mon pote Shark et j'ai débuté mes premiers croquis, premiers tags, flops à Nice, à Toulon lors de mes études j'ai rencontré Tels et ses potes, de vrais passionnés de trains et je les ai suivis sur quelques sessions en tant que peintre ou cameraman.

Skio est adepte des persos agités et autres créatures énervées comme le montre cette série shootée à Paris et sa région (2009-2010)

 
 

Belleville

 
 

Bobigny - Canal de l'Ourq

 
 

Palissade de la Fondation Cartier

 

 Piscine Molitor (Voir l'article Fatcap sur la session août 2010)

 

Parle-nous de ton/tes crews si tu en as ?

Bien que je me défende de faire partie de crews car je n'aime pas le fait de mettre des limites aux collaborations artistiques, je dois avouer que le B2C est un crew de coeur, ils m'ont accueilli il y  a près de 10 ans dans le Sud Est, et plus récemment on a créé le GF (Ghetto Farceur), sorte de dream team de nos connaissances voulant pousser le graff en dehors de ses limites en s'amusant.

 

Quelques collaborations avec d'autres graffeurs...

 

Avec Defco, Reiz, Toux, Oneteas & Rash (Belleville)

 

Avec Twine, Blam (Kouka), La Mouche & Astro (Belleville)

 
 

Avec Trash et Neok 

Tu fais rarement des lettrages, pourquoi ?

Je faisais des lettrages à mes débuts, puis j'ai fait mes premiers persos lors d'un mini festival dans une casse à Toulon, après ça, tous mes potes me les réclamaient quand on peignait. C'était devenu mon originalité et donc petit à petit ma spécialité. Et puis j'avoue que créer une illustration permet de lier les graffs, d'imaginer une histoire et de construire des passerelles entre le public et les spécialistes de graffiti et donc de rendre notre art plus abordable aux gens néophytes.

Ici, les graffs de Skio flirtent avec la peinture classique...

 

Une madone aux chérubins à l'aise entre Sirius, Seb & Nascio

 
 

Skio revisite un tableau de William Bouguereau, Dante et Virgile aux Enfers (La Kommune, novembre 2009)

De plus je ne me reconnais plus dans la discipline matraquage de blaze et ça me contraint trop, je préfère aller dans tous les sens sans contrainte. Mais j'adore la typographie, j'ai travaillé avec un ami typographe et j'ai toujours admiré son savoir-faire à jouer avec les empattements, les ligatures, les graisses…En graffiti j'avoue passer quelques instants à regarder un beau S, K, R…

 

Vanité angélique à Belleville

Cite-nous quelques artistes / styles que tu admires et qui t’inspirent ?

En général j'essaie de ne pas m'inspirer de graffeurs. Ce qui m'inspire ce sont les gens, gentils, bêtes, intelligents, marrants, méchants, il y a des humeurs qui me font peindre des peintures plus en fonction de mes états d'âme.

Je suis un passionné de musique, j'admire Gainsbourg, un génial irrévérencieux, Pink Floyd et pas mal de choses différentes.

 
 

Avec Raphael et Dey

 

En création visuelle, Kris Kuksi, James Jean, Michael Hussar, et bien d'autres m'impressionnent.

En street-art j'adore le concept de Tom-Tom, j'aime l'humanisme de Banksy, la technique de Bom.K, l'humour de Dran, la rudesse de mon pote Sword.

 
 

Création Numérique (*)

Comment décrirais-tu ton propre univers ?

Mon univers personnel est de sauvegarder la liberté le plus possible.

Mon univers artistique c'est de l'émotionnel, je recherche visuellement ce qui me touche et ce qui peut-être attisera la curiosité des gens. Je peins avec mon caractère, je puise en moi. Pas de sujet d'actualité, pas de règle ancestrale de graff ou autre, juste un travail sur mes émotions. Je pense que c'est un sujet universel. J'ai un côté noir que je mets en avant, parfois ça gêne mais ce côté sombre tout le monde l'acquiert et le cache car il reflète selon moi la frustration de la perte de belles émotions.

 
 

Avec Trash

Tu sembles particulièrement affectionner le noir et blanc, aussi bien sur mur que sur papier. Ta dernière série solo sur mur notamment rue des Pyrénées force l’admiration, c’est une de tes «phases» actuelles de recherche ?

Série black & white au dépôt de bus RATP (Paris 20°)

 
 
 

En ce moment j'ai retiré toutes les couleurs de mes peintures sur mur, le noir et le blanc me permettent de faire plus grand plus vite en prenant le temps sur des détails et en gardant un contraste maximum, ça ne permet pas trop d'erreurs et c'est un bon exercice.

 
 

Version longue chez Brin d'Amour

Dans ces peintures je fais se confronter esthétisme, courbes organiques,  viscérales, lignes droites et cassantes, illustrations et abstractions avec différentes inspirations, un genre de nouveau baroque pour exprimer ce qu'est selon moi un sentiment humain, un bordel tantôt agressif, dur et tantôt doux et lisse.

 
 

La réponse est donc oui c'est une de mes phases de recherche.

 
 

A Belleville avec Skull (*)

 
 

Sur papier : dessin à l'encre de chine

Tu es le créateur de l’événement « street art » nommé Rue-Stick. Comment t’es venue l’idée ? Explique-nous le concept ?

Rue-Stick est un événement urbain sous la forme d'une exposition collective ouverte à tous, elle voyage et prend des rues comme lieu d'exposition.

L'idée m'est venue en 2007. Je suis arrivé à Paris et j'ai découvert un mélange stylistique de street-art qui m'a émerveillé, voir d'un côté des robots de Duster, de l'autre des photos de JR et bien d'autres faire la démarche de montrer leur sensibilité dans la rue c'était génial. A cette époque je travaillais à Bastille où j'ai découvert le passage des Taillandiers, sorte de rue très calme où les murs comportaient des alcôves, des renfoncements, sortes de cadres naturels, je suis tombé amoureux de cette ruelle et ai invité mes premières connaissances artistiques parisiennes à afficher nos oeuvres dessus.

5 sessions après nous sommes passés de 7 à plus de 250 artistes et l'événement est resté totalement ouvert et libre, spontané et illégal et a suscité l'attention de collectivités qui nous ont proposé de recréer des événements de ce type.

Le but est maintenant de faire voyager le concept le plus possible, de continuer de faire se rencontrer artistes et publics. L'histoire continue, donc tenez-vous prêt sur rue-stick.com à voir débouler une nouvelle session dans votre rue !

Parle-nous des sessions qui on eu lieu et quels en ont été les points forts et les points à améliorer selon toi ?

Chaque édition de RUE-STICK est vraiment différente et très enrichissante car nous changeons de lieu, de saison, le nombre de participants évolue et le concept s'étoffe.

La première édition de RUE-STICK, le coup d'essai, était dur mais tellement bon. Juste 7 artistes, la pression, le froid et nos collages arrachés que nous avons re-scotchés et remis sur les murs pendant que le public arrivait.

 
 
Skio @ Rue-Stick 2, rue du Roi de Sicile

La 2eme fut la plus "familiale", nous étions 26, dans le Marais, pas de police, les commerçants ont super bien accueilli la chose, les artistes étaient contents, que du bonheur.

La 3eme, ce fut impressionnant, plus de 70 artistes, heureusement j'avais trouvé une surface de 2 fois 70 mètres dans le 4ème arrondissement. La police est arrivée mais vite "désarmée" car, chose non prévue et bonne à savoir, le nombre d'artistes, de cameramen et le public nous ont permis de continuer sans avoir affaire à l'autorité.

- Les points forts de cet évènement : pas de limite, pas de ségrégation artistique, d'âge ou de savoir- faire, pas de contrainte de taille, pas de censure, juste faire du collage (pour les sessions illégales).

- Les points à améliorer : La cohésion de la fresque, les lieux car nous sommes de plus en plus nombreux, pour le reste nous verrons sur place !

Voila pourquoi RUE-STICK plait aux gens, aux artistes mais aussi aux collectivités. Nous en sommes à la 6eme édition, les artistes trépignent d'impatience de voir le mail contenant la date et le lieu du prochain RUE-STICK ! ça arrive ne vous en faites pas !

 
 

La Kommune, Paris - juin 2009

En tant que graffeur, comment te positionnes-tu vis-à-vis du rejet que certains défenseurs d’un graffiti plus sauvage opposent au terme de « street art », jugé plus commercial ?

Je m'en fous royalement. Quand on voit que le graffiti, qui était à la base une discipline sans règle, est devenue dans certains cas ou certains crews le fait d'une équipe comparable aux militaires où si tu fais une outline différente ou que par malheur tu prends un pinceau pour peindre sur un mur on te foudroie du regard et bien je préfère encore la naïveté des nouveaux disciples street-artistes qui ne sont pas sous le joug de ses règles malsaines dû à une anthropophagie des styles de ce milieu.

Apres ça dépend de ce que tu appelles le "street-art", pour moi un créateur dont l'atelier est la rue est un street-artiste, mais une personne qui ne fait que du graff, de l'affichage ou du pochoir dans le but de vendre n'est qu'un imposteur. C'est d'ailleurs la plupart d'entre eux qui pourrissent peu à peu notre énergie où le but est d'offrir nos créations urbaines. A bon entendeur…

 
 

Avec Caveman, Théâtre de l'Ermitage, mars 2009

Tu sembles avoir plusieurs cordes à ton arc : graphiste, créateur d’événementiel, artiste peintre…que souhaites-tu développer avec tous ces talents ?

Je fuis l'ennui et essaie d'évoluer dans mon milieu. Ne faire qu'une seule discipline m'ennuierait tellement je pense, autant que de ne faire qu'un seul style comme certains qui se veulent être des références, ils gachent leur désir artistique dans un but de reconnaissance superficiel.

Ensuite j'avoue que l'événementiel est un super outil afin de voir si on peux gérer des responsabilités tout en créant du plaisir pour les gens.

La peinture sur toile est une manière de me confronter techniquement aux artistes que j'admire et de faire des peintures au calme, et qui pour une fois ne seront pas repassées…

Le but général est de s'amuser et d'aimer ce que l'on fait.

 
 

Performance au posca avec Anne Brunet

Des dédicaces ?

Des dédicaces à tous ceux qui pensent de la même manière que moi, les autres je les invite à me rencontrer pour en parler.

Et puis bien sûr Riofluo, ça c'est gang, le B2C, le Ghetto Farceur, tous mes potes artistes parisiens, ma nouvelle associée Peggy, Rafe (bon anniv !), Esper, Kouka, Neok (pro du retard), Defco, Sword, les Onoff, Astro, Skull, mon pote Mouton du Chili et bien d'autres qui m'en voudront de ne pas les avoir cités.

Photos et interview par Chrixcel sauf (*) Skio.

 

Liens :

Le site de Skio

Ghetto Farceur crew

Vidéos :

Pour les 20 ans d'Adobe avec Anne Brunet, JB et Ciou

Rue-Stick  à Puteaux

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